Intervention en Syrie - L’inaction serait «pire que tout»

Les grandes puissances ne peuvent rester muettes devant un pays qui a utilisé le 21 août dernier des armes chimiques contre sa propre population, estime Hubert Védrine.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pablo Tosco Les grandes puissances ne peuvent rester muettes devant un pays qui a utilisé le 21 août dernier des armes chimiques contre sa propre population, estime Hubert Védrine.

Il n’y a pas de solution miracle en Syrie, mais l’inaction serait la pire des solutions, estime l’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine. L’ex-ministre de Lionel Jospin, qui était en fonction pendant la guerre du Kosovo, n’a jamais été considéré comme un faucon. Il a toujours défendu l’importance d’obtenir un mandat de l’ONU dans ce genre de situations. Ce qui ne l’empêche pas de dire que, malgré le blocage actuel du Conseil de sécurité par la Chine et la Russie, les grandes puissances ne peuvent rester muettes devant un pays qui a utilisé le 21 août dernier des armes chimiques contre sa propre population. Une agression qui aurait fait plus de 1400 victimes, dont 400 enfants.

 

« Compte tenu de tout ce qui a été dit par le président des États-Unis, mais aussi par les dirigeants britanniques et français, il me semble qu’au point où on en est, ne rien faire du tout serait la pire des solutions. D’abord, s’il n’y a pas de frappes, cela voudrait dire qu’un pays qui utilise des armes chimiques ne sera plus sanctionné. Il n’y aurait plus de dissuasion. Ce serait un signal d’impunité. Ensuite, l’inaction signifierait un effondrement de la crédibilité des pays occidentaux. Peut-être les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont-ils eu tort de s’exposer à ce point, mais au point où on en est, ce serait encore pire de ne rien faire. »

 

Compte tenu de l’échec des discussions au sommet du G20, à Saint-Pétersbourg, l’ancien ministre pense qu’une intervention est toujours probable. « Il ne s’est rien passé à Saint-Pétersbourg qui bouleverse l’équation politique. Je pense que le Congrès américain finira par donner son accord. Les États-Unis et la France ne sont pas tellement étonnés d’être isolés, ils ne le sont d’ailleurs pas tant que ça, car ils ont assumé depuis le début dans cette affaire le risque d’une certaine solitude. »

 

La moins mauvaise des solutions

 

Hubert Védrine a toujours été très circonspect face à ce genre d’interventions, estimant nécessaire qu’elles s’inscrivent dans le cadre de la légalité internationale, qu’elles jouissent d’une légitimité politique et fassent preuve d’une vision de la suite. « On n’est évidemment pas dans ce genre de situations, dit-il. On ne peut donc pas être emballé par la façon dont les choses ont été menées depuis le début. De toute façon, dans ces situations, on n’a jamais le choix entre une bonne et une mauvaise solution. On a toujours le choix entre des solutions plus ou moins mauvaises. Maintenant, ne rien faire serait pire que tout. »

 

Hubert Védrine ne s’illusionne pas pour autant sur les résultats d’une intervention. « Il se pourrait qu’elle ne change rien et que la guerre se poursuive comme avant. Il se pourrait qu’en détruisant le commandement militaire, elle déstabilise complètement le pays et ouvre la porte à la guerre civile générale. Entre les deux, on peut cependant penser que des frappes ébranleront le régime sans le déstabiliser trop rapidement afin qu’il se sente obligé de faire des ouvertures politiques sérieuses. La Russie pourrait alors ressortir son projet de conférence. »

 

Hubert Védrine a bon espoir que Barack Obama parvienne à convaincre le Congrès, même s’il estime que le choix de soumettre cette intervention à l’approbation des élus pourrait être une erreur politique. « Il se pourrait qu’en décidant d’avoir recours au Congrès, Obama ait affaibli les pouvoirs du président des États-Unis qui formellement n’a pas besoin de cette autorisation. Même s’il obtient le soutien du Congrès, ce sera au prix d’une démarche qui risque d’être invoquée la fois prochaine. Il a pris une responsabilité énorme. »

 

L’Europe absente

 

Selon l’ancien ministre, c’est la défection du premier ministre britannique David Cameron qui a inquiété les Américains au point qu’ils ont « pensé qu’ils n’avaient plus assez de garanties ». Même si cette décision a pris de court le président François Hollande, qui était prêt à agir vite, l’ancien ministre ne croit pas que celui-ci imitera Obama en demandant un vote à l’Assemblée nationale française. « Pour le moment, il n’a pas cédé et j’espère qu’il ne le fera pas. »

 

Hubert Védrine déplore évidemment l’inaction de l’Europe. Il n’a donc pas été surpris que les 27 refusent de soutenir la France lors du Conseil européen tenu vendredi à Vilnius. « La plupart des pays européens ont évolué au fil du temps vers une sorte d’isolationnisme et de pacifisme, dit-il. Ils voudraient croire qu’il y a une sorte de “communauté internationale” au sein de laquelle se règlent les problèmes du monde sans affrontements, sans guerre, sans tensions. Toutes sortes de choses très sympathiques mais qui sont plutôt des aspirations que des réalités. Car cette sympathique “communauté internationale” n’existe pas. Face au déclin de l’hyperpuissance américaine, il peut donc y avoir des tas de conflits qui se déroulent sans fin, sans que ce soit gérable par quiconque. »

 

Selon l’ancien ministre, l’intervention en Syrie n’est pas pour autant une panacée. « Il est évident qu’une fois que cette intervention aura eu lieu, il faudra élaborer une nouvelle stratégie politique. »

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