Israël et le Hamas acceptent une trêve de 72 heures

Des soldats israéliens nettoyaient le canon d’un char à la frontière avec Gaza, jeudi.
Photo: Gil Cohen-Magen Agence France-Presse Des soldats israéliens nettoyaient le canon d’un char à la frontière avec Gaza, jeudi.

Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas ont accepté un cessez-le-feu de trois jours à partir de vendredi matin, après 24 jours d’une guerre dévastatrice et meurtrière dans la bande de Gaza.

 

«Israël a accepté la proposition faite par les États-Unis et l’ONU d’un cessez-le-feu humanitaire de 72 heures à partir de 8 h [heure locale] vendredi», a dit, sous couvert de l’anonymat, un collaborateur du premier ministre Benjamin Netanyahu.

 

Un porte-parole du Hamas a confirmé qu’il avait accepté d’observer cette trêve si son adversaire faisait de même.

 

Selon le secrétaire d’État américain John Kerry, ce cessez-le-feu n’empêchera pas l’armée israélienne, qui a déclenché les hostilités le 8 juillet et est entrée dans la bande de Gaza le 17, de poursuivre ses opérations derrière ses positions actuelles.

 

Selon un communiqué commun de John Kerry et du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, le représentant des Nations unies à Jérusalem Robert Serry «a reçu des assurances que toutes les parties sont tombées d’accord sur un cessez-le-feu humanitaire sans condition à Gaza».

 

Ce cessez-le-feu devrait débuter à 8 h et «durera 72 heures, à moins qu’il ne soit étendu».

 

Dans la ville de Gaza, qui se situe au nord de l’enclave palestinienne, des bombardements avaient encore été entendus dans la soirée, et une roquette était passée au-dessus de la ville. Quatorze personnes ont été tuées jeudi soir dans une frappe israélienne sur une maison du camp de réfugiés de Nousseirat, au centre de la bande de Gaza, ont indiqué les secours. Dans la nuit, le calme s’était installé dans la ville de Gaza, selon des journalistes de l’AFP.

 

«Ce cessez-le-feu est très important pour donner aux civils innocents un répit dont ils ont bien besoin face à la violence», a déclaré John Kerry à New Delhi. Les 1,8 million de civils de Gaza recevront «l’aide humanitaire dont ils ont un besoin urgent» et leur offriront un répit pour «enterrer leurs morts, s’occuper des blessés et se réapprovisionner en denrées alimentaires», a ajouté le secrétaire d’État.

 

Des délégations palestiniennes et israéliennes vont se rendre «immédiatement» au Caire, médiateur, pour des négociations associant le gouvernement égyptien et destiné à rechercher «un cessez-le-feu durable», selon le communiqué conjoint de l’ONU et de Washington. Un émissaire américain devrait participer aux négociations, selon un responsable américain.

 

Cessez-le-feu précédents peu concluants

 

Les précédents cessez-le-feu humanitaires, unilatéraux, ont volé en éclats. Mais c’est la première fois qu’un cessez-le-feu recueillerait l’assentiment des deux camps et serait prévu pour une période aussi longue.

 

Même si la trêve devait tenir, les divergences de fond sont profondes. Les discussions du Caire doivent permettre aux belligérants d’aborder tous les litiges.

 

Outre l’arrêt des frappes israéliennes, le Hamas exige un retrait des troupes israéliennes, ainsi qu’une levée du blocus qui étouffe l’enclave palestinienne depuis 2006.

 

Le premier ministre Benjamin Netanyahu a de nouveau affiché sa détermination jeudi, affirmant que son armée «finirait le travail» avant de cesser ses opérations, notamment en détruisant les tunnels du Hamas, cessez-le-feu ou pas.

 

La mission des soldats israéliens était de réduire à néant la menace militaire que font peser les tirs de roquettes du Hamas et les tunnels creusés depuis la bande de Gaza vers Israël.

 

Si l’opération «Bordure protectrice» bénéficie du soutien massif de la population israélienne, elle a provoqué l’inquiétude croissante de la communauté internationale face au très lourd tribut payé par la population de Gaza.

 

Combats meurtriers

 

Avec environ 1440 morts et plus de 8000 blessés, en grande majorité des civils, cette guerre est au moins aussi meurtrière que Plomb Durci (2008-2009) qui avait déjà été déclenchée pour mettre un terme aux tirs de roquettes du Hamas. Parmi les morts figurent au moins 242 enfants selon l’Unicef.

 

La population de Gaza, prise au piège des bombardements, est «au bord de la rupture», a prévenu Pierre Krähenbühl, le patron de l’Agence onusienne pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNWRA) qui accueille 230 000 réfugiés dans des conditions de précarité extrêmes dans 85 centres à Gaza.

