Un déluge de feu s’abat sur Gaza

La fumée était dense mardi à Gaza, qui a essuyé son lot de raids de l’armée israélienne.
Photo: Ashraf Amra Agence France-Presse La fumée était dense mardi à Gaza, qui a essuyé son lot de raids de l’armée israélienne.

La bande de Gaza a connu mardi son nouveau lot de drames, avec plus d’une centaine de morts dans un conflit dévastateur entré dans sa quatrième semaine. Après une éphémère trêve de fait lundi, début de la fête du Fitr marquant la fin du ramadan, un déluge de feu s’est en effet abattu du nord au sud de l’étroite enclave palestinienne. Il se poursuivait dans la nuit de mardi à mercredi.

 

Les bombardements de mardi ont été les plus violents depuis des jours, selon un journaliste sur place. Ils sont tombés partout: la ville de Gaza, le camp de Bureij (centre), Jabaliya (nord), la région de Rafah (sud). À Jabaliya, treize civils ont été tués par des tirs de chars sur des maisons, selon les secours locaux.

 

Bombardée et en proie aux flammes toute la journée, l’unique centrale électrique du territoire, qui assure en temps normal 30 % de ses besoins en électricité, a cessé de fonctionner. Seulement deux des dix lignes de transport d’électricité d’Israël pour alimenter Gaza étaient en fonction. La quasi totalité de l’enclave a été plongée dans le noir la nuit tombée.

 

«Soudain, des missiles sont tombés comme la pluie», a raconté Mohamed al-Dalo, un habitant de Gaza. «Nous avons quitté nos maisons, certains couraient dans une direction, les autres à l’opposé.»

 

Selon l’armée israélienne, une soixantaine de roquettes ont été tirées mardi depuis Gaza vers Israël et dans la soirée, les sirènes ont retenti près de Jérusalem et une roquette a été interceptée à 30 kilomètres au sud-ouest de la ville.

 

L’offensive israélienne déclenchée le 8 juillet a tué, selon les secours locaux, plus de 1200 Palestiniens, dont les trois-quarts de civils selon l’ONU. Au moins 239 étaient des enfants, selon l’UNICEF.

 

L’espoir encore fragile d’une trêve humanitaire entre Israël et le Hamas, jusqu’à présent toujours déçu, a recommencé à faire son chemin malgré des frappes qui ont fait plus de cent morts dans la bande de Gaza mardi.

 

À en croire le secrétaire d’État américain, John Kerry, le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou a «soulevé l’idée et la possibilité d’un cessez-le-feu», lors d’un entretien téléphonique la veille.

 

Quant au Hamas et à ses alliés du djihad islamique, ils sont «prêts à une trêve humanitaire de 24 heures» et à étudier une prolongation jusqu’à trois jours, a affirmé l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

 

Les belligérants se sont bien gardés de s’engager en ce sens.

 

Dans une rarissime déclaration diffusée par la radio et la télévision du Hamas, Mohammad Deïf, le chef de Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement palestinien, a rappelé la position de son organisation: pas de trêve «sans l’arrêt de l’agression et la levée du siège», le blocus israélien imposé depuis 2006 à l’enclave palestinienne.

 

Selon le secrétaire général de l’OLP, Yasser Abed Rabbo, «la direction palestinienne a convenu avec le Hamas et le djihad islamique d’envoyer une délégation [...] au Caire pour discuter de la période à venir. C’est une preuve, s’il en fallait, que nous avons une position commune», a insisté M. Abed Rabbo. L’OLP et le Hamas ont scellé leur réconciliation en avril dernier, rapprochement dont ne veut absolument pas Israël.

 

La délégation palestinienne attendait une invitation officielle de l’Éypte avant de partir pour Le Caire, selon des sources palestiniennes.

 

Mais la route est longue. Ces derniers jours, plusieurs annonces de trêve, faites par le Hamas comme par Israël, n’ont pas permis de mettre un terme aux hostilités. Le Hamas a rejeté la semaine dernière un projet de cessez-le-feu présenté par l’Égypte, qui a par le passé servi à plusieurs reprises d’intermédiaire entre Palestiniens et Israéliens.

 

Mais si un arrêt des combats devait être arraché, les questions de fond resteraient entières. Le Hamas exige donc une levée du blocus, qui asphyxie cette bande de terre de 40 kilomètres sur 10 où s’entassent quelque 1,8 million d’habitants.

 

Quant aux autorités israéliennes, elles ont répété à l’envi que tant que la puissance de feu du Hamas n’aurait pas été annihilée, leur armée ne s’en irait pas d’un territoire dont elle s’était unilatéralement retirée en 2005 avant d’y revenir le 17 juillet.

