La coalition antidjihadistes frappe en Syrie pour la première fois

Dès le lendemain de menaces directes contre les pays participant à la coalition anti-djihadistes, les États-Unis aidés de leurs alliés arabes ont pour la première fois attaqué mardi le groupe État islamique (EI) en Syrie, ouvrant un nouveau front, après celui de l’Irak.

Après cette première intervention étrangère en Syrie depuis le début de la guerre civile en 2011, le président américain Barack Obama a affirmé que «la force» de la coalition anti-djihadistes «démontre clairement [...] qu’il ne s’agit pas simplement du combat de l’Amérique». L’opération de la coalition survient au moment où un otage français est menacé d’exécution en Algérie par un groupe djihadiste lié à l’EI si la France ne cesse pas ses raids en Irak.

Les frappes en Syrie ont été «très réussies», a assuré le Pentagone, précisant qu’elles avaient été menées au moyen d’avions de chasse, de drones, de bombardiers et de 47 missiles Tomahawk, tirés depuis des navires américains opérant dans les eaux internationales de la Mer Rouge et du Golfe. Le chasseur bombardier furtif F-22 Raptor, le plus sophistiqué de l’arsenal aérien des Etats-Unis, y a été utilisé pour la première fois.

Cinq pays arabes (Jordanie, Bahreïn, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis) ont participé ou appuyé ces frappes contre les djihadistes qui ont proclamé un califat sur les vastes régions qu’ils contrôlent à cheval entre la Syrie et l’Irak. À l’exception du Qatar, ces pays arabes ont tous confirmé leur participation aux raids.

Les bombardements ont notamment visé des sites d’entraînement et des centres de commandement dans les régions de Raqa, le bastion de l’EI, de Deir Ezzor et d’Hassaka, selon le Pentagone. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), environ 120 djihadistes ont été tués dans les frappes, dont 70 de l’EI et 50 d’al-Qaïda.

L’opération de la coalition survient alors que l’EI poursuit son offensive pour s’emparer d’Aïn al-Arab (Kobané en kurde), troisième ville kurde de Syrie, dont la prise lui donnerait le contrôle total d’une longue bande de la frontière syro-turque. Le groupe s’est déjà emparé de plus de 60 villages environnants depuis une semaine. Et craignant ses exactions, plus de 130 000 kurdes syriens ont fui en Turquie ces derniers jours.

Le président Bachar al-Assad, dont le régime est considéré comme illégitime par les États-Unis, a affirmé soutenir «tout effort international» pour combattre les djihadistes. «La Syrie continuera avec fermeté la guerre qu’elle mène depuis des années [le début du soulèvement populaire en 2011] contre le terrorisme takfiri». Pour sa part, l’opposition syrienne modérée a favorablement accueilli les frappes tout en appelant à faire pression sur M. Assad dont elle réclame le départ.

À l’occasion de l’ouverture mercredi de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, M. Obama devrait chercher à renforcer la coalition et presser les dirigeants de la planète de tout faire pour éviter que des militants étrangers ne rejoignent les rangs de l’EI. Le nombre de djihadistes européens partis combattre en Syrie et Irak est en hausse, à «environ 3000», selon le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove.

Le président américain rencontrera notamment des responsables des cinq pays arabes ayant aidé les États-Unis dans les frappes. Son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays avait refusé dans un premier temps de participer à la coalition, a déclaré pour sa part qu’Ankara pourrait fournir un soutien militaire ou logistique à l’opération.

La campagne aérienne américaine lancée le 8 août en Irak a aidé les forces irakiennes à reprendre du terrain. Des dizaines de djihadistes de l’EI ont été tués mardi dans des frappes aériennes dans l’ouest, selon une source militaire irakienne.

Le groupe Khorassan est aussi visé

Les États-Unis ont attaqué et « éliminé » mardi en Syrie des membres du groupe islamiste Khorassan, un groupuscule proche d’al-Qaïda qui s’apprêtait à lancer des « attaques majeures » contre des cibles occidentales. Le groupe Khorassan avait pour claire ambition de lancer des opérations extérieures contre les États-Unis, a dit le Pentagone.

La majorité des missiles Tomahawk tirés mardi ont été dirigés contre ce groupuscule, lié à al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda.

Le groupe est composé de combattants d’al-Qaïda précédemment postés en Afghanistan, au Pakistan et en Iran, venus en Syrie pour rallier le front al-Nosra, selon Matthew Henman, du IHS Jane’s terrorism and Insurgency Centre.