 

L’armée israélienne a pour sa part perdu 56 soldats, ses pertes les plus lourdes depuis la guerre contre le Hezbollah libanais en 2006. Trois civils, dont un ouvrier agricole thaïlandais, ont été tués par des roquettes, dont environ 3000 ont été tirées vers Israël, selon l’armée.

 

«Moi je veux que le Hamas continue cette guerre, qu’il pousse Israël hors de Gaza», déclarait jeudi Mahmoud Alyan, un infirmier de 23 ans de Beit Lahiya (nord) venu soigner une blessure au ventre à l’hôpital al Chifa de Gaza après le bombardement de sa maison. À côté, des corps carbonisés sont conduits à la morgue.

 

«Tous les deux ans, il y a la guerre ici, mais celle-ci c’est vraiment la pire», jugeait son ami Iyad Salim, 23 ans, déjà blessé lors de Plomb Durci.

Négociations en Égypte

Après l’acceptation par les deux parties d’un cessez-le-feu, l’Égypte a invité Israël et l’Autorité palestinienne à envoyer des délégations au Caire pour des négociations de 72 heures dans la bande de Gaza, a annoncé vendredi le ministère des Affaires étrangères.

«L’Égypte insiste sur l’importance pour les deux parties de respecter le cessez-le-feu pour que les négociations se déroulent dans une atmosphère favorable», indique le ministère dans un communiqué.

Les délégations de négociateurs, dont les représentants du Hamas à Gaza, vont partir d’un moment à l’autre, et devraient arriver au Caire dans le courant de la journée de vendredi, selon un haut responsable du Hamas.

Ezzat al-Rishq, membre de la direction politique du Hamas qui siège à Doha, a affirmé à l’AFP que des négociations approfondies étaient nécessaires en ce qui concerne le blocus de la bande de Gaza par Israël.

«Plus d’efforts sont requis», a-t-il dit au cours d’un entretien téléphonique depuis Doha. «Mais à présent le monde entier sait que Gaza n’acceptera pas un siège.»

4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 août 2014 06 h 33

    Bravo et yahou !

    « ce cessez-le-feu n’empêchera pas l’armée israélienne (…) de poursuivre ses opérations derrière ses positions actuelles. » (Guillaume Lavallée, Le Devoir, et l’AFP)

    Compte tenu de cette citation, il est à espérer que, de cette mutuelle trêve humanitaire de 72 heures, le monde de la paix soit au rendez-vous !

    Bravo et yahou ! - 1 août 2014 -

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 1 août 2014 10 h 44

      Ce n'est pas la paix qui n'est pas au rendez-vous mais la bonne volonté. On ne s'obstinera pas à savoir de quel côté... Mais c'est déjà fini. Hélas.

      C'était trop beau comme on dit.

  • Nicole Bernier - Inscrite 1 août 2014 06 h 35

    Le choix des photos dans les journaux et les images des reportages télévisuels

    J'ai fait un effort pour écouter différents postes de télévision canadiens et américains (car les journaux ne peuvent pas rendre l'étendue de l'horreur à Gaza) et je considère que les reportages de ce matin ne traduisent pas réellement l'horreur de la situation actuelle...

    Est-ce parce que l'on veut ménager la sensibilité des auditeurs ou est-ce parce que l'on veut dissimuler la vérité pour éviter de changer l'opinion publique dans une direction que les leaders canadiens et américains ne pourraient pas contrôler?

    Il faut voir les images qui circulent sur internet et sur d'autres chaînes de télévision dont celles du monde arabe pour comprendre la disproportion...

    Encore une fois, sommes-nous incapables de faire face aux conséquences de nos choix... Pourquoi ne serions-nous pas obligé de regarder pendant une journée les images du bombardement parmi la population palestinienne pour saisir la disproportion de ce que nous transmette les médias et les conséquences des missiles des différentes factions des Palestiniens, les sirènes israéliennes et leur conséquence sur le mode de vie israélien.

  • Nicole Bernier - Inscrite 1 août 2014 13 h 04


    Le choix des photos dans les journaux et les images des reportages télévisuels

    J'ai fait un effort pour écouter différents postes de télévision canadiens et américains (car les journaux ne peuvent pas rendre l'étendue de l'horreur à Gaza) et je considère que les reportages de ce matin ne traduisent pas réellement l'horreur de la situation actuelle...

    Est-ce parce que l'on veut ménager la sensibilité des auditeurs ou est-ce parce que l'on veut dissimuler la vérité pour éviter de changer l'opinion publique dans une direction que les leaders canadiens et américains ne pourraient pas contrôler?

    quand est-ce que nous allons affirmer haut et clair que les Américains et les Canadiens n'ont aucune crédibilité pour négocier un cessez le feu...