Deux Saoudiennes emprisonnées pour avoir aidé Nathalie Morin

Johanne Durocher, en 2009, lors d’une conférence de presse où elle demandait à Ottawa de faire pression sur le gouvernement saoudien pour permettre à sa fille de rentrer au Canada.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Johanne Durocher, en 2009, lors d’une conférence de presse où elle demandait à Ottawa de faire pression sur le gouvernement saoudien pour permettre à sa fille de rentrer au Canada.

Deux militantes des droits de la personne ont été condamnées en Arabie saoudite après avoir tenté d’aider Nathalie Morin, cette Québécoise à qui les autorités saoudiennes refusent de quitter le pays pour revenir au Canada avec ses enfants.


Les deux Saoudiennes devront passer dix mois en prison. Fawzia al-Ayuni et Wajiha al-Huaider se voient aussi interdire de quitter le pays pendant deux années supplémentaires. L’une d’elles a des enfants qui vivent aux États-Unis et qu’elle visitait régulièrement.


En juin 2011, les deux femmes s’étaient rendues chez Nathalie Morin pour lui apporter de la nourriture à la demande de la mère de celle-ci, Johanne Durocher. La justice saoudienne y a plutôt vu une tentative pour inciter Mme Morin à se soustraire à l’autorité de son mari. Elles ont été reconnues coupables, sous la loi de la charia.


Mme Durocher avait demandé à l’une des deux condamnées d’aider sa fille à se nourrir parce que celle-ci était incapable de sortir de chez elle pour se procurer ce dont elle avait besoin. Elle a été surprise d’apprendre que les deux femmes avaient été condamnées alors qu’elle croyait que l’affaire avait déjà été réglée. Elles ont un mois pour porter la cause en appel avant d’être emprisonnées.


Museler deux féministes


Johanne Durocher déplore que sa fille n’ait pas pu témoigner au procès. Selon elle, Nathalie Morin aurait pu dire que ces femmes n’avaient jamais parlé contre son mari ou tenté de l’aider à s’enfuir.


Elle croit que le gouvernement saoudien utilise la situation pour museler les deux féministes. « Le gouvernement saoudien va faire d’une pierre deux coups. Pendant qu’il fait peur à ma fille pour qu’elle vienne au Canada sans les enfants, il arrête deux militantes très connues qui se battaient pour les droits des femmes en Arabie saoudite, notamment pour qu’elles puissent conduire », croit Mme Durocher.


Selon elle, ces femmes ont trop peur de leur gouvernement pour avoir tenté d’aider Nathalie Morin à fuir l’Arabie saoudite ou à se soustraire à l’autorité de son mari. « Elles m’ont expliqué en long et en large ce qu’elles risquaient à aider ma fille. Elles n’ont jamais eu l’intention de la kidnapper ou de l’amener à l’ambassade ou de lui parler contre son mari, explique Johanne Durocher. La seule intention était de lui amener de la nourriture. »

 

Sort incertain


Le sort de Nathalie Morin est toujours incertain. Dans le passé, le gouvernement saoudien lui avait permis de revenir au Canada, mais en laissant ses trois enfants derrière elle, ce qu’elle refuse.


La Québécoise doit rencontrer, cette semaine, des responsables de l’ambassade canadienne à Riyad.


Mme Durocher avait réussi à obtenir un visa canadien pour le mari de Nathalie, Saïd, mais les autorités saoudiennes ont refusé de le voir quitter le pays, selon Mme Durocher. Cela aurait permis à toute la famille de revenir au Canada puisque le père était d’accord. « Le gouvernement saoudien a toujours dit qu’il ne voulait pas se mêler d’une affaire privée, affirme Mme Durocher. À partir du moment où, en privé, les parents trouvent une solution pour que tout le monde soit content, il n’y a plus de raison », croit-elle.

3 commentaires
  • Minona Léveillé - Inscrite 17 juin 2013 12 h 20

    Chef d'accusation grotesque

    Mme durocher a raison: une condamnation sur un chef d'accusation aussi grotesque est sûrement une tentative pour faire taire deux militantes gênantes qui jettent la lumière sur les violations aux droits des femmes en Arabie Saoudite.

    Pourquoi le gouvernement saoudien empêche-t-il Saïd de quitter le pays, maintenant qu'il est d'accord pour que Nathalie et ses enfants partent aussi? Que gagne-t-il à faire durer le calvaire d'une femme qui a encore moins de droits que les autres saoudiennes (qui peuvent à tout le moins faire leur marché quand la nourriture manquent à la maison)?

    Même l'islam prévoit l'obligation pour les maris de pouvoir aux besoins de leurs épouses et de leurs enfants.

    • claire Piché - Inscrit 18 juin 2013 18 h 49

      L'Islam prévoit le tout et son contraire = la totale!

  • Minona Léveillé - Inscrite 18 juin 2013 12 h 42

    Nathalie morin, victime du chantage du gouvernement saoudien

    Nathalie Morin a accordé ce matin une entrevue à Benoît Dutrizac via Skype, sur l'ordinateur d'une voisine. Selon son témoignage, les deux militantes condamnées ont été accusées sans qu'aucune plainte officielle n'ait été logée contre elles.

    Elle a aussi dit que le gouvernement saoudien veut l'obliger à quitter l'Arabie Saoudite sans ses enfants, même si son mari (qui a perdu son emploi), a signé devant témoins les passeports des trois enfants afin qu'ils puissent quitter le pays avec leur mère pour retourner au Québec. Violant ses propres lois, le gouvernement saoudien a mis les enfants sous liste noire pour qu'ils ne puissent pas quitter le pays.

    Il veut lui faire signer à Mme morin un document dans lequel elle déclarerait abandonner volontairement ses enfants, ce qu'elle refuse évidemment de faire. Suite à une intervention gouvernentale, Mme morin et son mari n'ont plus aucune source de revenu depuis le 6 mai dernier. Ils ont tout dû vendre leurs meubles et leurs électroménagers afin de survivre.

    Mme Morin est enceinte de son quatrième enfant et elle et ses enfants souffrent de malnutrition. Aujourd'hui par exemple, elle et ses enfants n'ont mangé qu'un peu de pain et des dattes. Même si elle acceptait d'abandonner ses enfants, elle n'a évidemment aucun argent pour prendre l'avion.

    Pour écouter l'entrevue:

    http://www.985fm.ca/national/nouvelles/je-vais-me-