Obama a approuvé en juin une «aide létale» aux rebelles syriens

Washington — Le secrétaire américain à la Défense a déclaré mardi que le président Barack Obama avait approuvé en juin un projet visant à fournir «aide létale» aux rebelles syriens, rendant la décision publique pour la première fois.

Chuck Hagel et le sénateur Bob Corker du Tennessee, membre de la commission des affaires étrangères du Sénat, ont tous les deux fait référence à cette aide militaire secrète lors d'une audience au Sénat sur une éventuelle intervention américaine en Syrie. Le président Obama a réclamé l'appui du Congrès avant de lancer une telle opération.

M. Corker s'est dit consterné par le peu d'aide fournie aux rebelles qui tentent de renverser le régime syrien, malgré les promesses en ce sens.

M. Hagel a admis que le président Obama avait décidé en juin de fournir une aide létale aux rebelles. Il a précisé que le Pentagone n'avait pas été impliqué directement parce qu'il s'agit d'une «action cachée».

Jusqu'à maintenant, les responsables de l'administration affirmaient que cette aide, coordonnée par la CIA, n'avait pas encore été acheminée aux rebelles syriens.

Aggraver l'instabilité

Le secrétaire général des Nations unies a prévenu mardi que toute action «punitive» lancée contre la Syrie après l'attaque chimique alléguée du mois d'août serait illégale sans l'approbation du Conseil de sécurité de l'ONU ou en l'absence d'une situation de légitime défense.

Les États-Unis et la France blâment le régime syrien pour l'attaque du 21 août et envisagent de lancer une intervention militaire. Une telle opération se déroulerait probablement sans l'aval du Conseil de sécurité, où la Russie et la Chine ont plusieurs fois utilisé leur droit de veto pour bloquer toute mesure punitive contre le gouvernement du président Bachar el-Assad. L'administration Obama fait valoir que l'attaque chimique ne peut rester impunie à cause de l'inaction du Conseil de sécurité.

«Comme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, le Conseil de sécurité est le principal responsable de la paix et de la sécurité internationales», a déclaré Ban Ki-moon lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU à New York. «Le recours à la force est légal seulement dans une situation de légitime défense, conformément à l'article 51 de la Charte des Nations unies, ou quand le Conseil de sécurité approuve une telle action», a-t-il poursuivi.

M. Ban a également prévenu que des frappes en Syrie pourraient provoquer encore plus d'instabilité et d'affrontements dans une crise qui a déjà fait plus de 100 000 morts.

«Je prends note de l'argument appelant à l'action pour empêcher une future utilisation d'armes chimiques. Dans le même temps, nous devons considérer l'impact de toute mesure punitive sur les efforts visant à éviter de nouvelles effusions de sang et à faciliter la résolution politique du conflit», a déclaré le secrétaire général.

M. Ban n'a blâmé aucun camp pour la présumée attaque chimique dans la région de Damas, mais il a affirmé que «si elle se confirme, toute utilisation d'armes chimiques par quiconque, peu importe les circonstances, serait une grave violation du droit international et un crime de guerre scandaleux».

«Peu importe d'où elle provient, cette récente allégation devrait être considérée comme un avertissement pour la communauté internationale», a estimé M. Ban.

Il a souligné que l'enquête en cours des experts en armes chimiques de l'ONU visait à «établir les faits de façon indépendante, de manière objective et impartiale».

Des responsables américains ont mis en doute la capacité des experts de l'ONU à enquêter de façon exhaustive sur l'attaque chimique alléguée, soulignant que leur mandat se limitait à déterminer si des armes chimiques ont été utilisées, et non à désigner des coupables.

M. Ban a indiqué que les échantillons biologiques récoltés par les inspecteurs arriveraient d'ici mercredi dans des laboratoires européens afin d'être analysés.

Obama optimiste

De son côté, le président des États-Unis s'est dit persuadé, mardi, que le Congrès autoriserait une intervention militaire en Syrie, alors que des responsables de l'administration entamaient une série de rencontres avec les parlementaires pour discuter de la façon de réagir à l'attaque chimique du mois d'août près de Damas.

Barack Obama a reçu des leaders du Congrès à la Maison-Blanche dans le cadre de sa campagne visant à rallier les appuis en vue d'une opération contre le régime du président syrien Bachar al-Assad.

Le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, a déclaré mardi qu'il appuierait la demande du président Obama et a appelé ses collègues à faire de même.

Après sa rencontre avec M. Obama à la Maison-Blanche, M. Boehner a affirmé que les États-Unis étaient le seul pays ayant la capacité de freiner le régime syrien et d'avertir les autres pays du monde que les attaques chimiques ne seront pas tolérées.

Les États-Unis «doivent» intervenir en Syrie, a déclaré M. Boehner.

Le leader de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a pour sa part estimé que le public américain avait besoin d'en savoir plus sur les renseignements qui ont mené l'administration à conclure que le président Bachar al-Assad est responsable de l'attaque chimique ayant fait des centaines de morts.

