Obama veut rétablir la foi dans le rêve américain

Il appartient aux élus de renverser la tendance menant vers une hausse des inégalités, a dit Barack Obama.
Photo: Associated Press Larry Downing Il appartient aux élus de renverser la tendance menant vers une hausse des inégalités, a dit Barack Obama.

Alors que s’amorce la bataille politique en vue des élections de mi-mandat, le président Barack Obama a profité mardi du discours sur l’état de l’Union pour réaffirmer sa volonté de lutter contre les inégalités sociales grandissantes aux États-Unis afin de rétablir la foi dans le rêve américain. Il a cependant évité d’aborder l’épineux dossier de l’oléoduc Keystone XL, projet cher au gouvernement Harper.

« L’Amérique ne restera pas là à rien faire, et moi non plus, a lancé le président Obama au cours de son discours de près d’une heure. La dure réalité, c’est que même si l’économie reprend, il y a encore trop d’Américains qui travaillent plus fort que jamais et qui parviennent à peine à joindre les deux bouts. Et il y en a encore trop qui n’ont tout simplement pas d’emploi. »

Rappelant que les inégalités n’ont cessé de croître au cours des 30 dernières années, il a souligné qu’il appartient aux élus de tout mettre en œuvre pour « renverser cette tendance » et de rétablir la foi dans le rêve américain. « Soyons francs : cette foi a subi de graves revers. Depuis plus de trois décennies, avant même que la Grande Récession [de 2007-2009] s’abatte, des évolutions technologiques massives et la concurrence mondiale ont éliminé de nombreux emplois de qualité de la classe moyenne, et sapé les fondations de l’économie dont leurs familles dépendent », a-t-il fait valoir.

Le dirigeant démocrate prévoit donc présenter une série de propositions « concrètes et pratiques » pour « faire accélérer la croissance, renforcer la classe moyenne et créer des nouvelles passerelles vers la classe moyenne », a-t-il expliqué. Certaines de ces mesures « vont requérir une action du Congrès, et j’ai hâte de travailler avec vous tous », a souligné M. Obama, dont le programme économique et social a maintes fois été contrecarré par des blocages des républicains, majoritaires à la Chambre des représentants depuis 2011.

2014, année de la « percée »

Mais le chef de la Maison-Blanche est aussi prêt à exercer ses pouvoirs présidentiels. Il a ainsi annoncé qu’il rédigerait bientôt un décret afin de faire passer à 10,10 $ le salaire minimum des nouveaux employés contractuels de l’État fédéral. Le salaire minimum fédéral est actuellement de 7,25 dollars.

Le président souhaite en outre qu’une telle hausse s’étende à l’ensemble du pays. « Cela aidera les familles, cela donnera aux ménages plus d’argent pour consommer et cela n’implique aucun nouveau programme bureaucratique », a-t-il dit. Ce genre de mesure nécessite l’appui du Congrès. Or, John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants, a répété plus tôt dans la journée son opposition à toute hausse du salaire minimum, estimant que cette « mauvaise mesure » serait contre-productive.

Une tentative de bonification, à 9 $ l’heure, a d’ailleurs échoué l’an dernier. Un tel coup de pouce bénéficierait directement à près de 17 millions d’Américains, selon l’Economic Policy Institute, alors que le décret que compte présenter M. Obama ne concernera qu’environ 250 000 salariés.

Outre la question du salaire minimum, le président a dit vouloir implanter des mesures exécutives pour aider les chômeurs de longue date à retourner sur le marché du travail et élargir les programmes de formation de main-d’œuvre. Et selon lui, il est tout simplement « embarrassant » de constater que les femmes gagnent toujours moins que les hommes, à travail égal. Barack Obama a aussi répété son souhait d’améliorer le système d’éducation américain.

Selon lui, l’année 2014 peut être celle de la « percée » pour son pays après des années de convalescence à la suite de la crise économique. Évoquant « le taux de chômage le plus bas depuis cinq ans », « un marché de l’immobilier en train de rebondir », M. Obama a estimé que « les États-Unis sont mieux placés pour le XXIe siècle que n’importe quel autre pays sur terre ».

Il a aussi abordé le dossier environnemental en réaffirmant que « les changements climatiques affectent déjà nos nations » et que la lutte contre ces bouleversements est plus que jamais nécessaire. Barack Obama a promis l’an dernier d’agir en dévoilant un plan qui doit notamment conduire à une réduction des émissions des centrales électriques au charbon. Le président s’est aussi engagé à promouvoir davantage les sources d’énergie propre, comme le solaire et l’éolien.

Malgré les appels répétés du gouvernement Harper et des républicains depuis des mois, il n’a tout simplement pas évoqué l’épineux dossier de l’oléoduc Keystone XL. L’an dernier, il a indiqué que le projet de pipeline pour relier l’Alberta aux raffineries du Texas sera approuvé seulement s’il n’aggrave pas les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis.

Dossier iranien

En matière de politique internationale, Barack Obama a prévenu qu’il opposerait son veto à toutes sanctions contre l’Iran qui seraient votées par le Congrès pendant les négociations sur le programme nucléaire de Téhéran. « Que ce soit clair : si le Congrès m’envoie maintenant une nouvelle loi de sanctions qui menace de faire dérailler ces pourparlers, j’y mettrai mon veto », a-t-il déclaré.

