Les Palestiniens soumettront leur résolution à l’ONU mercredi

Ramallah — Les Palestiniens soumettront mercredi au Conseil de sécurité de l’ONU leur projet de résolution pour réclamer la fin de l’occupation israélienne, malgré l’assurance d’un veto américain.

« Nous envoyons demain notre projet au Conseil de sécurité de l’ONU », a dit Nimr Hammad, conseiller du président palestinien, Mahmoud Abbas. Un autre haut responsable palestinien a confirmé la décision palestinienne après une rencontre à Londres entre le négociateur en chef, Saëb Erakat, et le secrétaire d’État américain, John Kerry, qui ne s’est visiblement pas bien passée.

Lors d’entretiens « très longs et très difficiles », les Palestiniens ont dit au chef de la diplomatie des États-Unis, principal allié d’Israël, qu’ils ne renonceraient pas à leur projet de résolution, a rapporté sous couvert de l’anonymat ce haut responsable proche des discussions. « Kerry a dit à la délégation palestinienne : nous emploierons notre veto », a-t-il ajouté.

Si les États-Unis font usage de leur veto, les Palestiniens demanderont aussitôt leur adhésion à une série d’organisations et de conventions internationales, parmi lesquelles le Cour pénale internationale, a répondu M. Erakat à M. Kerry, selon ce responsable. Les États-Unis sont fermement opposés à ce que les Palestiniens rejoignent la Cour pénale internationale. Une telle adhésion leur permettrait de poursuivre Israël pour crimes de guerre.

Exaspération

Le forcing des Palestiniens à l’ONU part d’un constat : des années de discussions avec les Israéliens par l’entremise des Américains n’ont pas réalisé le rêve d’un État indépendant, et 2014 a été au contraire encore terrible pour la paix. « Ce n’est un secret pour personne : nous essayons d’internationaliser notre cause », disait il y a moins d’une semaine le négociateur en chef palestinien, Saëb Erakat. Il espère pour cela que le Conseil de sécurité de l’ONU vote avant Noël sur une résolution qui, pour les Palestiniens, devrait prévoir la fin de l’occupation israélienne dans deux ans.

L’exaspération palestinienne avait été exprimée par le président Abbas le 26 septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU. Israël n’a aucune envie d’un État palestinien à son côté, avait-il soutenu.

La Cisjordanie occupée et Jérusalem-Est, annexée et occupée, sont en proie à des violences, des attentats et des tensions qui, après avoir fait des dizaines de morts, ont encore tué un jeune Palestinien dans la nuit de lundi à mardi. La direction palestinienne vient même de voir l’un de ses responsables, Ziad Abou Eïn, mourir en Cisjordanie à la suite de heurts avec les soldats israéliens.

« Impossible », a dit M. Abbas, de renouer avec des méthodes qui ont « maintes fois échoué ». Les dirigeants palestiniens ont donc décidé de s’en remettre aux institutions internationales : Conseil de sécurité, Conventions de Genève et, tôt ou tard, Tribunal pénal international.

Aucun autre choix

Comme d’autres analystes, George Jiacaman, de l’université de Birzeit, observe que l’Autorité palestinienne, soumise à la pression de son opinion largement favorable à l’action voire à la lutte armée plutôt qu’à la négociation, n’a plus d’autre choix que le Conseil de sécurité. Sa « légitimité est menacée parce que la rue palestinienne pensait que la création [de l’Autorité] conduirait à celle d’un État non pas à une simple administration », explique-t-il.

« L’Autorité palestinienne ne veut plus être l’otage des élections israéliennes ou américaines » et attendre des interlocuteurs mieux disposés, « en particulier après l’échec des discussions ces dernières années », dit un autre expert, Abdel Majid Sweilem.

Les dirigeants palestiniens veulent profiter du soutien international grandissant qu’ils voient dans la récente reconnaissance par la Suède de l’État de Palestine et dans les votes favorables à une telle reconnaissance par les parlements français, britannique ou espagnol.

Les observateurs attendent de voir jusqu’où et à quelle vitesse les Palestiniens sont prêts à aller au Conseil de sécurité. Ces derniers semblent partagés entre les partisans de « taper vite et fort » en présentant un texte sans concession, quitte à essuyer un veto américain, et les défenseurs d’une attitude plus constructive, note un diplomate occidental.

La question d’Israël comme « État juif » par exemple est épineuse : une telle mention pourrait servir aux Américains à faire accepter une résolution aux Israéliens ; mais elle est inacceptable sous une forme explicite pour les Palestiniens dans la partie opérationnelle de la résolution, dit-il.

1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 décembre 2014 07 h 29

    À suivre !

    « Les Palestiniens soumettront mercredi au Conseil de sécurité » (AFP)

    Bien que ce dépôt de projet soit ou apparaisse « hâtif » et sans conséquence viable, il est d’intérêt de signaler que la paix recherchée entre les partis impliqués risque d’autres avenues à discuter !

    À suivre ! - 17 déc 2014 -