Amnesty International accuse Israël de crimes de guerre

Amnesty International accuse Israël d’avoir commis de crimes de guerre lors du conflit à Gaza cet été, et notamment d’avoir témoigné d’une «indifférence grave» lors d’attaques lancées contre des résidences familiales du territoire côtier densément peuplé.

La guerre de Gaza a fait plus de 2100 morts dans le camp palestinien, dont des centaines de civils. Israël reproche au groupe militant Hamas d’avoir utilisé des civils comme boucliers humains.

Israël a perdu 66 civils et six militaires.

Un rapport publié mercredi par l’organisation internationale de défense des droits de l’homme affirme que les forces israéliennes ont tué des dizaines de civils palestiniens lors d’attaques qui ciblaient des maisons habitées par des familles, ce qui dans certains cas correspond à des crimes de guerre.

Conclusions rejetées

Le ministère israélien des Affaires étrangères a rejeté les conclusions du rapport et accusé Amnesty de ne pas tenir compte des crimes de guerre documentés perpétrés par le Hamas.

Israël avait lancé une offensive contre la bande de Gaza cet été, en réplique à une intensification des tirs de roquette en direction de son territoire par le Hamas.

«Les forces israéliennes ont violé les règles de la guerre avec arrogance en menant une série d’attaques contre des résidences civiles, et elles ont témoigné d’une indifférence grave envers le carnage conséquent», a dit Philip Luther, le directeur d’Amnesty pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Amnesty reproche à Israël d’avoir mené plusieurs attaques aériennes, terrestres ou d’artillerie aveugles.

Israël prétend que ses forces ont tout fait pour éviter de toucher des populations civiles et accuse le Hamas d’avoir lancé des roquettes depuis des cours d’école, des secteurs résidentiels et des mosquées.

«Le rapport met en lumière les attaques systématiques de résidences civiles par des soldats israéliens qui ont démontré un mépris choquant envers la vie des civils palestiniens, qui n’ont reçu aucun avertissement et n’ont pas eu l’occasion de fuir», a dit M. Luther.

Appel au Conseil de sécurité au sujet de Jérusalem

D'autre part, les Palestiniens ont appelé mercredi le Conseil de sécurité de l’ONU à se réunir au sujet de l’esplanade des Mosquées, après de nouveaux heurts dans ce troisième lieu saint de l’islam à Jérusalem-Est.

«La direction palestinienne a pris des contacts en urgence à ce sujet», a dit Nabil Abou Roudeina, porte-parole de la présidence, dans un communiqué.

Il a accusé «le gouvernement israélien de persister dans son plan pour que continuent les violations dans le sanctuaire d’Al-Aqsa, et de défendre les colons qui attaquent la mosquée, violant toutes les règles internationales».

La Jordanie réagit


La Jordanie, liée à Israël par un traité de paix, a rappelé mercredi son ambassadeur à Tel-Aviv et annoncé son intention de porter plainte à l’ONU contre les «violations israéliennes répétées» sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem.

Le premier ministre Abdallah Nsour a demandé à son chef de la diplomatie Nasser Joudeh de «rappeler l’ambassadeur jordanien à Tel-Aviv pour protester contre l’escalade israélienne contre l’esplanade des Mosquées», selon l’agence officielle Petra.

Il lui a aussi demandé de «porter plainte devant le Conseil de sécurité de l’ONU contre les attaques répétées d’Israël contre les lieux saints musulmans», a ajouté Petra.

La délégation jordanienne à l’ONU a entamé les procédures nécessaires pour présenter une telle plainte, selon l’agence. La Jordanie est membre non-permanent du Conseil de sécurité.

«Nous regrettons la décision jordanienne, qui ne contribue pas à apaiser l’atmosphère, bien au contraire», a réagi le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon.

«Nous attendons de la Jordanie qu’elle condamne la violence initiée et dirigée de Ramallah (en Cisjordanie) et le meurtre d’innocents qui en résulte», a-t-il dit dans un communiqué, en allusion à l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas.

Heurts

De violents heurts ont éclaté mercredi sur l’esplanade des Mosquées avec la venue de dizaines de juifs ultra-religieux qui réclament le droit de prier sur ce lieu saint musulman, qu’ils vénèrent également, ce qui bouleverserait le statu quo entériné en 1967.

Fait rare, les policiers israéliens ont pénétré de quelques mètres dans la mosquée Al-Aqsa, lors des heurts.

L’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est est le troisième lieu saint de l’islam et est situé dans la partie arabe de la ville, occupée et annexée par Israël. Le site abrite la mosquée du Dôme du Rocher et celle d’Al-Aqsa (la Lointaine) car c’est le sanctuaire le plus lointain où, selon la tradition musulmane, le prophète Mahomet se soit rendu.

Les Palestiniens dénoncent les visites de plus en plus fréquentes de juifs sur le site comme des provocations, tandis que la frange ultra-nationaliste et religieuse israélienne multiplie les appels à autoriser les juifs à prier sur l’esplanade.

La Jordanie a conservé la gestion de l’esplanade, au moment de l’occupation de Jérusalem-Est en 1967. Il est le seul Etat arabe, avec l’Egypte, à avoir signé avec Israël un traité de paix, conclu il y a juste 20 ans.

De son côté, la confrérie jordanienne des Frères musulmans, l’un des principaux partis d’opposition, a annoncé sur son compte Twitter qu’elle organiserait vendredi après la prière hebdomadaire une importante manifestation à Amman pour exprimer «la colère» du peuple jordanien contre les «incursions quotidiennes des autorités d’occupation dans la mosquée Al-Aqsa».

Le roi jordanien Abdallah II a promis dimanche que son pays ferait tout pour protéger les lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem.

Membre du Conseil de sécurité de l’ONU, le royaume hachémite a déjà entamé les procédures diplomatiques nécessaires pour présenter une telle plainte, selon l’agence.

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