Les dignitaires musulmans condamnent l’organisation EI

Le Conseil des oulémas, principal organe des dignitaires musulmans pakistanais, a condamné vendredi l’organisation État Islamique (EI) au moment où des responsables s’inquiètent de la propagation de ces jihadistes au Pakistan, puissance nucléaire déjà endeuillée par les attentats des talibans et d’al-Qaïda.

L’EI, qui a déclaré un califat sur les territoires qu’il contrôle en Syrie et en Irak et perpétré de nombreuses exactions, viole les enseignements de la religion musulmane, souligne dans un communiqué le Conseil des oulémas pakistanais tout en critiquant les gouvernements à Damas et Bagdad, de même que l’intervention militaire dans cette région.

«L’islam et les musulmans ne peuvent pas soutenir le meurtre d’innocents et la destruction de leurs biens par l’EI», estime le Conseil, qui regroupe des intellectuels et des imams pakistanais à la fois modérés et considérés proches du pouvoir à Islamabad.

Le Conseil «appelle la population et la jeunesse des pays musulmans à ne pas coopérer avec quelconque groupe violent dont les actions vont à l’encontre des enseignements de l’islam et du prophète Mahomet», poursuit le communiqué.

Syrie et Irak dans le collimateur

Les oulémas du Pakistan, géant musulman de plus de 180 millions d’habitants, dénoncent aussi les «atrocités» perpétrées par le gouvernement syrien et la «discrimination» envers les musulmans sunnites en Irak, des facteurs «qui ont permis à des organisations comme l’EI de naître et de gagner en popularité».

S’il critique les autorités en Syrie et en Irak, le Conseil n’approuve pas pour autant l’intervention militaire contre les combattants de l’EI, appelant plutôt au «dialogue». Dans le contexte actuel, «aucune opération militaire ne peut mener à un succès décisif et à long terme» ou ramener la «paix» au Moyen-Orient, estime le Conseil.

Crainte de propagation
Cette déclaration des dignitaires religieux locaux intervient sur fond de crainte d’une propagation du message de l’organisation État Islamique au Pakistan, seul pays musulman doté de l’arme nucléaire, et en Afghanistan voisin à l’approche de la fin de la mission de combat de l’OTAN, en décembre. 

Au cours des dernières semaines, des tracts en soutien à l’EI ont ainsi fait leur apparition dans des bazars du sud-est afghan et dans le nord-ouest pakistanais, berceau historique des talibans et d’al-Qaïda.

Récemment, les talibans pakistanais du TTP, en lutte contre le gouvernement d’Islamabad, accusé de soutenir la guerre américaine «contre la terreur» et de ne pas mettre en oeuvre leur interprétation radicale de la loi islamique, ont offert leur appui à l’EI sans toutefois plaider allégeance à cette organisation qui attire de nombreux combattants étrangers, dont certains provenant d’Occident mais aussi du «pays des purs».

Recul de al-Qaïda

Selon de nombreux analystes, la progression de l’EI en Syrie et en Irak se traduit aussi par un recul d’al-Qaïda, qui a lancé le mois dernier une branche spéciale pour l’Asie du Sud-Est, afin justement d’ouvrir un nouveau front dans cette région après avoir perdu du terrain au Moyen-Orient.
 

L’armée pakistanaise a quant à elle lancé en juin dernier une vaste offensive contre les repaires des talibans et d’al-Qaïda au Waziristan du Nord, zone tribale du nord-ouest pakistanais qui sert de sanctuaire et de camps d’entraînements à la mouvance jihadiste de la région.

Mais si l’EI s’implante dans la région, sur fond de dissensions au sein des nombreuses factions talibanes, le Pakistan «risque d’être confronté à des défis (sécuritaires) encore plus importants», notait vendredi le quotidien Dawn dans un éditorial.