Le chef de l’opposition chiite interrogé par la police du Bahreïn

La police bahreïnienne a convoqué mercredi le chef de l’opposition chiite, après une rencontre avec un responsable américain déclaré persona non grata par les autorités de ce petit pays du Golfe dirigé par une dynastie sunnite.

 

Cheikh Ali Salmane, secrétaire général d’Al-Wefaq, principale formation de l’opposition chiite, a été convoqué en même temps que son adjoint politique, Khalil Marzouq, par les services de la sécurité publique.

 

M. Salmane a été interrogé au QG de la police sur « sa rencontre avec le secrétaire d’État adjoint américain » ainsi que « sur la situation politique à Bahreïn et dans la région », a expliqué Al-Wefaq dans un communiqué.

 

Ses avocats n’ont pas été autorisés à l’assister durant l’interrogatoire, a ajouté le parti.

 

M. Marzouq, acquitté en juin après avoir été poursuivi pour incitation au terrorisme, a été entendu séparément par la police.

 

Le ministère de l’Intérieur a confirmé que les deux opposants avaient été interrogés au sujet de leur rencontre avec le responsable américain.

 

Dans un communiqué, le ministère a précisé que la rencontre au siège de l’ambassade des États-Unis à Manama « violait » une loi selon laquelle toute rencontre entre des groupes politiques et des parties étrangères « devrait être coordonnée avec le ministère des Affaires étrangères et se dérouler en présence » d’un représentant du gouvernement.

 

Cette loi, décidée en septembre 2013, prévoit aussi que le ministère de la Justice, en charge des associations politiques, devrait être informé de ce genre de rencontres « au moins trois jours à l’avance ».

 

Après l’audition des deux opposants, les documents de l’enquête seront remis au paquet qui décidera des mesures judiciaires à entreprendre, a indiqué le ministère de l’Intérieur.

  

Persona non grata

 

Lundi, les autorités bahreïniennes ont déclaré persona non grata le secrétaire d’État adjoint américain Tom Malinowski et lui ont demandé de quitter le pays, après sa rencontre avec cheikh Ali Salmane et d’autres dirigeants de l’opposition lors d’une visite dans le royaume.

 

Les autorités ont dénoncé le fait que M. Malinowski se soit ainsi « ingéré dans les affaires intérieures de Bahreïn ».

 

Le gouvernement des Émirats arabes unis, un proche allié des États-Unis dans la région du Golfe, s’est déclaré « solidaire de la décision souveraine » prise par Manama « pour s’assurer le respect des normes diplomatiques par les responsables étrangers en visite » à Bahreïn.

 

Dans un communiqué publié mercredi par la presse locale, le ministère émirati des Affaires étrangères ajoute que « Bahreïn a le plein droit souverain [...] d’interdire » les contacts de responsables étrangers avec « des groupes internes qui justifient, incitent et pratiquent la violence et mettent à profit leurs contacts étrangers pour apporter de fausses informations sur Bahreïn ».

 

M. Malinowski était un haut responsable de l’ONG Human Rights Watch (HRW) avant d’être nommé secrétaire d’État adjoint en avril, et il avait à ce titre vivement critiqué la répression à Bahreïn du mouvement de contestation lancé en 2011.

 

Petit royaume dirigé par la dynastie sunnite des Al-Khalifa, Bahreïn — qui abrite le siège de la Ve Flotte américaine — est secoué depuis février 2011 par un mouvement de contestation animé par la majorité chiite, qui réclame une monarchie constitutionnelle.

 

Les forces de l’ordre, aidées par des troupes saoudiennes, ont écrasé ce mouvement en mars 2011, mais des manifestations éclatent toujours régulièrement dans des villages chiites et dégénèrent souvent en heurts avec la police.