Vers une percée positive en Syrie?

Le président des États-Unis Barack Obama a parlé d’un développement «potentiellement positif» dans le conflit et promis de le prendre «au sérieux».
Photo: Pablo Martinez Monsivais Archives Associated Press Le président des États-Unis Barack Obama a parlé d’un développement «potentiellement positif» dans le conflit et promis de le prendre «au sérieux».

Barack Obama et Bachar al-Assad se sont livrés à un duel d’interviews, lundi, pendant que Moscou proposait la séquestration et la destruction des armes chimiques syriennes sous la supervision de l’ONU. Tout en multipliant les nuances, le président américain n’a pas écarté cette proposition, allant jusqu’à proclamer, sur les ondes de PBS, sa « préférence très nette [overwhelming] » pour une « solution diplomatique » à la crise syrienne.

Ce même réseau PBS a diffusé lundi soir une interview que son présentateur Charlie Rose avait obtenue quelques heures plus tôt avec Bachar al-Assad ; Barack Obama, de son côté, a rencontré devant la caméra des représentants des six principales chaînes de télévision de son pays, réagissant aux propos de l’homme fort de Damas, dont des extraits avaient été diffusés plus tôt dans la journée.

 

Le président syrien a répondu parfois directement et d’autres fois très évasivement aux questions sans complaisance de Charlie Rose. Pour Bachar al-Assad, une frappe américaine pourrait être le prélude à une autre « guerre folle » dans la région, conflit qui « empirera les choses ». « Si vous frappez quelque part, attendez-vous à des répercussions ailleurs », a-t-il dit, tout en rejetant une fois de plus les accusations qui pèsent contre lui. Les répercussions en question pourraient prendre la forme d’une « expansion du terrorisme », a précisé le président syrien.

 

Quand l’animateur lui a demandé s’il était prêt à livrer ses armes chimiques à l’ONU, Bachar al-Assad a répondu que la possession ou non de ces armes est un sujet frappé par le secret-défense. L’entrevue s’est déroulée avant le dépôt de la proposition russe.

 

À plusieurs reprises, Bachar al-Assad a nié avoir ordonné l’utilisation de gaz sarin, et reproché aux Américains de ne pas avoir fourni de preuve à ce sujet.

 

Interrogé sur les « répercussions » qu’auraient d’éventuelles frappes américaines, Barack Obama a répondu que la Syrie ne possède pas la capacité militaire pour frapper les États-Unis. Il a ajouté que l’Iran et le mouvement libanais Hezbollah sont en mesure de s’attaquer aux ambassades américaines dans la région, mais qu’ils hésiteraient à le faire en cas de frappes limitées.

 

L’appui du Congrès

 

Le président américain peine à trouver au Congrès les appuis nécessaires pour frapper le régime de Bachar al-Assad, qui a selon lui fait usage de gaz sarin contre sa population le 21 août. Cette opération aurait fait plus de 1400 victimes, au dire de Washington.

 

Les élus américains semblent au diapason de la population des États-Unis, qui s’oppose à des frappes en Syrie dans une proportion de 60 %, selon les derniers sondages.

 

Moscou a proposé lundi que les armes chimiques dont dispose (ou disposerait) le régime de Damas soient placées sous le contrôle des Nations unies dans le but d’être détruites.

 

La proposition, accueillie « favorablement » par le ministre des Affaires étrangères syrien, s’est heurtée à une bonne dose de scepticisme de la part de Washington, qui ne l’a cependant pas rejetée du revers de la main.

 

« La menace digne de foi d’une frappe militaire des États-Unis […] les a fait réfléchir sur la possibilité » de placer leur arsenal chimique sous contrôle international, a déclaré le président Obama à la chaîne NBC, lundi, en parlant du gouvernement syrien.

 

« Et s’ils le font, alors cela pourrait constituer une percée importante. Mais il nous faut rester sceptiques parce que ce n’est pas ainsi que nous les avons vus fonctionner ces deux dernières années » au cours de la guerre civile qui déchire le pays, a ajouté le chef de la Maison-Blanche.

 

Barack Obama a aussi parlé d’un développement « potentiellement positif » dans le conflit et promis de le prendre « au sérieux ». Dans son entretien à CNN, il a toutefois mis en garde contre toute tentative de diversion du régime de Bachar al-Assad. En fait, M. Obama a fait preuve de la même prudence sur tous les réseaux.

 

À PBS, il a souligné l’importance de faire respecter le bannissement international des armes chimiques. « Il faut s’assurer que [l’attaque du 21 août] ne se reproduira pas. Si on peut y arriver par des moyens diplomatiques, il est certain que c’est ma très nette préférence », a-t-il dit.

 

Le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid al-Moallem, a affirmé que son pays accueillait la proposition de Moscou en évoquant « les inquiétudes concernant la vie de nos citoyens et la sécurité de notre pays » et en considérant que les dirigeants russes avaient la sagesse de tenter d’« empêcher une agression américaine contre son peuple ». Un porte-parole de l’opposition syrienne a accusé le régime de mentir.

