Le G20 sort de son sommet divisé en deux sur la crise syrienne

Barack Obama a quitté Moscou sans avoir convaincu le G20 du bien-fondé de sa politique syrienne. Il devra encore batailler pour obtenir le soutien d’une majorité au Congrès, à Washington.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jewel Samad Barack Obama a quitté Moscou sans avoir convaincu le G20 du bien-fondé de sa politique syrienne. Il devra encore batailler pour obtenir le soutien d’une majorité au Congrès, à Washington.

Barack Obama et Vladimir Poutine ont finalement parlé en tête à tête de la crise en Syrie vendredi à Saint-Pétersbourg, mais ont campé sur les antagonismes qui ont coupé le G20 en deux et provoquent une tension diplomatique croissante.

 

Le G20 sort scindé en deux camps de ces deux jours de sommet électrique, où la guerre civile syrienne a complètement dominé les habituels sujets économiques.

 

Onze pays menés par les États-Unis ont réclamé dans un communiqué commun une « réponse internationale forte » contre Damas, qui est « clairement » responsable de l’utilisation d’armes chimiques contre sa population. L’Allemagne est le seul pays européen membre du G20 à ne pas avoir signé cet appel. Une position justifiée par la volonté de la chancelière Angela Merkel de dégager avant tout un «consensus européen», selon un porte-parole.

 

Barack Obama, qui dit que le monde « ne peut pas rester les bras ballants », était venu sur les terres natales de Vladimir Poutine, principal soutien de Damas, pour rallier le maximum de soutiens à son projet d’attaque. Cette option militaire n’est pas clairement évoquée dans l’appel, mais les signataires jugent quand même que « le monde ne peut pas attendre indéfiniment ».

 

Les pays non signataires se retrouvent de facto ralliés à la Russie, le principal verrou qui bloque le Conseil de sécurité à l’ONU, et qui n’est officiellement pas convaincu de la culpabilité de Damas.

 

Barack Obama et Vladimir Poutine se sont vus en tête à tête vendredi, au lendemain du dîner officiel du G20 qui avait dressé le constat du blocage.

 

La conversation, de près d’une demi-heure, a été « constructive », ont déclaré les deux hommes lors de conférences de presse distinctes. Pour autant, « chacun est resté sur sa position », a dit M. Poutine. « J’ai dit : écoutez, je ne m’attends pas à ce que nous nous mettions d’accord sur la question des armes chimiques », a rapporté M. Obama. « Bien qu’il soit possible qu’après la publication du rapport des inspecteurs de l’ONU [sur l’attaque chimique du 21 août], il soit plus difficile pour M. Poutine de maintenir sa position », a voulu croire le président américain.

 

Escalade

 

Ces entretiens et cet appel international sont tombés alors que les deux pays ont repris de plus belle leur escalade. « Je pense que les Russes n’ont rien à apporter au débat aux États-Unis » sur la Syrie, a affirmé vendredi matin le conseiller adjoint de sécurité nationale américain, Ben Rhodes, en référence à la possible venue d’une délégation russe aux États-Unis.

 

Jeudi, l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Samantha Power avait accusé Moscou de prendre le Conseil de sécurité en « otage », verrouillant, avec la Chine, tout projet d’attaque.

 

Les Russes ont pour leur part mis en garde contre toute frappe sur les stocks d’ar- mes chimiques en Syrie qui aurait des conséquences sur l’environnement.

 

Ils ont aussi annoncé un nouveau renforcement de leur dispositif militaire, avec un navire supplémentaire qui ira croiser au large des côtes de leur allié, pour faire face aux navires américains.

 

Les prochains jalons prévisibles de cette crise sont attendus la semaine prochaine, avec mardi aux États-Unis, un discours de M. Obama à la Nation qui tentera de convaincre les élus de l’autoriser à frapper Damas. Un défi « difficile » reconnaît le président américain, qui n’a pas répondu aux questions demandant ce qu’il ferait en cas de rejet.

 

Le président du Parlement syrien a exhorté vendredi les parlementaires américains à ne pas autoriser de frappe militaire contre son pays, a rapporté vendredi l’agence syrienne officielle Sana.

 

Lundi prochain, jour de la rentrée parlementaire américaine, le ministre syrien des Affaires étrangères sera à Moscou pour faire le point sur la crise.

 

Sur le terrain, la tension monte aussi, à tel point que les États-Unis ont ordonné l’évacuation de personnel à Beyrouth, et accepté le départ d’employés dans le sud de la Turquie, recommandant d’éviter de se rendre dans ces deux pays.

5 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 7 septembre 2013 06 h 49

    "Les Russes ont pour leur part mis en garde contre toute frappe sur les stocks d’armes chimiques en Syrie qui aurait des conséquences sur l’environnement." Si les Américains et leur alliées, comme le Canada, bombardent les stocks chimiques syriens, ils auront commis un crime encore plus grave que ce qu'ils dénoncent.
    Pourtant cela ne serait pas surprenant de la part de ceux qui ont été les premiers à utiliser les armes biologiques pour détruire les peuples autochtones (les couvertures contaminées à la peste ou la petite vérole), les seules à utiliser la bombe atomique contre le peuple japonais, de la part de ceux qui ont utilisés les armes chimiques à tour de bras contre les Vietnamiens, de la part de ceux qui ont soutenu la torture des Iraquiens (voir les reportages et photos des journalistes du New York Time, Peter Maass et Gilles Peress, sur internet et ceux d'Aljazeera qui eux montrent les images d'horreurs durant et après le passage des Américains; il faut voir les images des corps de ceux qui ont survécu à la torture).

