Frappes en Syrie : Obama trouve des appuis importants

Barack Obama quittait Washington pour l'Europe, mardi, alors que l'incertitude entourait la question d'une intervention militaire en Syrie.
Photo: Evan Vucci Associated Press Barack Obama quittait Washington pour l'Europe, mardi, alors que l'incertitude entourait la question d'une intervention militaire en Syrie.

Le président américain Barack Obama a engrangé mardi plusieurs appuis de taille qui pourraient l’aider à obtenir le feu vert du Congrès pour lancer des frappes contre le régime syrien de Bachar al-Assad, accusé d’avoir utilisé des armes chimiques.

 

Le président de la Chambre des représentants, John Boehner, et le leader de la majorité républicaine, Eric Cantor, se sont dits favorables à une intervention militaire en Syrie. «Je vais soutenir l’appel du président favorable à une action», a déclaré le républicain Boehner à l’issue d’une réunion avec Barack Obama à la Maison-Blanche. « C’est quelque chose que les États-Unis, en tant que pays, doivent faire. »

 

«Nos ennemis à travers le monde doivent comprendre que nous n’allons pas tolérer ce genre de comportement. […] Nous avons aussi des alliés dans le monde et dans la région qui ont besoin de savoir que les États-Unis sont là quand cela s’avère nécessaire», a-t-il ajouté.

 

Le soutien clé de M. Boehner devrait augmenter la dynamique en faveur de frappes, même si sa capacité à convaincre le groupe de représentants proches du Tea Party, hostiles à une intervention, reste à prouver.

 

La chef de la minorité démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, s’est aussi montrée favorable à l’intervention de l’armée américaine.

 

Ces ralliements à la position du président viennent s’ajouter à ceux de deux principaux adversaires de Barack Obama, les sénateurs républicains John McCain et Lindsey Graham.

 

La Chambre des représentants (233 républicains, 200 démocrates, 2 sièges vacants) et le Sénat (54 démocrates, 46 républicains) seront de retour en session lundi prochain. Des votes dans chacune des Chambres pourraient donc s’y dérouler rapidement.

 

Le président américain, qui devait s’envoler mardi soir pour la Suède, s’est dit confiant quant à l’issue de ces votes et a une nouvelle fois mis l’accent sur le fait que toute intervention en Syrie serait « limitée » et « proportionnelle ». « Cela n’implique pas de troupes au sol, ce n’est pas l’Irak, ce n’est pas l’Afghanistan », a-t-il souligné.

 

Plaidoyer devant le Sénat

 

Au cours de la journée, le secrétaire d’État John Kerry et le chef du Pentagone Chuck Hagel ont pour leur part vanté les mérites d’une action militaire devant la commission des Affaires étrangères du Sénat.

 

« Ce n’est pas le moment d’être isolationniste dans un fauteuil. Ce n’est pas le moment d’être spectateur d’un massacre », a déclaré John Kerry, en avertissant que l’inaction était plus risquée qu’une intervention.

 

« L’Iran espère que vous regardez de l’autre côté,a-t-il prévenu, en évoquant le dossier du nucléaire iranien. Notre inaction lui donnerait certainement la possibilité au mieux de se tromper sur nos intentions, quand ce ne serait pas de les mettre à l’épreuve », a-t-il ajouté, en citant aussi le Hezbollah et la Corée du Nord.

 

Pendant ce temps sur le terrain, la Marine américaine ajustait son dispositif en prévision d’éventuelles frappes militaires, ramenant à quatre le nombre de navires de guerre en Méditerranée orientale et dépêchant un groupe aéronaval en mer Rouge, a indiqué une responsable de la Défense.

 

L’ONU émet des réserves

 

De son côté, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a mis en garde contre les risques d’une « action punitive », mettant en avant l’impact qu’elle pourrait avoir « sur les efforts pour empêcher d’autres effusions de sang et faciliter un règlement politique du conflit ».

 

« Je demande aux membres [du Conseil de sécurité] de s’unir et de définir une réponse appropriée au cas où les accusations [à propos des armes chimiques] se révéleraient vraies », a-t-il déclaré.

 

Mais pour Washington, la question est déjà réglée : le régime de Bachar al-Assad a perpétré une attaque à l’arme chimique le 21 août dans la banlieue de Damas, faisant 1429 morts, dont 426 enfants.

 

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a par ailleurs estimé mardi que le nombre de réfugiés syriens dépassait désormais les deux millions, soit huit fois plus qu’il y a un an. Quelque 4,2 millions de Syriens sont aussi déplacés à l’intérieur des frontières. Au total, ce sont donc plus de six millions de personnes qui sont déracinées, soit plus du quart des 22 millions d’habitants de la Syrie.

 

Le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres, a affirmé que ce conflit était « devenu la grande tragédie de ce siècle, une calamité humanitaire indigne avec des souffrances et des déplacements de population sans équivalent dans l’Histoire récente ».

 

 

Avec l’Agence France-Presse et Libération

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