Syrie - Washington dit avoir le devoir d’agir

Pour le secrétaire d’État américain John Kerry, les États-Unis et leurs alliés se doivent de répondre à Damas, car le régime a franchi une ligne rouge en ayant recours à des armes chimiques.
Photo: Susan Walsh AP Pour le secrétaire d’État américain John Kerry, les États-Unis et leurs alliés se doivent de répondre à Damas, car le régime a franchi une ligne rouge en ayant recours à des armes chimiques.

Une opération militaire contre la Syrie, dirigée par les États-Unis et soutenue par la France, ne fait presque plus de doute, à en croire les derniers propos des dirigeants de ces deux pays. Reste à savoir quand auront lieu ces frappes, et quelles seront les cibles.

Le président américain Barack Obama a expliqué vendredi que les États-Unis avaient le devoir d’agir contre la Syrie, car les preuves de l’utilisation d’armes chimiques par Damas ne cessent de s’accumuler. Il a ainsi évoqué clairement la possibilité d’une action « limitée » contre le régime de Bachar al-Assad. Selon les services de renseignement américains, l’attaque chimique du 21 août en banlieue de Damas a fait 1429 morts, dont 426 enfants. Pour le secrétaire d’État américain John Kerry, les États-Unis et leurs alliés se doivent de répondre à Damas, car le régime a franchi une ligne rouge en ayant recours à des armes chimiques. La question d’une action militaire va même « au-delà » de la Syrie. Il faut donner un avertissement à l’Iran, au Hezbollah ou à la Corée du Nord, estime le secrétaire d’État. « L’histoire nous jugera avec une sévérité extrême si nous fermons les yeux devant le recours gratuit par un dictateur à des armes de destruction massive en dépit de toutes les mises en garde, en dépit de la plus simple décence »,a dit M. Kerry.

 

Pour Julien Tourreille, directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal, il est clair que les États-Unis se préparent à lancer une riposte militaire contre la Syrie. « Les propos de Kerry et de Obama laissent peu de doute quant au déclenchement d’une opération militaire menée par les États-Unis contre le régime de Bachar al-Assad en réponse à l’usage d’armes chimiques. Pour que cette opération puisse être déclenchée, il reste quelques détails techniques à régler, par exemple attendre que les inspecteurs de l’ONU aient quitté la Syrie et fassent leur compte rendu, ainsi que l’identification plus précise des cibles qui devront être détruites au cours de cette opération », explique le chercheur.

 

Les inspecteurs de l’ONU qui se sont rendus en Syrie en début de semaine afin de voir si des armes chimiques ont bel et bien été utilisées le 21 août dernier doivent quitter le pays samedi. Ils n’ont toutefois pas le mandat de déterminer qui a fait usage de ces armes. M. Obama doit se rendre en Russie afin d’assister à un sommet jeudi et vendredi prochains après une escale en Suède. Il apparaît peu probable que l’éventuelle attaque se produise lors de ce sommet, car cela pourrait déclencher l’ire de Moscou, pays hôte de l’évènement et surtout allié indéfectible de Damas.

 

Si les États-Unis ne peuvent compter sur l’aide militaire du Royaume-Uni, car le Parlement britannique a rejeté l’idée d’une telle participation cette semaine, ils seront toutefois soutenus par la France, l’Australie et les pays de la Ligue arabe. M. Obama s’est d’ailleurs entretenu au téléphone avec le président français François Hollande. Même si l’ONU n’a pas encore rendu ses conclusions, les deux hommes « partagent la même certitude sur la nature chimique de l’attaque » et la « responsabilité indubitable du régime », selon l’entourage du chef de l’État français. L’Élysée a fait état lors de cet entretien de « la grande détermination de la France à réagir et à ne pas laisser ces crimes impunis ».

 

À Paris, on estime que le refus de Londres d’intervenir en Syrie ne change pas la position de la France, qui souhaite une action « proportionnée et ferme » contre le régime de Damas, selon François Hollande. Le président français n’a pas exclu des frappes aériennes avant mercredi, date de la session extraordinaire du Parlement français sur la Syrie.

 

La France, «plus vieille alliée» des États-Unis

 

L’alliance franco-américaine tranche avec la guerre qu’avaient menée les États-Unis contre l’Irak, en 2003. Lors du déclenchement de celle-ci, certains Américains avaient même décidé de boycotter les « French fries ». L’heure n’est désormais plus au boycottage, M. Kerry a qualifié la France de « plus vieille alliée » des États-Unis, soulevant au passage des froncements de sourcils de la part de plusieurs commentateurs politiques britanniques. À plus long terme, des divisions pourraient survenir entre les États-Unis et la France, estime M. Tourreille. « L’ironie, après l’Irak en 2003, de voir la France prendre la place du Royaume-Uni aux côtés des États-Unis dans cette aventure syrienne a été assez abondamment soulignée. Il reste cependant que la détermination française soulève des questions quant à l’analyse de la situation et des objectifs fixés par les dirigeants français. Veulent-ils voir le régime Assad fragilisé par de futures frappes ? Ont-ils un plan quant à l’avenir de la Syrie ? Un point en particulier pourrait susciter quelques incompréhensions entre Français et Américains : publiquement du moins, les premiers appuient davantage la coalition des rebelles syriens que les seconds », écrit-il par courriel au Devoir.