Mme Pelosi a déclaré que les actions du régime syrien dépassaient «le cadre du comportement humain civilisé» et a affirmé que le monde avait le devoir de réagir.

Le président Obama, bien conscient des inquiétudes des Américains face à la perspective d'une nouvelle intervention militaire prolongée, a assuré mardi qu'une éventuelle opération en Syrie serait «limitée» et menée de façon «proportionnée».

«Ce n'est pas l'Irak et ce n'est pas l'Afghanistan», a-t-il affirmé.

Après une décennie de guerre en Irak et en Afghanistan, les sondages indiquent que la plupart des Américains sont opposés à toute nouvelle opération militaire à l'étranger. Cette réticence s'exprime à travers certains sénateurs et représentants, dont certains estiment que M. Obama n'a pas encore présenté de preuves déterminantes montrant la responsabilité du régime syrien dans l'attaque du 21 août. D'autres affirment que le président n'a pas expliqué en quoi une intervention en Syrie servirait les intérêts américains.

Le secrétaire d'État John Kerry, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel et le chef d'état-major Martin Dempsey doivent témoigner mardi après-midi devant la commission des affaires étrangères du Sénat. Une réunion à huis clos, à laquelle tous les membres du Congrès sont invités, doit également avoir lieu plus tard dans la journée.

La France attend Obama

Pendant ce temps, le président français a déclaré mardi qu'il attendrait la décision du Congrès américain sur la possible intervention en Syrie et a insisté sur le fait que la France n'agirait pas seule dans ce dossier.

François Hollande et le président des États-Unis, Barack Obama, sont les deux dirigeants qui semblent les plus convaincus de la nécessité de répliquer au régime syrien après l'attaque chimique alléguée du 21 août dans la région de Damas, qui aurait fait des centaines de morts.

La France et les États-Unis estiment que le régime du président Bachar al-Assad est responsable de l'attaque, ce que le gouvernement syrien nie catégoriquement.

Lors d'une conférence de presse mardi avec le président allemand Joachim Gauck, M. Hollande a déclaré que le vote du Congrès sur une intervention en Syrie, réclamé par le président Obama, «aura des conséquences sur la coalition que nous devrons créer». Il n'a pas dit s'il parlait spécifiquement d'une coalition militaire.

Le président français estime qu'une coalition internationale élargie doit être créée «avec les États-Unis, l'Europe et les pays arabes». Si le Congrès américain vote contre une intervention en Syrie, a-t-il poursuivi, «la France prendra ses responsabilités en soutenant l'opposition démocratique» syrienne de façon à répliquer à l'attaque chimique.

Cette déclaration survient au lendemain de la publication d'un extrait d'un rapport des services de renseignement français, qui affirme que le gouvernement syrien est responsable de l'attaque chimique du 21 août et de deux autres attaques de la même nature survenues plus tôt cette année. M. Hollande a ajouté mardi que la France avait récolté des indices laissant penser que du gaz sarin a été utilisé lors de l'attaque du mois dernier.

Le Parlement français tiendra un débat sur le dossier syrien mercredi, mais aucun vote n'est prévu. La Constitution française n'oblige pas le président à obtenir l'appui des parlementaires avant de lancer une opération militaire de moins de quatre mois, mais certains élus ont appelé le président à organiser un vote quand même.

Deux millions de réfugiés

Plus de deux millions de personnes ont maintenant fui la guerre civile en Syrie et quatre millions d'autres ont été déplacées à l'intérieur des frontières du pays, faisant de la Syrie le pays qui compte actuellement le plus grand nombre de réfugiés, ont indiqué mardi des responsables des Nations unies.

Le nombre de réfugiés syriens pourrait grimper à 3,5 millions d'ici la fin de l'année si le conflit se poursuit, a prévenu AntDonio Guterres, Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés.

Devant les journalistes à Genève, il a déclaré que la Syrie était devenue la grande tragédie du siècle, théâtre d'une calamité humanitaire honteuse sans précédent.

Près de 5000 personnes quittent la Syrie chaque jour et la plupart ne possèdent que les vêtements qu'elles portent. Plus de 1,8 million de réfugiés se sont ajoutés depuis un an, alors qu'on n'en comptait que 231 000 à pareille date l'an dernier.

M. Guterres a rappelé qu'un million de personnes avaient fui la Syrie durant la première année du conflit, mais qu'un million d'autres avaient fait de même au cours des six derniers mois.

Près de 97 % des réfugiés syriens sont accueillis dans les pays limitrophes, ce qui fait porter un lourd fardeau à l'infrastructure, l'économie et la société des pays hôtes.

À la fin du mois d'août, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés recensait 716 000 réfugiés syriens au Liban, 515 000 en Jordanie, 460 000 en Turquie, 168 000 en Irak et 110 000 en Égypte. Plus de la moitié d'entre eux étaient des enfants.

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