 

Cinquante-trois soldats israéliens ont perdu la vie depuis le déclenchement de l’opération «Bordure protectrice» le 8 juillet, le bilan le plus lourd depuis la guerre contre le Hezbollah libanais en 2006.

 

Or, l’armée n’a pas encore atteint son objectif de démilitarisation de Gaza et de destruction de l’arsenal de roquettes et les tunnels d’attaque.

 

Quatre soldats ont été tués lundi par un commando palestinien sorti de l’un de ces boyaux et mardi, l’armée a affirmé avoir éliminé cinq «terroristes» qui émergeait d’un autre tunnel dans la bande de Gaza.

 

Le gouvernement de Benjamin Nétanyahou est confronté à une forte pression de son opinion publique, très sensible à cette question des tunnels et qui, à en croire les sondages, est résolument favorable à une poursuite des opérations militaires.

Une nouvelle arme antiémeute d’Israël

Depuis trois semaines, les Palestiniens de Jérusalem-Est endurent une punition collective d’un nouveau genre : la « dirty water », comme on l’appelle ici. Chaque fois qu’une manifestation a lieu — et il s’en produit presque chaque soir dans la partie orientale de la Ville sainte, depuis les événements de Gaza — un camion blanc passe ensuite sur les lieux et projette un mystérieux liquide pestilentiel. Tout s’en retrouve imprégné : les façades des maisons et des immeubles, les fenêtres, les trottoirs, la chaussée, les arbustes, les fleurs… Que contient ce produit ? Personne ne le sait, et la police israélienne reste très discrète sur ce sujet. L’odeur qui se dégage de la « dirty water » agresse les narines. Elle colle aux vêtements et à la peau, et il est impossible de s’en débarrasser pendant deux ou trois jours.
10 commentaires
  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 30 juillet 2014 04 h 54

    Système puissant ou défaillant?


    La continuité du carnage par l’armée israélienne sans aucune demi-mesure, notamment pour les victimes civiles, se poursuit faisant fi des appels internationaux répétés au cessez-le-feu, sinon à une modération de ses attaques.

    En ce 100e anniversaire de la première grande guerre (qui s’était conclue par un « plus jamais »), cette situation doit nous laisser perplexe face à nos systèmes politiques et leur incapacité à résoudre conflits de manière (un peu plus) pacifique? ou est-ce plutôt leur capacité à nourrir et alimenter de tels conflits aussi sanglants et avec mépris cinglant pour les victimes civiles souvent de provenance des couches sociales les plus pauvres et vulnérables?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 juillet 2014 07 h 00

    Déconcertant !

    «Soudain, des missiles sont tombés comme la pluie» (…) «Nous avons … .» (Mohamed al-Dalo, habitant de Gaza)

    De cette citation, cette douceur :

    Peu importe le camp, duquel on se trouve, et en temps de conflit armé, il demeure toujours déconcertant de voir, sur le plan humain, du monde s’entretuer, souffrir, ou quitter maison et aller dans des endroits sûrs (Israël, abri) où de tout sens (Gaza) … pendant pluie de feu !

    Déconcertant ! – 30 juillet 2014 –

    • Charles Lebrun - Abonné 30 juillet 2014 18 h 29

      Il faut être riches pour se permettre des abris... Si vous verriez un missile tomber du ciel, quelle direction prenderiez-vous? Personnellement, je chercherais à me sauver en voyant venir le missile... mais ça, c'est moi, je suis certain que j'aurais moins de chances d'être blessé en pleine rue que en recevant le plafond d'une maison! Il faut savoir qu'Israël vise d'abord et avant tout les maisons et non les rues!!! Et croyez-moi, leurs missiles sont très précis!

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 30 juillet 2014 08 h 53

    Gravissime...

    Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer pourquoi lorsqu' un simple grafiti sur les murs d'une Synagogue fait la une, avec en plus, réprimandes et dénonciations de tous ce qui est officiel, alors qu'actuellement des Mosqués volent en éclats...???
    Quelques reportages nous informent sur le massacre de Gaza, mais peu d'officiels s'indignent...
    En outre, pourquoi 52 Israëliens décédés, c'est grave, alors que 1100 Palestiniens tués, civiles pour la plus part, c'est presque un fait divers?
    Imaginons l'inverse de la situation...de nombreuses bonnes âmes montraient aux barricades.
    Nos dirigeants et nos moyens de désinformations penchent plus d'un côté...n'est-ce pas? Que faut-il comprendre?
    Pourtant la perte d'un être humain, quel qu'il soit, c'est une catrastophe.

