Aucun répit pour Gaza

Au cœur d’une journée de cauchemar marquée par des tueries dans un marché et un centre de réfugiés de l’ONU, les ambulanciers palestiniens, appelés à chaque bombardement, exténués, font une pause à l’hôpital Shifa, de Gaza.
Photo: Lefteris Pitarakis Associated Press Au cœur d’une journée de cauchemar marquée par des tueries dans un marché et un centre de réfugiés de l’ONU, les ambulanciers palestiniens, appelés à chaque bombardement, exténués, font une pause à l’hôpital Shifa, de Gaza.

Dans une journée de cauchemar marquée par des tueries dans un marché public et une école de l’ONU qui servait d’abri aux réfugiés, plus d’une centaine de Palestiniens — les trois quarts étant des civils — ont perdu la vie. Plusieurs pays, y compris les États-Unis, ainsi que l’ONU, ont vivement condamné ces « graves violations du droit international », s’inquiétant des agissements de l’armée israélienne, qui a ouvert le feu malgré la trêve humanitaire de quatre heures qu’elle avait décrétée mercredi matin. À contre-courant des condamnations de la communauté internationale, le premier ministre canadien, Stephen Harper, a plutôt imputé au Hamas la responsabilité des bombardements et des morts.


Deux salles de classe ont ainsi été touchées de plein fouet par des obus de chars israéliens, causant la mort d’une vingtaine de personnes. C’est la deuxième fois en moins d’une semaine qu’une école gérée par l’ONU est bombardée. L’armée israélienne s’est pour sa part défendue que la trêve humanitaire ne s’appliquait pas « aux zones où les soldats étaient déjà engagés dans des opérations », sans donner plus de détails. L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) a ouvertement accusé Israël du pilonnage avant l’aube de l’école onusienne située à Jabaliya, où 3000 Gazaouis chassés par les combats espéraient être à l’abri des bombes. « Des enfants ont été tués alors qu’ils dormaient à côté de leurs parents sur le sol d’une salle de classe », a dénoncé le patron de l’UNRWA, Pierre Krähenbühl, ajoutant qu’« il s’agit là d’une nouvelle violation flagrante de la neutralité des locaux de l’ONU ».


De son côté, le premier ministre Stephen Harper a continué d’imputer au Hamas la responsabilité des bombardements de Gaza et de la mort de civils. Le Hamas a « amorcé et poursuit ce conflit et continue à vouloir la destruction de l’État d’Israël », a-t-il déclaré, en marge d’un événement en Saskatchewan. Le gouvernement conservateur a reconnu à plusieurs reprises depuis le début des violences à Gaza le droit de l’État hébreu de se défendre.


Les États-Unis réapprovisionnent Israël


En revanche, les États-Unis n’ont pas incriminé explicitement Israël dans ce bombardement. Mises à l’épreuve depuis des mois, les relations entre les alliés israélien et américain se sont encore tendues, la position du secrétaire d’État John Kerry étant jugée trop favorable au Hamas aux yeux d’Israël.


Toutefois, les États-Unis ont confirmé mercredi avoir réapprovisionné Israël en munitions. L’armée israélienne avait demandé un réapprovisionnement le 20 juillet afin de remédier à la baisse de ses stocks, a indiqué le Pentagone. Le ministère américain de la Défense a approuvé la vente trois jours plus tard. « Les États-Unis se sont engagés à garantir la sécurité d’Israël, et il est crucial pour les intérêts nationaux américains d’aider Israël à développer et à maintenir une capacité d’autodéfense forte et réactive », a déclaré John Kirby, porte-parole du Pentagone, dans un communiqué.


Le drame du marché de Chajaya


Dans la bande de Gaza ravagée par les combats, l’attaque d’une école n’a malheureusement pas été le seul drame de la journée pour les civils palestiniens, qui ne semblent être nulle part à l’abri. Le soir, des obus ont été lancés sur un marché de Chajaya, en banlieue est de la ville de Gaza, fauchant au moins 17 Palestiniens. Dans les rues autour du marché, de nouvelles scènes insoutenables. Des passants évacuant en catastrophe des corps inanimés, des victimes ensanglantées. « Le premier obus est tombé et les gens ont immédiatement commencé à évacuer les blessés », dit Abou Maysarah, qui ne veut pas donner son identité complète et ne sait pas s’il s’agissait d’un obus de tank ou d’un missile venu des airs.


Comme si cela ne suffisait pas, sept membres d’une même famille ont été tués par des tirs de tanks dans le secteur de Khan Younès, au sud de l’enclave palestinienne.


Alors que l’opération israélienne nommée Bordure protectrice dure depuis trois semaines, rien ne semble pouvoir arrêter ce conflit entre Israël et le Hamas, qui a fait au total 1361 morts palestiniens et 56 morts israéliens, soit le bilan le plus lourd pour l’armée israélienne depuis la guerre du Liban, en 2006.


Dans la journée de mercredi, les tirs de roquettes à partir de Gaza en direction d’Israël n’ont pas cessé. Trois soldats israéliens ont péri dans un tunnel piégé. Chassés de chez eux par les combats entre Israël et le Hamas à Gaza, plus de 200 000 habitants du territoire palestinien vivent dans des conditions très précaires dans 82 écoles gérées par l’UNRWA. Israël accuse le Hamas de se servir de ces camps de réfugiés pour dissimuler du matériel de guerre.


