La guerre s’arrête à Gaza

Un jeune Palestinien se tient sur les ruines des derniers édifices bombardés par l’armée israélienne, mardi, avant le cessez-le-feu permanent.
Photo: Khalil Hamra Associated Press Un jeune Palestinien se tient sur les ruines des derniers édifices bombardés par l’armée israélienne, mardi, avant le cessez-le-feu permanent.

Après 50 jours de guerre entre le Hamas et l’armée israélienne qui auront laissé la bande de Gaza exsangue, les deux camps se sont accordés sur un nouveau cessez-le-feu, qui sera, contrairement aux précédents, « illimité ».

 

L’annonce, faite officiellement par le président palestinien, Mahmoud Abbas, a été confirmée par des sources gouvernementales israéliennes et saluée par les États-Unis et l’ONU.

 

Plusieurs responsables palestiniens présents au Caire, où l’Égypte a joué le rôle d’intermédiaire depuis le début du conflit, ont aussi fait part de l’existence de ce cessez-le-feu, qui est entré en vigueur mardi et a été accueilli par des scènes de liesse dans la bande de Gaza. Plusieurs dirigeants du Hamas et du Djihad islamique ont, à cette occasion, fait leur première apparition publique depuis le début de la guerre. Des tirs de joie ont résonné dans la ville de Gaza, alors que l’accord prévoit, selon le médiateur égyptien, un allègement du blocus qui est imposé depuis 2006 par Israël et qui asphyxie 1,8 million de Gazaouis.

 

Dans les rues, au milieu des célébrations, Maha Khaled, une mère de famille de 32 ans, ne cachait pas sa joie : « Dieu merci, la guerre est finie. Je n’arrive pas à croire que je suis encore en vie, avec mes enfants. Cette guerre a été très dure et on ne croyait plus que la paix arriverait. »

 

Les responsables israéliens, qui ont toujours martelé qu’ils ne négocieraient pas « sous les bombes », ont donc accepté un compromis, alors que des roquettes palestiniennes s’abattaient sur l’État hébreu et que des drones israéliens poursuivaient leurs bombardements, mardi. Une heure avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, deux Israéliens ont été tués par un obus de mortier tiré de la bande de Gaza.

 

Contrairement aux précédents, le cessez-le-feu serait donc permanent et devrait mettre un terme aux combats. Selon des responsables palestiniens cités par les différentes agences de presse, la proposition égyptienne sur laquelle les deux camps se seraient entendus prévoit :

 

une cessation illimitée des hostilités ;

 

l’ouverture immédiatedes points de passage entre Gaza, Israël et l’Égypte pour « l’entrée rapide de l’aide humanitaire, des secours et des moyens de reconstruction » — donc une levée partielle du blocus de l’enclave en vigueur depuis 2006 ;

 

un élargissement de la zone de pêche palestinienne en Méditerranée, permettant « la pêche jusqu’à 6 milles marins » puis à 12 milles. Jusqu’alors, les Palestiniens de Gaza ne pouvaient pêcher que jusqu’à 3 milles de la côte, bien que les accords d’Oslo conclus en 1994 aient prévu qu’ils puissent naviguer jusqu’à 20 milles.

 

Dans un second temps, un mois après l’arrêt des combats, Israéliens et Palestiniens devraient entamer des négociations sur la levée du blocus, la démilitarisation de Gaza, la construction d’un port à Gaza et la libération de membres du Hamas détenus en Cisjordanie occupée, ajoutent les négociateurs.

 

Les États-Unis se sont félicités de cet accord, souhaitant « que le cessez-le-feu soit réellement durable et viable. Nous considérons cela comme une occasion à saisir, pas comme un acquis. Il reste une longue route à faire, nous en sommes conscients et nous nous y engageons les yeux grand ouverts. »

 

Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a également souhaité que le cessez-le-feu soit « durable » et qu’il ouvre la voie à un « processus politique » entre Israël et les Palestiniens.

 

Le président Abbas a prévenu que les Palestiniens ne s’engageraient pas dans de nouvelles « négociations brumeuses ». « Gaza a subi trois guerres en 2008-2009, en 2012 [et en 2014], devons-nous nous attendre à une nouvelle guerre dans un an ou deux ? Et jusqu’à quand la question palestinienne restera sans solution ? », a-t-il lancé.

