Obama en Israël - Un simple voyage de touriste?

Le voyage de quatre jours que Barack Obama entame mercredi en Israël, dans les Territoires palestiniens et en Jordanie, vise à remettre la relation israélo-américaine sur de meilleurs rails.
Photo: La Presse canadienne (photo) Susan Walsh Le voyage de quatre jours que Barack Obama entame mercredi en Israël, dans les Territoires palestiniens et en Jordanie, vise à remettre la relation israélo-américaine sur de meilleurs rails.

Le voyage de quatre jours que Barack Obama entame mercredi en Israël, dans les Territoires palestiniens et en Jordanie, vise à remettre la relation israélo-américaine sur de meilleurs rails après toute une série de malentendus, épreuves de force et crises de nerfs.


« Touriste »


Le président n’arrive pas porteur d’une « nouvelle initiative » de paix, a prévenu d’entrée la Maison-Blanche, qui s’est efforcée de réduire les attentes autant que possible à l’approche de cette visite. Le principal objectif d’Obama sera de « parler directement aux Israéliens », a souligné son conseiller Ben Rhodes. L’apogée du voyage sera un discours aux jeunes Israéliens demain, au Centre des conventions de Jérusalem, explique-t-on à Washington, dans l’espoir de faire un peu mieux apprécier Obama en Israël (il y est encore très impopulaire) et de pouvoir par la suite s’appuyer sur l’opinion publique locale pour peser sur Nétanyahou. « Le conflit israélo-palestinien n’est plus une nécessité, mais seulement un hobby pour les diplomates américains », en a déduit l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman. « Obama pourrait bien être le premier président américain à visiter Israël en touriste », poursuivait-il dans un récent éditorial bien senti.


À défaut de présenter ses propositions de paix lors de ce voyage, Obama a prévu de multiplier les étapes symboliques : en Israël, il visitera une batterie du système antimissile « Dôme de fer », il ira au Musée national admirer les manuscrits de la mer Morte, se recueillera à Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste, et aussi sur les tombes d’Yitzhak Rabin et de Theodor Herzl, le fondateur du mouvement sioniste. L’idée est d’honorer les racines historiques d’Israël pour corriger une impression malheureuse donnée par Obama qui, dans son fameux discours du Caire au monde musulman, avait semblé fonder toute la légitimité d’Israël sur l’Holocauste. La visite sur la tombe de Herzl sera pour le moins inhabituelle, comme le soulignait Martin Indyk lors d’un récent briefing au think tank Brookings. « J’espère qu’ils réussiront à la trouver », ironisait cet ancien ambassadeur américain à Tel-Aviv, avouant n’y être lui-même encore jamais allé.


Côté palestinien, Barack Obama a prévu de se rendre à la basilique de la Nativité à Bethléem - un déplacement visant aussi à adresser un geste aux chrétiens pris dans la tourmente des printemps arabes -, et de rencontrer quelques jeunes à Ramallah, de façon plus informelle, en marge de ses entretiens avec Mahmoud Abbas et le premier ministre, Salam Fayyad. En Jordanie enfin, Obama compte visiter le site de Pétra plutôt qu’un des camps où des centaines de milliers de réfugiés syriens ont afflué ces derniers mois. S’il s’en tient à ce programme, le président américain risque bien de donner une allure assez « touristique » à ce voyage.


Les sujets sérieux de discussion avec les dirigeants israéliens et palestiniens ne manqueront tout de même pas, le plus pressant restant le programme nucléaire iranien. Washington et l’État hébreu ont des « différences de nuance » sur l’Iran, rappelle Natan Sachs, un autre expert de l’institut Brookings : «Les Israéliens mettent l’accent sur la capacité nucléaire iranienne, tandis que les Américains se focalisent sur l’arme nucléaire elle-même, ce qui fait une différence importante de calendrier. »


Au cours de son interview à la télévision israélienne enregistrée la semaine dernière, Obama a estimé que Téhéran « aurait encore besoin d’à peu près un an pour développer une arme nucléaire ». Lors de son fameux discours aux Nations unies de septembre, avec feutres et croquis de l’arme iranienne, Benjamin Nétanyahou avait annoncé que l’Iran pourrait construire sa première bombe dès le printemps ou l’été 2013. Puisque l’heure est au « redémarrage » de la relation, en public du moins, Obama et « Bibi » devraient pourtant afficher lors de cette visite une même approche : donner encore quelques mois de négociation à l’Iran, tout en le menaçant de frappes militaires s’il ne saisit pas cette dernière chance.

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