Syrie - Washington soupçonne Al-Assad d’avoir utilisé des armes chimiques

« La communauté américaine du renseignement conclut, avec différents degrés de certitude, que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle en Syrie, en particulier du sarin », a affirmé le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel.
Photo: Associated Press « La communauté américaine du renseignement conclut, avec différents degrés de certitude, que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle en Syrie, en particulier du sarin », a affirmé le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel.

Les États-Unis ont reconnu pour la première fois jeudi que le régime syrien avait probablement utilisé des armes chimiques, tout en soulignant que leurs renseignements n’étaient pas suffisants pour avoir la certitude que Damas avait franchi la ligne rouge tracée par Washington.

« La communauté américaine du renseignement conclut, avec différents degrés de certitude, que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle en Syrie, en particulier du sarin », a affirmé le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, face aux journalistes à Abou Dhabi. « Différents degrés de certitude » signifie dans le jargon du renseignement américain que ses agences ne sont pas toutes du même avis, a expliqué un haut responsable du Pentagone.


La Maison-Blanche a ensuite confirmé avoir communiqué cette évaluation à des élus du Congrès, mais a souligné que les indices ne constituaient pas encore une preuve formelle à ses yeux.


« Étant donné les enjeux, et ce que nous avons appris de notre propre expérience, les évaluations du renseignement ne sont pas suffisantes à elles seules. Seuls des faits dignes de foi et recoupés qui nous apporteront un certain degré de confiance guideront notre processus de prise de décision », a déclaré la porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC), Caitlin Hayden.


L’évaluation de la communauté du renseignement américain est « fondée en partie sur des prélèvements » sur des personnes, a-t-elle révélé. Mais « la chaîne de transmission [des échantillons] n’est pas claire, donc nous ne pouvons pas confirmer comment l’exposition [au sarin] a eu lieu ».


Le président Obama a mis en garde à de nombreuses reprises le régime Assad contre le recours à ses stocks d’armes chimiques, affirmant notamment le 20 mars dernier en Israël qu’il s’agirait d’« une grave et tragique erreur », et qu’un tel développement « change [rait] la règle du jeu ».


« Précisément parce que le président prend cette question très au sérieux, nous avons l’obligation d’enquêter scrupuleusement sur tous les indices de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. C’est la raison pour laquelle nous insistons pour une enquête des Nations unies qui pourrait évaluer les preuves et établir ce qui s’est produit », a affirmé Mme Hayden.


De son côté, un haut responsable de l’administration américaine a souligné que si les faits finissaient par être établis, « il est évident que toutes les options [seraient] sur la table en terme de réaction ». Mais il a lui aussi appelé à la prudence, faisant allusion aux « armes de destruction massive » censées avoir été détenues par le régime de Saddam Hussein en Irak selon la communauté du renseignement. Elles avaient servi de prétexte à l’invasion du pays en 2003 par une coalition américano-britannique mais n’ont jamais été retrouvées.


L’évolution de la position américaine n’en reste pas moins spectaculaire : mardi encore, le principal porte-parole de M. Obama, Jay Carney, avait assuré que la présidence n’était « pas parvenue à la conclusion » que de telles armes, illégales selon les traités internationaux mais dont le régime de Bachar al-Assad reconnaît posséder d’importants stocks, avaient été employées.


Les développements de jeudi - Londres a de son côté affirmé disposer d’informations « convaincantes » sur l’usage d’armes chimiques en Syrie - ont provoqué une vive réaction au Congrès américain, où certains élus républicains pressent de longue date M. Obama d’adopter une ligne plus dure face au régime Assad, après plus de deux ans de conflit sanglant.

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