    • Nicole Bernier - Inscrite 30 juillet 2014 10 h 04

      Toute cette violence autorisée par nos médias, nos gouvernements et nos élites intellectuels et artistiques fait qu’Israël va maintenant avoir le contrôle absolue de la gestion de l'eau et de l'électricité (les gens puisaient l'eau dans le sol à partir de pompe électrique).

      La prison est maintenant totale, c'est une situation pire que l'apartheid et que la Nakba puisque les gens ne peuvent même pas s'enfuir et la communauté internationale tolère...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 1 août 2014 08 h 12

      Le Devoir du 31 Juillet 2014

      "L’armée israélienne bombarde ici et là à Gaza avec les fracas qu’on sait. Que font les pays arabes, l’Égypte en tête ? Ils font silence, car ils prient tous les dieux du ciel pour qu’Israël anéantisse leur ennemi no 1 : le Hamas."

      Le blocage total de Gaza est aussi mis en place par l'Égypte.

      -L'Égypte considère le Hamas comme leur ennemi n01
      -L'Iran et la Syrie qui ont récemment abandonné le Hamas après l'avoir armé
      -Abbas et le PLO se taisent
      -Tous les chefs des pays arabes se taisent

      Tous, ci-dessus espérent qu'Israel fasse le sale boulot de se débarrasser du Hamas et des multiples factions islamistes et fondamentalistes qui ont infiltrés la bande de Gaza.

      Ces factions islamistes et Hamas fleurissent dans le Gaza sous-terrain qui a été construit grâce au ciment qu'on a laissé passer pour construire les résidences pour civils palestiniens mais qui a été dévié dans un but militaire..Chaque tunnel construit a été évalué à 3 millions de dollars..Il en existe des dizaines sinon des centaines..Cet argent devait être dépensé pour le bien-être de la population de Gaza mais n'a servi qu'aux buts militaires de Hamas..

      Malheureusement, des civils innocents sont entrain de payer de leur vie...La vérité est que le Hamas a perdu lui aussi le controle de Gaza et que les factions islamistes ne respectent que leur propre loi et leur but ultime du Jihad...

  • Georges LeSueur - Inscrit 30 juillet 2014 09 h 14

    Il faut que cela cesse !

    Les attaques dévastatrices de l'armée israélienne par l'aviation, les drones et les tanks, faisant des centaines de victimes civiles, souvent des femmes et des enfants en frappant hôpitaux et écoles, ne se justifient pas malgré les insignifiants rockets lancés faisant peu de dégâts, lancés par le Hamas. L'ONU est impuissante.
    Le gouvernement israélien devrait faire l'objet d'un blâme international et être soumis à de lourdes compensations envers la population opprimée de Gaza.
    Les pays qui protègent ce régime, E-unis et Canada, nous font honte.
    Rien ne se résoudra par la violence. Cela ne fait que perpétuer la résistance assimilée par le clan adverse à du terrorisme.

    • Nicole Bernier - Inscrite 30 juillet 2014 11 h 11

      Quand on a été complice du silence autour de la Nakba et des autres agressions rattachées à l'occupation israélienne, comme les élites occidentaux l'ont été depuis plus de 60 ans, fermer les yeux sur la violence israélienne actuelle est devenue une habitude ancrée dans plein de vieilles justifications pour empêcher de se connecter avec la culpabilité rattachée au silence .... S'ouvrir les yeux aujourd'hui, c'est admettre 60 ans d'erreurs dans les analyses effectués par biens des leaders occidentaux...

  • Zohra Joli - Inscrit 30 juillet 2014 10 h 57

    Des humains comme nous, ces Palestiniens...


    "L’offensive israélienne déclenchée le 8 juillet a tué, selon les secours locaux, plus de 1200 Palestiniens, dont les trois-quarts de civils selon l’ONU. Au moins 239 étaient des enfants, selon l’UNICEF."
    Ces chiffres sont éloquents , et personne ne réagit !! Pas même une sanction !!
    Imaginez pour une seconde la situation inverse, un pays arabe qui attaquerait Israël pour tuer, non pas quelques soldats, mais des centaines ou milliers de civils et d'enfants ?! Ce serait la levée de boucliers et l'Occident irait, les EU et premier, faire la guerre auprès d'Israel. Qui, soit dit en passant, est le pays qui colonise chaque jour illégalement , un peu plus de terres palestiniennes.
    Il n'y aura pas de paix sur cette planète sans une paix juste et durable et un pays pour les Palestiniens. Mêmes Gandhi et Mandela l'avaient dit.