L’Irak en crise écarte al-Maliki

Au moins 20 000 civils de la communauté des Yazidis, au nord de l’Irak, ont fui en Syrie. Les membres de cette communauté persécutée par l’EI sont repoussés vers les montagnes arides où ils risquent de mourir de soif.
Photo: Ahmad al-Rubaye Agence France-Presse Au moins 20 000 civils de la communauté des Yazidis, au nord de l’Irak, ont fui en Syrie. Les membres de cette communauté persécutée par l’EI sont repoussés vers les montagnes arides où ils risquent de mourir de soif.

Le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, s’est fait montrer la porte de sortie par sa propre coalition, qui lui a préféré lundi un rival, Haïdar al-Abadi, homme issu comme lui de la communauté chiite, qui devra gérer la crise provoquée par l’avancée des djihadistes de l’État islamique (EI).

 

Les États-Unis, Barack Obama en tête, ont salué la nomination par le nouveau président irakien, Fouad Masoum, du nouveau chef de gouvernement. Depuis vendredi, pour la première fois depuis la fin de 2011, les Américains sont directement impliqués sur le théâtre irakien, où leur aviation aide les forces armées locales et celles du Kurdistan autonome à repousser les hommes de l’EI, tout en parachutant de l’aide humanitaire aux populations qui ont fui ces extrémistes.

 

On trouve en effet dans le nord de l’Irak des dizaines de milliers de membres de la communauté des Yazidis, des kurdophones non musulmans qui ont fui leur région d’origine, autour de la ville de Sinjar, pour gagner les montagnes arides où ils risquent de mourir de faim et de soif. De nombreux chrétiens ont par ailleurs réussi à gagner le Kurdistan irakien, où ils ont trouvé refuge dans des églises.

 

« Important pas en avant »

 

« Aujourd’hui, l’Irak a fait un important pas en avant », a affirmé Barack Obama lundi après-midi dans l’île de Martha’s Vineyard, au Massachusetts, où il passe ses vacances avec sa famille. Le président américain a ajouté que lui-même et le vice-président, Joe Biden, avaient appelé le nouveau premier ministre pour le féliciter, tout en lui demandant de former rapidement un gouvernement « inclusif », dans lequel tous les Irakiens pourront se reconnaître.

 

Haïdar al-Abadi a indiqué au vice-président américain qu’il avait l’intention de s’exécuter.

 

Une crise politique risque cependant d’éclater à Bagdad et dans une bonne partie du pays puisque Nouri al-Maliki, loin de reconnaître son échec à former et à diriger le nouveau gouvernement, a accusé le président Masoum d’avoir perpétré un « coup contre la Constitution ».

 

« J’encourage tous les Irakiens à respecter le processus politique dans la paix », a ajouté Barack Obama dans sa brève intervention à Martha’s Vineyard. Depuis plusieurs mois, le gouvernement américain critique la gestion politique de M. Maliki, qui est jugé très sectaire par la plupart de ses compatriotes de la minorité sunnite.

 

Le président américain a par ailleurs indiqué que les frappes avaient contribué à freiner la progression des djihadistes vers Erbil, la capitale du Kurdistan, où travaillent plusieurs ressortissants américains. Il a par ailleurs indiqué que les avions américains et britanniques allaient continuer de larguer de l’eau et des vivres aux réfugiés yazidis, dont un certain nombre auraient quitté la montagne où ils se trouvaient dans une situation précaire.

 

« Les frappes ont contribué à freiner l’avancée des forces de l’EI autour de Sinjar et à l’ouest d’Erbil », a expliqué lundi un haut gradé américain pour qui il n’est pas question d’étendre ces attaques aériennes au-delà de la région du Nord irakien.

 

Les États-Unis ont annoncé leur intention de fournir des armes aux forces irakiennes et kurdes, qui n’arrivent pas à elles seules à repousser les extrémistes. Ces derniers sont à une quarantaine de kilomètres d’Erbil. Ils se sont par ailleurs emparés jeudi du principal barrage hydroélectrique du pays, sur le Tigre, près de Mossoul.

 

Intervention tardive

 

Depuis l’apparition en Irak de l’État islamique au début de l’année, les États-Unis ont paru hésiter avant d’intervenir dans ce pays, en raison des mauvais souvenirs laissés par la guerre menée entre 2003 et 2011.