    Nous avons lu, dans ces commentaires, comment la politique canadienne (je sais que ce fut la même chose aux États-Unis) interdisait l'immigration juive pendant les camps de la mort nazi. Si c'était la règle pas dans notre cours, les Européens et les Américains ne se sont pas gênés de transgresser toutes les lois internationales pour imposer Israël aux peuples arabes qui étaient majoritaire en Palestine ottoman. Les Occidentaux, ceux qui réfèrent à leurs ancêtres comme étant les Grecs et les Romains christianisés et qui ont imposé leur vision du monde au reste de la planète par la guerre et par l'éducation (d'abord les missionnaires chrétiens puis les coopérants) à la fin de la deuxième guerre mondiale ne se sont jamais gênés de transgresser les lois internationales pour imposer leur volonté. Dire qu'Obama avait gagné le prix Nobel pour ses discours supposés d'espoir, de paix et de réconciliation, avec le monde musulman et avec la Russie

  • André Lefebvre - Inscrit 7 septembre 2013 08 h 39

    Très conscient

    Avouez que si Obama demande l'évacuation du personnel de Beyrouth, la capitale du Liban, et accepté le départ d'employés au sud de la Turquie, c'est qu'il est pleinement conscient des conséquences de ses "frappes ciblées" qui ne seront pas une "guerre" selon son bras droit Kerry.

    Ils veulent "punir" l'utilisation d'armes chimiques en Syrie déclarent-ils; mais ils veulent "punir" sans chercher de preuves présentables publiquement du "coupable".

    Croyez-vous que s'ils détenaient une seule preuve indiscutable, ils ne la rendraient pas publique? Le seul fait du déploiment médiatique pour faire accepter leurs accusations infondées et même contestées par une majorité de pays membres de l'ONU est déjà une preuve accablante sur leurs dessins cachés.

    On se croirait à l'époque où les indiens étaient des "monstres sanguinaires" à qui on voulait voler les terres.

    Est-il possible que ce soit ce genre de "démocratie" que nous vivions?

    André Lefebvre

  • Denis Boyer - Inscrit 7 septembre 2013 08 h 57

    Un Prix Nobel de la Paix qui cherche la guerre...

    Lorsqu'interrogé sur le paradoxe apparent d'être récipiendaire du Prix Nobel de la Paix et de chercher la guerre, M. Obama n'a pas tenté de justifier cette guerre sur le plan moral, mais a plutôt rappelé que lors de son allocution d'acceptation, il avait déclaré qu'il n'était pas digne de ce prix. Et il le prouve à chaque instant depuis.

    Les États-Unis prétendent que pour des raisons morales, le Monde ne peut rester les bras croisés alors que des gens se font gazer, lui qui avait averti le régime Assad qu'une ligne rouge ne devait pas être dépassée, en référence à l'utilisation d'armes chimiques. Ainsi M. Obama préfère tuer des milliers d'innocents plutôt que de rester tranquille, quitte à manufacturer des chiffres gonflés pour parler du nombre de victimes (chiffres en désaccord même avec l'opposition au régime Assad). Il faut croire que pour lui, seul les États-Unis (et leurs États-Client) ont le droit d'utiliser des armes chimiques pour tuer des innocents!

    On croyait avoir connu le paroxysme du cynisme sous Bush fils. Avec sa guerre ouverte au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, son utilisation débridée de drones contre des cibles anonymes, sa redéfinition de "militant" pour accomoder la tuerie de jeunes garçons sans augmenter le nombre officiel de victimes civiles, son support indéfectible à Israël malgré les efforts flagrants de ce dernier de ruiner le processus de paix avec la Palestine, la "colombe" Obama arrive à faire regretter l'époque où les agissements de Bush créaient un tollé et une montée aux barricades...

  • Jacques Moreau - Inscrit 7 septembre 2013 11 h 38

    Il manque quelque chose a ce sommet....

    Ma premiere observation sur ce sommet du G20, c'est qu'on ne rapporte aucune "marche "pacifique" de protestation" a ce sommet qui se deroule a Moscou. Suggestion: pourquoi ne pas en faire la ville hote pour ces sommetd du G20 et G8 ou G7?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 septembre 2013 12 h 12

    Étrange présidence … obamienne !

    « Le G20 sort scindé en deux camps de ces deux jours de sommet électrique » (AFP)

    De cette scission, on dirait que le G-20 est comme, de moins en moins, sous l’hégémonie américaine qui, cette dernière, perd, de plus en plus, quelques plumes d’influence et de crédibilité, notamment celles de sa présidence, douteuses ou discutables !

    D’une présidence qui, Nobel d'une paix anticipée ou endiablée (?), cherche moins ce dont on espère que ce qu’elle souhaite de … guerre sans preuve de guerre !

    Étrange présidence … obamienne ! - 7 sept 2013 -