 

La direction palestinienne se prépare à exiger que la communauté internationale fixe une date-butoir pour la fin de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Si leur exigence n’était pas entendue, alors, disent-ils, ils adhéreront à la Cour pénale internationale (CPI), ce qui leur permettrait de poursuivre des responsables israéliens au sujet du déroulement des opérations dans la bande de Gaza.

 

Plus de 2100 morts

 

Cet accord met un terme à 50 jours de violence et à plusieurs semaines de négociations, entrecoupées de trêves temporaires. Depuis le 8 juillet, 2138 Palestiniens ont été tués, dont un quart d’enfants, et 70 Israéliens, dont 64 soldats et un enfant. À Gaza, la proportion de civils ou de combattants du Hamas tués fait toutefois l’objet d’une polémique — le Hamas insiste sur le nombre de pertes civiles et garde secret le bilan de ses « martyrs », alors qu’Israël affirme que 1068 « terroristes » ont été tués par son armée avant le 19 août. En huit ans, c’est la quatrième opération militaire menée par Israël à Gaza, où 1,8 million de personnes vivent sur un territoire grand comme trois fois Paris.

 

Maintenant que les armes ont cessé de parler, l’heure sera à une éventuelle enquête internationale. Les accusations de violation du droit international à Gaza commencent peu à peu à s’élever. Fin juillet, Navi Pillay, la commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, a estimé que des « crimes de guerre » pourraient avoir été commis par les deux camps.

L'accord en quelques points


Ouverture des points de passage

Ouverture immédiate des passages reliant la bande de Gaza à Israël afin d’aider à la reconstruction du territoire: Erez (nord) et Kerem Shalom (sud). Rafah, près de l'Égypte, n'a pas été évoqué.

Libération de prisonniers

La proposition évoque «la libération de prisonniers palestiniens en échange des corps des soldats israéliens tués». Plus de 5000 Palestiniens sont emprisonnés en Israël. Le Hamas souhaite la libération d'une soixantaine d'entre eux.

Réouverture de l'aéroport de Gaza

Les Palestiniens exigent la réouverture de l’aéroport de Gaza et la possibilité de réutiliser le port maritime. Ce point reste à négocier lors des discussions qui doivent se tenir d'ici un mois.

Levée du blocus

L’accord conclu mardi prévoit la levée du blocus. Aucun détail n’a toutefois filtré sur de possibles restrictions sur les importations de matériel de construction ou la reprise des exportations depuis Gaza. 

Démilitarisation de Gaza

Pour Israël, la question de la démilitarisation et celle des mesures pour empêcher le Hamas de se ré-armer doivent être discutées.

Extension des zones de pêche

La limitation de navigation de 3 milles devra être élargie à 6 milles nautiques (11 km), puis à 12 milles.
18 commentaires
  • Yvan Lachapelle - Abonné 27 août 2014 04 h 09

    pause de reconstruction

    Il fallait cesser de détruire Gaza avant qu'il n'y ait plus rien.Avec cet accord,ils pourront refaire le ménage et dans quelque temps,les multinationales d'armement pourront resemer la zizanie entre les 2 peuples et avec une autre reprise des hostilitées,ils revendront encore une fois pour plusieurs centaines de millions de dollars d'armes des 2 cotés de la frontière.

  • Pierre Bourassa - Inscrit 27 août 2014 06 h 09

    Gaza a subi trois guerres depuis 2008

    Le président Abbas a prévenu que les Palestiniens ne s’engageraient pas dans de nouvelles « négociations brumeuses » et se pose la question: jusqu’à quand la question palestinienne restera sans solution?

    Tant qu'Israel ne sera pas trainé devant la Cours Pénale de Justice(CPI) et punis pour crimes de guerre contre l'humanité,il recommencera.Pendant le carnage auquel nous avons assisté depuis 1 mois,la vaste majorité des pays occidentaux ont appuyé Israel,dont notre propre pays le Canada.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 27 août 2014 06 h 39

    Bravo yahou !

    « Cet accord met un terme à 50 jours de violence et à plusieurs semaines de négociations, entrecoupées de trêves temporaires. » (AFP, Le Monde)

    De cet accord, il est à souhaiter une paix illimitée entre les autorités, et ce, moyennant une reprise heureuse des négociations !

    Que de joie à venir !

