Palestine - L’«Américain» Fayyad claque la porte

Le 21 mars dernier, Salam Fayyad discutait avec le président américain Barack Obama lors de la visite de ce dernier à Ramallah.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mandel Ngan Le 21 mars dernier, Salam Fayyad discutait avec le président américain Barack Obama lors de la visite de ce dernier à Ramallah.

Cet hommage appuyé du département d’État américain envers le premier ministre palestinien démissionnaire Salam Fayyad explique sans doute pourquoi le président Mahmoud Abbas a accepté samedi le départ du chef de son gouvernement. Car cet ancien haut fonctionnaire du Fond monétaire international (FMI), diplômé d’universités outre-Atlantique, qui refusait obstinément d’adhérer au Fatah, le parti dominant en Cisjordanie, n’a jamais été très populaire.

Imposé par Washington en 2007 pour remettre de l’ordre dans des finances palestiniennes, il est considéré à tort ou à raison comme « l’homme des Américains ». Certes, en six ans, Fayyad a réduit le niveau de corruption au sein de l’Autorité palestinienne et fait régner un semblant d’ordre au sein de l’administration. Mais le courant n’est jamais passé entre Abbas et Fayyad. Au point que ce dernier a démissionné à six reprises depuis 2007 avant d’être aussitôt remis en selle par les interventions « amicales » de Washington et de l’Union européenne.


Cette fois, le contentieux entre Abbas et Fayyad est stratégique. Il porte sur la manière de gérer une Autorité palestinienne financièrement exsangue en raison de la crise économique mondiale et de la défection de certains pays donateurs, eux-mêmes englués dans les soubresauts du printemps arabe. Partisan de l’orthodoxie budgétaire, le premier ministre démissionnaire prône en effet la rigueur la plus stricte pour combler le trou d’un milliard de dollars (762 millions d’euros). Mais pas Abbas ni le Fatah qui songent, eux, aux prochaines élections législatives et présidentielle.


Ces divergences ont provoqué la paralysie d’une administration en manque de fonds et la démission du ministre du Budget, Nabil Kassis (Fatah), que Fayyad n’a pas voulu réintégrer malgré l’insistance d’Abbas. Parmi les candidats les mieux placés à la succession de Fayyad figurent le président du Fonds d’investissement palestinien, Mohamad Moustafa, et le président de l’université de Naplouse, Hami Hamdallah. Mais rien n’est encore joué et un impétrant peut les coiffer au poteau.


Lorsqu’il quittera son bureau de Ramallah, le Premier ministre démissionnaire laissera l’image du premier chef de gouvernement palestinien à avoir vraiment tenté de préparer l’administration, la police, et les services de sécurité à la création éventuelle d’un État indépendant. Il est également le seul à avoir encouragé l’« intifada économique » (le boycott des produits de consommation israéliens vendus en Cisjordanie) ainsi que la multiplication des protestations non-violentes contre l’occupation. Des manifestations civiles que les services de sécurité de l’État hébreu qualifient d’ailleurs d’« intifada Fayyad ».


Paradoxalement, cette démission suscite peu d’échos en Israël. « C’est un problème interne à l’Autorité palestinienne, nous ne nous en mêlons pas », a affirmé le ministre des Questions stratégiques, Youval Steinitz. Quant à son homologue de l’Environnement, Amir Peretz, il a « espéré que le changement de gouvernement palestinien n’influera pas sur la reprise des pourparlers ». A contrario, en Cisjordanie, les cadres du Fatah ne cachent pas leur joie de voir partir « l’Américain ». « Les résultats économiques de son gouvernement sont catastrophiques, il était temps qu’il s’en aille », a déclaré samedi le secrétaire du Conseil révolutionnaire du Fatah, Amin Makboul.

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