Il a par ailleurs soutenu que les États-Unis ont mis al-Qaïda « sur le chemin de la défaite », mais que « la menace a évolué » et des groupes affiliés s’enracinent ailleurs, comme au Yémen, en Somalie, en Irak et au Mali. « Au Yémen, en Somalie, en Irak et au Mali, nous devons continuer à travailler avec nos partenaires pour affaiblir ces réseaux et les rendre inopérants », a jugé M. Obama.


Avec l’Agence France-Presse

11 commentaires
  • Micheline Harvey - Abonnée 29 janvier 2014 08 h 58

    Pis dire qu'on voudrait nous coller au modèle Américain???

    En écoutant ce discours, on constate facilement que le président aimerait un monde semblable à celui du Québec et pendant ce temps les droitiers (PLQ, CAQ, millionnaires, affairistes etc) du Québec essaient de nous amener vers un système américain.

    C'est comme le nez dans la face, mais n'y a t'il pas plus aveugle que celui qui ne veut voir.

    L'humain est il si idiot???? Je sais je sais, mais espérons tout de même.
    Ghislain Marcil

    • Richard Laroche - Inscrit 29 janvier 2014 12 h 42

      Le manque généralisé de connaissances politiques élémentaires rend la population désorientée et facile à manipuler.

      C'est une erreur trop répandue de confondre le capitalisme de connivences (néolibéral) avec la droite. Le capitalisme de connivences consiste à utiliser discrètement le pouvoir de l'État afin de débalancer les marchés au profit d'intérêts spécifiques (lobbies, amis, partenaires de golf, connaissances d'affaires, etc...). C'est une forme d'étatisme corporatiste et c'est définitivement à classer à gauche sur le plan économique.

      PLQ et CAQ cherchent à faire passer le Québec d'une gauche populiste à une gauche libérale, tandis qu'aux États-Unis le président tente de faire passer l'économie d'une droite libertarienne (ou conservatrice dans certains États) vers une gauche libérale.

      http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/a/a0/Eric

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 29 janvier 2014 20 h 05

      Voyons M. Laroche, votre discours ne tient pas la route.
      La gauche, une réelle gauche s'entend, ne peut pas être libérale... Qu'elle soit libertaire ou autoritaire, la gauche est anti-libérale par définition. Le libéralisme se caractérise par une économie dominée par des intérêts privés, par le marché et son idéologie fait appel aux intérêts des individus. La gauche ou le socialisme se caractérise par une idéologie collectiviste visant le bien commun et son économie est planifiée, soit par l'État ou par un système économique autogérée, une fédération de coopératives.

      Nous vivons dans une société libérale qui n'a rien d'une société à gauche, puisque c'est le marché (l'entreprise privée) qui contrôle notre économie (et la politique). Le capitalisme est par nature un capitalisme de copinage ou de connivences, puisque la logique de ce système est la concentration toujours plus grande du capital. Si vous abolissez les quelques petites réglementations qui restent, vous vous retrouverez avec des monopoles et des trusts privés.

      Des comiques comme Éric Duhaime essaie de nous faire croire que nous vivons dans un capitalisme de gauche et que Jean Charest est un socialiste. C'est un grossier mensonge qui ne sert qu'à justifier la radicalisation de la logique du capital (sa concentration) qui se matérialise par la destruction de l'environnement, la montée des inégalités et la désintégration du lien social. Croire qu'offrir au « marché » plus de liberté signifierait la fin de la corruption, c'est une illusion idéologique de l'extrême-droite libertarienne.

      La droite est au pouvoir et elle essaie de nous faire croire qu'elle est une pauvre victime. À se que je sache, nous ne vivons pas dans une société socialiste où l'économie serait principalement le fait de l'État et/ou de coopératives autogérées. Il faut à tout prix renverser ce discours mensonger, écocide et foncièrement maléfique.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 29 janvier 2014 20 h 07

      « Obama a estimé que « les États-Unis sont mieux placés pour le XXIe siècle que n’importe quel autre pays sur terre ». »

      Je pense que M. Obama a oublié la Chine.

  • Jean Boucher - Inscrit 29 janvier 2014 09 h 32

    Mais ici...

    ...au Québec avec le PLQ de M. Couillard c'est la fin du rêve québécois. Pathétique.

  • Christian Fleitz - Inscrit 29 janvier 2014 10 h 19

    to be or not to be....

    Monsieur Obama s'est-il converti à ''l'économie positive'', en abandonnat l'idéologie libérale ? Monsieur Obama veut-il rompre avec l'impérialisme américain ? Le reste n'est que litt.rature....

  • Benoît Gagnon - Inscrit 29 janvier 2014 12 h 36

    À voir

    "The American Dream" expliqué en dessins animés, sur Youtube.

  • Bernard Gervais - Inscrit 29 janvier 2014 12 h 44

    Le fameux modèle américain

    Je n'ai jamais douté un seul instant du désir du président Obama d'améliorer le sort de ses concitoyens.

    Mais, vu les pouvoirs importants dont dispose le Congrès et l'opposition farouche des républicains à toute mesure favorisant une redistribution plus juste de la richesse aux États-Unis, c'est loin d'être gagné.

    Quand on pense qu'on retrouve ici tant de gens pâmés sur tout ce qui vient de ce pays, qui admirent son modèle écomique et ce, même si les USA comptent désormais parmi les plus inégaux de tous les pays riches !

    • Daniel Bérubé - Inscrit 29 janvier 2014 15 h 30

      Et que penser de certains de nos hommes politique qui admirent la Chine...