    Bravo yahou ! - 27 août 2014 -

  • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2014 07 h 40

    La pression internationale aurait-elle eu raison d'Israel?

    Très bonne nouvelle, enfin les gazouis pourront profiter d'une trêve qui espèrons-le, sera de longue durée. Maintenant que la Palestine a adhèrée au Statut de Rome (cour pénale internationale) peut-être que les responsables de ce massacre seront poursuivis pour la mort de toutes ces innocentes victimes palestiniennes. Mais le fond du problème semble demeurer entier. Le blocus israélien de la bande de Gaza est toujours en vigueur, toutes les activités (pêche, port de mer, entrée et sortie des points de passage, etc.)sont toujours sous le joug d'Israel. Une partie du gouvernement palestinien n'accepte pas la résolution 181 de 1947-48 de l'ONU, soit la partition de la Palestine et la présence d'Israel sur son territoire, la colonisation juive, les territoires occupés....il est pratiquement utopique de voir les israéliens quitter la Palestine, alors le retour aux frontières de 1948 serait souhaitable, la création de deux états en Palestine (peu probable car les grands parties politiques en Israel y sont totalement opposés). À mon avis il faudra une énorme pression internationale sur Israel pour que celle-ci accepte de signer de telles conditions, alors elles devront leurs être imposées, avec fermeté, ce dont je doute....peut-être que cette fois-ci ce sera la bonne. bonne journée

    • Nicole Bernier - Inscrite 27 août 2014 10 h 05

      J'ai écouté les trois discours de cette nouvelle alliance de différentes idéologies palestiniennes et leur plus grande victoire, selon eux, c'est le fait que le monde occidental n'a pas réussi à les diviser (ce qui a justement fait la force des juifs quand ils ont construit leur pays)...

      - Mahmoud Abbas du Fatah et chef du gouvernement,
      - Sami Abu Zuhri, un nouveau qui prend la relève de ceux qui ont été tués par Israël dans la Bande de Gaza et
      - Ramadan Shallah de Berouth, secrétaire général des Djihadistes, qui a parlé et félicité la discipline qui s'est imposée parmi toutes les factions autres que la sienne (il en a nommé 5 je crois)
      je peux vous assurez, qu'il est très clair qu'ils s'étaient consultés car le message, même si ces leaders étaient dans des régions différentes du monde pour faire leur conférence de presse, ils avaient le même discours rassembleur sur la patiente et la solidarité de tous les Palestiniens devant l'horreur qu'ils viennent de traverser...

      Les discours des trois chefs de la résistance palestinienne donnaient l'impression que David (leur alliance) avait atteint Goliath (Israël) dans son talon d’Achille… Pourquoi?

      Parce que les objectifs réels d’Israël en déclenchant cette guerre n’ont pas été atteints (détruire le Hamas et forcer le peuple palestinien à abdiquer leurs revendications d'avoir un pays comme il leur a été promis)

      Quand le monde va réaliser l’ampleur des dégâts et qu’il va devoir payer la facture de reconstruire la Palestine parce que se sera la stratégie la moins couteuse pour mettre un terme à toutes les guerres que les Occidentaux ont déclenché au Moyen-Orient et en Afrique pour essayer de maintenir le statut quo de leurs gains à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le discours mondial contre Netanyahou ne sera pas tendre.

    • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2014 12 h 59

      Réponse à Madame Bernier, madame vous devriez écouter les propos du Rabin Henry Siegman de New-York, un membre influent du lobby juif américain, il n'est pas tendre à l'endroit des israéliens, et écoutez bien la description des horreurs pratiquées par les israéliens dans le passé, la dénégation que le Hammas soit plus terroriste que les israéliens....très interessant. De plus les rumeurs qu'Israel est profité de ces attaques à Gaza pour permettre à ses compagnies fabricantes d'armes de faire les démonstratins nécessaires à leurs clients....et pour finir les intentions proposées par des membres du gouvernement Netanyahu de déporter tout simplement les gazouis dans différents pays et de créer une nouvelle Jaffa.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 27 août 2014 08 h 06

    Terrorisme étatisé

    Maintenant que le terrorisme étatisé d'Israël a achevé de détruire Gaza, il est à espérer que la communauté internationale saura faire entendre raison au gouvernement extrème-droite d'Israël pour reconstruire et paver la voie à une paix durable entre elle et la Palestine.