 

« Les Américains ont mal évalué à quel point le théâtre syrien a renforcé l’État islamique, note Julien Tourreille, directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM. Par contre, le gouvernement Obama suit sa progression avec beaucoup d’attention depuis le début de l’année. Quand les djihadistes ont commencé à prendre des villes dans la province d’Anbar, notamment Ramadi et Fallujah, qui sont assez proches de Bagdad, les Américains ont donné l’impression de laisser-faire, car les clans sunnites présents dans ces villes les laissaient entrer puisqu’ils en avaient contre le gouvernement Maliki qui les marginalisait. »

 

« Depuis juin, on se situe dans une nouvelle configuration, où des djihadistes vraiment radicaux, obscurantistes et fondamentalistes veulent ouvertement exterminer toutes les personnes qui ne sont pas de leur confession. C’est tellement inacceptable qu’Obama est en quelque sorte obligé d’intervenir pour éviter un massacre annoncé », ajoute M. Tourreille.

 

La formation d’un gouvernement d’union en Irak est réclamée par la communauté internationale depuis que l’EI a réussi une avancée spectaculaire au cours des premières semaines de juin. Barack Obama a annoncé jeudi sa décision de frapper les positions djihadistes avec des avions et des drones, décision qui a été suivie d’effets dès vendredi.

 

À Bagdad, les forces spéciales, la police et l’armée irakiennes sont déployées en force près des points stratégiques, particulièrement dans la « zone verte » où sont situées la plupart des institutions du pays.

 

Au Conseil de sécurité, le Royaume-Uni a soumis lundi un projet de résolution visant à empêcher toute aide, financière ou autre, de parvenir à l’État islamique.

 

Enfin, une réunion extraordinaire des ambassadeurs de l’Union européenne a été convoquée mardi à Bruxelles, pour discuter de la nouvelle crise en Irak.

 

Avec l’Agence France-Presse et Associated Press

C’est tellement inacceptable qu’Obama est en quelque sorte obligé d’intervenir pour éviter un massacre annoncé

2 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 12 août 2014 09 h 02

    Le Kurdistan autonome couvre quel territoire national (nord de l'Irak) et qui a approuvé le fait que cette population pouvait décider de s'autogérer?

    D'après metronews en date du vendredi 4 juillet 2014, « le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a demandé [le jeudi 3 juillet 2014] au Parlement de la région autonome [du Kurdistan] d'organiser un référendum d'indépendance, au moment où l'Irak est menacé d'implosion par une offensive djihadiste. « Cela renforcera notre position et constituera une arme puissante à notre service », a-t-il précisé ». D'après Rudaw, le Parlement européen a donné un feu vert tacite aux aspirations kurdes de l'indépendance. Il y a également les États-Unis, la France, l'Italie, le Royaume-Uni, la Turquie, la Jordanie, le Koweït et les Émirats arabes unis qui sont parmi les États à assurer les responsables du KRG qu'ils feraient preuve de compréhension et devrait déclarer l'indépendance du Kurdistan si le référendum d’indépendance est "pour".
    Les Khurdes, qui ne sont pas musulmans ou des communistes, peuvent s'organiser en état indépendant et faire entériner leur référendum (bien que plusieurs gouvernements iraquiens s'y soient opposé depuis l'occupation américaine);
    mais les 8 millions de Russes qui vivent en Ukraine ne peuvent pas obtenir un gouvernement autonome et faire entériner leur référendum.

  • Richard Bérubé - Inscrit 12 août 2014 11 h 43

    Qui décident pour qui?

    Dans son commentaire Madame Bernier mentionne que plusieurs pays approuveraient la décision des Kurdes s'ils voulaient se séparer de l'Irak...le parlement européen se dit favorable....c'est bien mais qui gouverne le tout sur cette terre, et si l'Europe ou les autres pays disaient non qu'adviendrait-il des rêves des kurdes...d'après moi cela revient à dire que tu feras se qu'on te diras de faire....autrement dit il faut que cela fasse l'affaire des puissances occidentales, les petites nations citées ne sont que les porte-paroles des grandes....moi qui croyait que chaque pays était indépendant sur cette terre, ne le sont-ils pas...