Si le chaos est total à Gaza, la solution diplomatique est suspendue. Une délégation israélienne est arrivée mercredi au Caire. L’envoi d’une délégation des principaux mouvements palestiniens a également été annoncé par l’Organisation de libération de la Palestine. Mais même en cas d’un hypothétique cessez-le-feu, les divergences de fond resteraient entières, estiment de nombreux observateurs.

26 commentaires
  • Victor Raiche - Inscrit 31 juillet 2014 05 h 05

    Démilitarisation ou destruction ?

    L'objectif affiché d'Israël est d'obtenir une «démilitarisation de Gaza».
    Et qu’obtiendrons les habitants de Gaza en contrepartie ?
    Contrepartie : ce qui sert à compenser, à équilibrer quelque chose ; ce que l'on fournit en échange de quelque chose ; compensation (Larousse)
    Est-ce que les bâtiments que Tsahal a détruits seront reconstruits; par Israël ? Au moins les écoles de l’ONU ?
    Et les parents des enfants rendus orphelins par le carnage au mépris du droit international seront-ils ramenés à la vie ?
    Le Moyen-Orient est malade depuis des lustres, et l’Occident dit chrétien, incluant les USA (à la guerre comme à la guerre ; le marché des armes est florissant), un ‘médecin’ dépourvu d’autre chose que des belles paroles.
    Et que penser de l’attitude de notre Premier ministre ?
    Désolant...

    • Nicole Bernier - Inscrite 31 juillet 2014 09 h 41

      Il faut cesser de laisser le pouvoir à Harper, Trudeau et Mulcair, les Québécois et les Canadiens doivent reprendre le contrôle de leur destiné, en sortant en grand nombre dans les rues pouir dire 'non' à la déshumanisation

      La bande de Gaza, c'est une prison à ciel ouvert, bombardée par les gouvernements américain et canadien qui fournissent des armes aux Israéliens

      Israël bombarde arbitrairement... les gens n'ont même pas la possibilité de fuir... Ils sont coincés entre la mer, les frontières égyptiennes et Israël qui a construit son mur.

      La bande de gaza, c’est une prison plus petite que l'Ile de Montréal où on aurait fait sauter les ponts et qu'on bombarderait sans vergogne pendant trois semaines

      C'est pire que durant la Nakba... où les Palestiniens étaient chassés vers le Liban, la Jordanie et l'Egypte... les femmes et les enfants et les vieillards avaient au moins la possibilité d'aller se réfugier dans des camps... Actuellement, ils ne peuvent même pas fuir et être protégé par l'ONU ou les pays voisins…

  • Josette Allard - Inscrite 31 juillet 2014 06 h 18

    USA allié indéfectible

    Peu importe les massacres perpétrés par Israël dans cette guère innommable, les USA demeurent leur allié sans aucun esprit critique, tout comme le Canada d'Harper d'ailleurs.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 31 juillet 2014 07 h 41

    Témoins d'horreurs indescriptibles

    Voilà les vrais visages de l'humanisme et de courage.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 31 juillet 2014 07 h 42

    … paix ?

    « Si le chaos est total à Gaza, la solution diplomatique est suspendue. » ; «Israël accuse le Hamas de … » (Daphnée Hacker-B, Le Monde et AFP)

    Si, de ces citations, la situation actuelle demeure « fragile » et « déplorable » ;

    Si aucune « solution » visible n’est imputable à l’horizon, et ;

    Si on s’accuse mutuellement, avec ou sans fondement ni intérêt ou remords (1) :

    Que peut-on souhaiter autrement que la …

    … paix ? - 31 juillet 2014 -

    1 :http://www.cbc.ca/player/News/TV+Shows/Power+%

  • Serge Grenier - Inscrit 31 juillet 2014 08 h 49

    Pourquoi ?

    Les juifs, les arabes et les chrétiens ont déjà vécu ensemble sans problème majeur pendant des siècles.

    Ça s'est gâté depuis que les anglais (Angleterre et États-Unis) ont décidé de semer la pagaille dans cette région du monde pour prendre le contrôle de ses ressources naturelles.

    Certaines personnes croient que le conflit Israëlo-Palestinien va se résoudre bientôt lorsque les USA seront forcés de choisir un autre pays pour jouer le gendarme dans cette région car malgré toute l'aide militaire reçue, Israël ne fait plus peur à personne au Moyen Orient.

    • Jacques Moreau - Inscrit 1 août 2014 09 h 30

      Pourquoi les Juis ont-ils évacués la Palestine, il y a de nombreux siècles? Je me souviens d'un cour d'histoire ou Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon ont expulsé d'Espagne les juifs et musulmans qui ne voulaient pas se convertir au catholicisme? C'était dans les années 1490. Et les tribunaux de l'Inquisition, qu'est-ce qu'ils faisaient eux dans la vie? Ça s'est gâté au Moyen-Orient après la 1 ière Grande Guerre, parce que l'empire Ottoman avait été du mauvais coté des tranchés, et fût démenbré.