Syrie - Les jihadistes s’en prennent aux humanitaires

Un membre du Croissant-Rouge coordonne le soutien humanitaire dans un camp de réfugiés syriens en Irak, où des milliers de déplacés se sont installés. Sept travailleurs de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont été enlevés par les jihadistes dimanche, en Syrie, et seulement quatre d’entre eux avaient été relâchés lundi.
Photo: Agence France-Presse (photo) Safin Hamed Un membre du Croissant-Rouge coordonne le soutien humanitaire dans un camp de réfugiés syriens en Irak, où des milliers de déplacés se sont installés. Sept travailleurs de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont été enlevés par les jihadistes dimanche, en Syrie, et seulement quatre d’entre eux avaient été relâchés lundi.

En Syrie, les tout derniers tabous sautent les uns après les autres : dimanche, les rebelles jihadistes ont ainsi kidnappé six membres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont seuls trois ont été libérés lundi. C’est l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui a enlevé les humanitaires, ainsi qu’un employé du Croissant-Rouge syrien - lui aussi relâché - dans la province d’Idleb, dans le nord-est du pays, une région abandonnée à l’anarchie de centaines de bandes armées. Un attentat à la voiture piégée y a d’ailleurs fait lundi près de 30 morts, dont des enfants.

 

L’EIIL, un groupe fanatique connu pour faire régner la terreur sur les territoires qu’il contrôle, est lié à al-Qaïda et accueille volontiers les volontaires étrangers venus de tout le monde islamique. On ignore de quelle nationalité sont les travailleurs du CICR, l’institution humanitaire privilégiant la confidentialité. Les six employés, plus celui du Croissant-Rouge, retournaient à Damas après une mission de quatre jours pendant lesquels ils avaient distribué des médicaments à la population.

 

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH, proche de l’opposition), plusieurs rebelles armés qui les protégeaient et appartenaient à un autre groupe rebelle ont aussi été kidnappés. « Bien sûr, ce type d’incident est terrible parce qu’il est perturbateur et met en danger nos opérations en Syrie », confiait hier Robert Mardini, qui dirige les opérations du CICR pour le Proche et Moyen-Orient, à l’agence Reuters. Le CICR s’est dit cependant déterminé à poursuivre ses missions en Syrie, tout en affirmant que la sécurité de son personnel est une priorité.

 

Montée des jihadistes

 

Ce nouvel enlèvement, qui s’ajoute à celui d’autres humanitaires d’ONG retenus en otages depuis plusieurs mois et d’une quinzaine de journalistes, traduit à la fois la dégradation de la situation et la montée en puissance des groupes rebelles dans les zones aux mains des insurgés alors que les besoins des populations n’ont jamais été aussi importants. Certaines ONG commencent même à évoquer une possible famine dans certaines régions syriennes.

 

Cette situation devrait encore s’aggraver avec la poussée jihadiste. L’EIIL semble avoir progressé dans la métropole d’Alep au détriment de la brigade Ababil, liée à l’Armée syrienne libre (ASL), la coalition rebelle dite modérée et appuyée par des pays arabes et occidentaux. Selon l’OSDH, « au moins 30 combattants de la brigade Ababil et 14 de l’EIIL ont péri dans les combats et ce bilan pourrait s’alourdir ». Le groupe le plus violent de l’insurrection renforce ainsi sa présence dans la grande ville du nord, divisée depuis l’été 2012 entre quartiers pro-régime, plutôt à l’ouest et quartiers rebelles, à l’est. Cette progression foudroyante des jihadistes affaiblit gravement l’opposition dite modérée, dont l’ASL est la branche militaire, qui, semaine après semaine, cède du terrain.

 

Dimanche, ils ont détruit à l’explosif un site fréquenté par les soufis (école mystique de l’islam opposé au salafisme) à Bousaira, près de la capitale provinciale de Deir al-Zor.

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