​Sécurité en Afghanistan: Kerry et Karzaï concluent une entente de principe

Kaboul — Les États-Unis et l'Afghanistan ont conclu une entente de principe sur les éléments les plus importants d'un pacte qui permettrait aux troupes américaines de demeurer en Afghanistan après 2014. Cependant, il reste encore à déterminer qui aurait juridiction sur ces troupes, une question qui pourrait faire avorter l'entente.

Des responsables américains accompagnant le secrétaire d'État John Kerry ont confié que l'accord négocié avec le président afghan Hamid Karzai répond à toutes les conditions demandées par les États-Unis. Il ne reste qu'au président Karzai à en obtenir l'approbation politique de la part d'une assemblée nationale consultative composée de chefs tribaux et du parlement afghan, ont-ils ajouté.

Les responsables ont également indiqué que M. Kerry s'était fréquemment entretenu au téléphone avec le secrétaire de la Défense, Chuck Hagel, et avec la conseillère à la Sécurité nationale, Susan Rice. Les responsables ont requis l'anonymat car il n'étaient pas autorisés à discuter de l'entente en tant que tel.

Conférence de presse

Plus tôt samedi, M. Kerry s'est adressé en conférence de presse samedi avec le président afghan Hamid Karzaï après un marathon de négociations et avoir reporté à maintes reprises son départ d'Afghanistan. Les deux hommes ont affirmé qu'une entente avait été conclue sur une série de questions controversées concernant la souveraineté et la sécurité des citoyens afghans remise aux troupes américaines et alliées, ce qui avait bloqué les discussions par le passé.

Mais M. Karzaï a affirmé qu'il laisserait la décision de qui doit avoir le pouvoir de juger les crimes commis par l'armée américaine en Afghanistan après 2014 entre les mains de la Loya Jirga, un conseil national formé d'aînés de tribu, à qui il a demandé de se réunir d'ici un mois. Son opinion en faveur ou non de la demande des troupes des États-Unis d'être sous la juridiction de la cour militaire américaine sera ensuite envoyée au parlement afghan.

«Nous avons conclu une entente sur le respect de la souveraineté nationale, sur la prévention des décès civils, sur une définition de l'agression et sur la prévention d'actes unilatéraux par les forces étrangères. Nous avons conclu une entente sur cela, mais la question de l'immunité des forces étrangères dépasse l'autorité du gouvernement afghan. La décision revient au peuple afghan et à la Loya Jirga», a déclaré M. Karzaï.

M. Kerry a enchaîné en disant que toute décision prise par la Loya Jirga et le parlement serait respectée, mais que si cette question n'était pas réglée, il n'y aurait pas d'entente.

L'exemple de l'Irak

En Irak, une situation semblable a échoué après que les autorités américaines eurent été incapables de trouver un terrain d'entente avec les Irakiens sur la même question, qui aurait permis à un petit centre d'entraînement et de lutte contre le terrorisme de rester dans le pays. Les États-Unis se sont complètement retirés de l'Irak après l'échec de ces négociations.

La question de la compétence juridique est survenue après que le sergent américain Robert Bales eut tué 16 personnes dans deux villages du sud de l'Afghanistan l'an dernier. Il a été jugé en août par une cour militaire et condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.

M. Kerry a expliqué que donner cette compétence à l'armée américaine ne lui donnerait pas l'immunité, tel que le croient beaucoup d'Afghans. Il a assuré que les États-Unis condamneraient tout acte répréhensible posé par ses soldats et employés et que des ententes semblables existaient déjà avec d'autres pays, dont le Japon et la Corée du Sud.

Arrivé vendredi en Afghanistan, M. Kerry a poursuivi ses discussions avec M. Karzaï samedi matin, pour une deuxième journée consécutive. Il a quitté peu après la dernière rencontre, en direction de l'Europe ou des États-Unis.

Il y a présentement environ 87 000 soldats étrangers en Afghanistan, dont environ 52 000 Américains. Ce nombre sera réduit de moitié d'ici février prochain et toutes les troupes étrangères seront retirées d'ici la fin de l'année prochaine.

Les États-Unis souhaitent maintenir 10 000 soldats dans le pays afin de lutter contre les militants restants d'al-Qaïda, mais si une entente n'est pas signée, toutes les troupes devront avoir quitté d'ici le 31 décembre 2014. Le président Barack Obama a affirmé en entrevue avec l'Associated Press qu'il serait confortable de retirer complètement ses troupes de l'Afghanistan.

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