 

L’objectif premier d’une éventuelle attaque militaire contre la Syrie n’est pas de renverser le régime afin que les rebelles puissent prendre le pouvoir, mais de le punir pour avoir franchi une ligne rouge. « Il ne s’agit pas de renverser le régime de Bachard al-Assad ni d’appuyer les rebelles dans leur entreprise. Le but affiché est simplement de réagir à l’usage d’armes chimiques et donc d’afficher l’attachement à une valeur aujourd’hui importante aux yeux des Occidentaux », estime M. Tourreille.

 

Pas d’intervention terrestre

 

Pour joindre le geste à la parole, les États-Unis renforcent leurs capacités militaires face aux côtes syriennes. Ils y ont déployé cinq destroyers équipés de missiles de croisière capables de mener des attaques ciblées contre des dépôts de munitions ou des infrastructures stratégiques du régime de Damas. Toutefois, Américains et Français écartent la possibilité d’une intervention terrestre avec des troupes sur le terrain. « Quoi qu’il arrive, nous n’envisageons pas une action militaire comprenant des soldats au sol et une longue campagne », a expliqué M. Obama, vendredi.

 

Il a ainsi évoqué une action qui aurait l’effet d’un « coup de semonce ». « Dans un contexte de scepticisme des opinions publiques et en particulier de lassitude aux États-Unis après les aventures afghanes et irakiennes, il apparaît primordial pour les décideurs politiques d’insister sur ce point. Cette opération devrait au final ressembler à celle menée par les Américains et les Britanniques contre l’Irak de Saddam Hussein en décembre 1998. Une campagne aérienne de 4 jours avait alors été décidée en réaction aux tergiversations de Saddam par rapport aux demandes de l’ONU concernant les inspections touchant le programme d’armes de destruction massive irakien », pense M. Tourreille.

 

Damas nie en bloc

 

Les pays de la région suivent de très près le déploiement américain. Ainsi, Israël a déployé des batteries de missiles pour faire face à d’éventuelles représailles de la part de la Syrie. Moscou a décidé d’envoyer deux nouveaux bateaux de guerre en Méditerranée. Le Kremlin a averti qu’une intervention militaire porterait un « coup sérieux » à l’ordre mondial basé sur le rôle central des Nations unies. Les États-Unis comptent aller de l’avant sans l’aval de l’ONU.

 

Pour Damas, les « preuves » avancées par les États-Unis sur une prétendue implication du pouvoir syrien dans une attaque chimique le 21 août ne sont que « des mensonges ». « Ce que le gouvernement américain a qualifié de preuve irréfutable […] n’est rien de plus que d’anciennes histoires diffusées par les terroristes [les rebelles] depuis plus d’une semaine, avec tout ce qu’elles comportent de mensonges, de fabrications et d’histoires montées de toutes pièces », a déclaré le ministère des Affaires étrangères syrien dans un communiqué lu à la télévision officielle syrienne. Le ministère s’est dit « étonné » par le fait « qu’une superpuissance trompe son opinion publique de cette manière naïve en s’appuyant sur des preuves inexistantes ». Le ministère s’étonne que « les États-Unis fondent leurs positions de guerre et de paix sur ce qui est diffusé sur des réseaux sociaux et des sites Internet », poursuit le communiqué.

 

De son côté, le Canada ne participera pas à une opération militaire, mais des voix s’élèvent pour demander au gouvernement conservateur d’accepter plus de réfugiés en provenance de ce pays, vu sa situation humanitaire actuelle. Le conflit a déjà fait plus de 100 000 morts. Le chef libéral Justin Trudeau a demandé vendredi au Canada de faire davantage afin d’accueillir des réfugiés syriens. Des responsables de la Coalition nationale syrienne, le principal groupe d’opposition de la Syrie qui bénéficie du soutien de l’Occident, tentent aussi de convaincre le ministre fédéral de l’Immigration, Chris Alexander, de faciliter l’accueil des réfugiés au pays.

 

 

Avec l’Agence France-Presse et La Presse canadienne

1 commentaire
  • Daniel Bérubé - Inscrit 3 septembre 2013 15 h 51

    Je serais surpris....

    de voir le canada venir en aide à ces enfants, car leur principe premier est: Utilisateur = payeur .
    Si ces enfants ne sont pas en mesure de défrayer les coûts que ça représentent... désolé...