 

Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Ban Ki-moon, a également bien accueilli l’idée des Russes. « J’étudie la possibilité de demander de manière urgente au Conseil de sécurité d’exiger le transfert immédiat des stocks d’armes et de précurseurs chimiques dans des zones en Syrie où ils pourraient être entreposés en sûreté et détruits », a précisé le chef de l’ONU.

 

Le chef de la Maison-Blanche avait annoncé, le 31 août, avoir pris la décision d’une opération militaire contre le régime de Bachar al-Assad, mais avait réclamé le feu vert du Congrès.

 

Barack Obama a admis lundi ne pas être certain d’obtenir le soutien des élus, dans son entretien à NBC. « Je suis confiant dans le fait que les élus du Congrès prennent cette question très au sérieux et l’étudient de près », a-t-il déclaré.

 

Par ailleurs, le vote du Sénat américain sur d’éventuelles frappes contre le régime syrien, qui devait avoir lieu mercredi, a été reporté à une date ultérieure. « Nous devons faire en sorte que le président ait l’occasion de parler à tous les 100 sénateurs et aux 300 millions d’Américains avant que nous ne fassions cela », a déclaré le chef de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid, quelques heures après avoir programmé le vote pour mercredi.

 

 

Avec l’Agence France-Presse

12 commentaires
  • Maxime St-Jacques - Inscrit 10 septembre 2013 00 h 42

    Chantez à Yahvé un chant nouveau, Isaïe 42, 10.

    Il est dit dans les Écritures que les jours viendront où l'Éternel enverra une puissance d'égarement vers les peuples afin que ceux qui prennent plaisir au mal soient condamnés. Mais Dieu n'en veut pas ainsi. Qui prendrait plaisir à la perte des hommes?

    Dieu veut tous nous sauver où que nous soyons sur la terre, mais ce sont nos péchés qui creusent la séparation entre Lui et nous, malgré son appel. Défrichez-vous un champ nouveau. L'Éternel, après avoir considéré la ruine de Sion consolera son peuple, sera ému de tristesse pour elle et changera tous ces malheurs en allégresse. Mais, c'est à nous de revenir à Lui. Il faut donc, pour ce faire, mettre les dispositions en place pour que la paix puisse enfin s'établir pour tous les peuples, pour toutes les nations de toutes langues, dans tous les royaumes. Ensuite viendra la paix. Consolez-vous, il ne tardera pas.

    L'Éternel dit: "Le peuple que je me suis formé publiera mes louanges." Isaîe 43, 21.
    Il est fidèle et ne mentira point. merci et à très bientôt

    Maxime St-Jacques de Drummondville

    • Robert Bernier - Abonné 10 septembre 2013 07 h 37

      Il y a malheureusement trop de personnes qui lisent la Bible de façon littérale et qui prennent pour réalité, et pour commandement à agir, ces textes qui ne sont que symboliques. Trop de personnes prêtes à mettre le monde à feu et à sang pour les voir se réaliser. Lisez le livre "Armaggeddon Factor" de Marci MacDonald.

      Robert Bernier
      Mirabel

    • Cyril Dionne - Abonné 10 septembre 2013 07 h 41

      Voulez-vous nous lâcher avec votre dieu ce matin. Ils vont continuer à s'entretuer maintenant avec des armes conventionnels. Tellement mieux.

    • Yves Perron - Inscrit 10 septembre 2013 08 h 01

      Monsieur St-Jacques. Presque toutes les guerres ont été causées et sont excusées par votre Yahvé, Dieu, allah,l'Éternel,et par des (fervents croyants). Laissez donc votre Éternel et vivez cette vie avec votre jugement et votre humanité et tout ira beaucoup mieux.
      Nous sommes tous Dieu , le reste n'est que contrôle par des hommes contre d'autres hommes par un jugement qui n'est qu'humain.

  • nicolas frédiani - Inscrit 10 septembre 2013 05 h 06

    Nous sommes responsables, eux sont coupables.

    Bonjour,

    Je souhaite attirer votre attention sur cette pétition

    http://www.avaaz.org/fr/petition/Fi...

    Elle a pour but de demander à Monsieur Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ ONU de faire statuer sur la définition du « crime d’agression » car elle n’est toujours pas fixée dans le « Statut de Rome » ; lorsqu’elle le sera, les personnes ayant commis un tel crime pourront être poursuivies devant la Cour Pénale Internationale (CPI).

    La notion de crime d’agression définit les crimes commis par les personnes ou les Etats ayant préparé, accompli ou promu un conflit armé visant à déstabiliser un ou plusieurs états souverains.

    En regard de ce à quoi nous avons assisté par le passé et de ce qui est en train de se reproduire sous nos yeux, il est de notre devoir et de notre responsabilité de demander l’application entière et plénière du « Statut de Rome » ; la notion d’agression étant la dernière pierre à placer à l’édifice pour que la CPI se pose comme garante des droits des peuples à vivre en paix.

    Cette cause est d’une importance cruciale pour le devenir de toutes les nations et je pense qu’ensemble, nous pouvons agir pour la défendre, faites passer le mot — de telles campagnes démarrent toujours timidement.

