Conflit syrien - Le haut commissaire aux réfugiés de l’ONU craint un embrasement régional

Manifestation de musulmans turcs vendredi à Istanbul.
Photo: Agence France-Presse (photo) Ozan Koze Manifestation de musulmans turcs vendredi à Istanbul.

Alors que la révolte la plus longue et la plus sanglante du Printemps arabe a fait plus de 70000 morts selon l’ONU, des militants ont manifesté sous le slogan « deux ans de sacrifices vers la victoire » dans la guerre contre le clan Assad au pouvoir depuis plus de 40 ans.


Le Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés, Antonio Guterres, a lancé à Beyrouth un cri d’alarme face aux risques d’embrasement de la région : « Si le conflit syrien se poursuit, il y a un réel risque d’explosion au Moyen-Orient et il sera impossible de répondre à ce défi tant sur les plans humanitaire, politique ou sécuritaire ».


Alors que Paris et Londres se sont déclarés prêts à armer les rebelles même sans le consentement de l’Union européenne, le général Selim Idriss, chef de l’Armée syrienne libre (ASL), a lancé un nouvel appel à la communauté internationale à soutenir l’insurrection.


« Nous appelons le monde libre à nous soutenir avec des armes, des munitions, et des aides humanitaires et médicales afin de mettre un terme aux tueries et construire un pays libre et démocratique pour tous les Syriens », a-t-il dit dans un message vidéo sur Internet


Le président français, François Hollande, a haussé le ton au sujet de l’embargo européen sur les armes.


« Des armes sont livrées par des pays, dont la Russie, à Bachar al-Assad et son régime. Nous devons en tirer toutes les conclusions et l’Europe doit prendre sa décision dans les prochaines semaines », a-t-il dit à l’issue du sommet européen à Bruxelles.


«Position commune»


L’UE tentera de trouver la semaine prochaine une « position commune », a annoncé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Le président du Parlement, Martin Schulz, regrette pour sa part que « des pays parlent individuellement avant les autres ».


Le conflit risque de déborder après les menaces de Damas envers le Liban voisin, le ministère syrien des Affaires étran- gères menaçant de frapper en territoire libanais les « bandes armées » passant clandestinement en Syrie.


« Les forces syriennes font preuve de retenue en ne frappant pas ces bandes à l’intérieur du territoire libanais […] mais cela ne durera pas indéfiniment », a-t-il averti dans une lettre aux Affaires étrangères libanaises.


L’armée syrienne a tiré durant le conflit sur des zones frontalières au Liban, mais c’est la première fois que la Syrie menace officiellement et publiquement de frapper son petit voisin libanais, divisé entre partisans et adversaires du régime Assad.


Dans une rare démonstration d’unité, les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU se sont dits « très inquiets » de ces « incidents frontaliers répétés », en citant des tirs meurtriers « par-dessus la frontière, des incursions, des enlèvements et un trafic d’armes ».


Damas a également accusé Amman de laisser entrer en Syrie des jihadistes et des armes.


« Nous déplorons le changement d’attitude de la Jordanie, qui laisse depuis une dizaine de jours passer par sa frontière des jihadistes et des armes croates achetées par l’Arabie saoudite », a affirmé vendredi une source de sécurité à Damas, jointe par téléphone à partir de Beyrouth.

 

Chef de gouvernement


Sur le terrain, de violents combats faisaient rage autour de quatre principales villes du pays, Damas, Homs, Alep et Idleb. Les violences ont fait vendredi 151 morts, dont 55 civils, 57 rebelles et 39 soldats à travers la Syrie, selon un bilan provisoire de l’OSDH.


Sur le plan politique, l’opposition tentera de nouveau lundi et mardi à Istanbul (Turquie) de désigner un chef de gouvernement pour les zones rebelles, un choix cependant contrarié à plusieurs reprises par des « interventions extérieures », a affirmé vendredi un de ses membres.

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