    N’ayant aucun réseau ni expérience dans ce domaine, je ne vous remercierais jamais assez de faire suivre et de diffuser cette pétition parmi vos cercles.

    Nicolas F.

    • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 10 septembre 2013 11 h 42

      D'Accord avec vous M. Frédiani. Malheureusement plusieurs initiés souffrent d'un complexe de subordination vis-à-vis des États-Unis. Si la guerre est déclenchée, ce sera pour le bien de l'humanité, etc... Si elle est évitée, on ne manquera pas de nous dire que c'est grâce à M. Obama qui, jusqu'alors ne parlait que de "preuves" de "ligne rouge" et de "punition".

      En réalité, ce qui se passe depuis maintenant une dizaine d'années, est le redressement spectaculaire de la Fédération de Russie et le dégonflement de l'empire anglo-ricain. Cet événement constituerait un retournement colossal en faveur des russes, et une victoire écrasante de M. Poutine et de M. Lavrov sur le "camp du bien".

      Interrogé ce matin lors de son escale à Londres sur ce qui permettrait à la Syrie d’éviter la guerre, le secrétaire d’État John Kerry a répondu « Bien sûr, il pourrait remettre chaque élément de son arsenal chimique à la communauté internationale dans la semaine à venir - le remettre, tout cela sans retard et autoriser une vérification totale, mais il n’en a pas l’intention et c’est impossible à faire ».

      Saisissant au vol ce qui n’était au départ qu’une boutade, le ministre russe des affaires étrangères, Sergey Lavrov, a décidé d’en parler à son homologue syrien de passage à Moscou.

      À 15h30 (Temps universel), Walid Mouallem a donné une conférence de presse dans laquelle il a indiqué que, dans un souci d’apaisement, son pays acceptait de confier pour destruction tout son arsenal chimique aux Nations Unies et d’adhérer à la Convention internationale prohibant ces armes.

      Kerry, Obama, et tout les va-t-en guerre étaient, hélas, pris à leur propre piège pour la enième fois.

    • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 10 septembre 2013 11 h 50

      M. Frédiani;

      Je n'ai pu trouver la pétition en question, mais j'ai signé celle pour la non-participation de la France à l'aggression militaire contre un pays souverain (soit la Syrie).

      Merci pour votre brave initiative.

  • Marie-Claude Lefrancois - Abonnée 10 septembre 2013 05 h 11

    Les enjeux des jeux d'échec

    Je félicite personnellement Monsieur Obama de l'intelligence de sa décision. Je ne considère pas la malveillance stratégique comme une forme supérieure d'intelligence. Il est adroit de consulter l'est comme l'ouest, avant de se centrer sur une voie plus sage. Rien n'est tout blanc ou tout noir. Il faut croire en l'humanité des discussions intimes. Quelque qu'elles soient. Les difficultés sont difficilement repérables mais elles existent bel et bien. Les surmonter est rare et précieux. Encourageons ces gestes diplomatiques. Ce n'est pas parce qu'un prédécesseur au pouvoir n'a pas eu d'intelligence à long terme qu'il faut associer le pays et son président aux mêmes motivations. Ce serait être binaire non?

  • Catherine Paquet - Abonnée 10 septembre 2013 06 h 57

    La réputation de Barack Obama est sauvée...

    Il n'y a plus de doute à l'effet que Barack Obama doit respirer mieux, maintenant qu'il n'a plus besoin d'un vote des deux chambres du Congrès pour donner suite à l'idée géniale avancée par John Kerry et que les Russes ont appuyée publiquement visant à mettre sous contrôle international et à détruire éventuellement le stock d'armes chimiques de la Syrie. La diplomatie reprend sa place. Il faudrait maintenant impliquer, dans une réunion du G-5, les autres membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) afin qu'il n'y ait plus de veto lors des prochaines étapes dans la mise au pas de Bachar al-Assad. Et on peut déjà entrevoir une pareille approche vers le contrôle du développement de la puissance atomique de l'Iran.

    Curieux et intréressant revirement dans les relations internationales que de voir ainsi la Russie venir au secours de Barack Obama qui risquait de perdre toute crédibilité, suite au vote négatif qui se profilait au Congrès.

  • Nicole Bernier - Inscrite 10 septembre 2013 07 h 39

    Comme d'habitude, l'arrogance américaine n'a pas de limite... il y a une contre-partie à la concession syrienne, les Américains doivent faire connaître les preuves qu'ils ont sur le fait que le gouvernement syrien aurait utilisé les armes chimiques (pas les rebelles ou les forces secrèetes de pays étrangers)... Si les Américains ne fournissent pas les preuves, s'ils ne respectent pas leur part du marché, le monde entier pourra dire, encore une fois, que le leadership occidental est la plus grande dictature civilisationnelle que le monde aura connu, puisqu'il n'a que des droits et aucune obligation...

    J'entendais dire par un de leurs représentants que ce n'est pas important de savoir qui a utilisé les armes chimiques, ce qui compte c'est de soumettre le régime syrien au pouvoir au controle international...