Paris, appuyé par Londres, veut livrer des armes aux rebelles syriens

Un rebelle tentait récemment de se mettre à l’abri des tireurs d’élite à Alep.
Photo: Agence France-Presse (photo) JM Lopez Un rebelle tentait récemment de se mettre à l’abri des tireurs d’élite à Alep.

C’est décidé : à la veille du second anniversaire du déclenchement de la révolution syrienne, Paris et Londres ont fait part de leur volonté de livrer des armes aux rebelles, s’il le faut en s’affranchissant de l’embargo imposé par l’Union européenne dans ce domaine, une initiative qui pourrait intervenir assez rapidement.


L’UE a assuré qu’il était « possible » de discuter « sans délai » de l’opportunité de lever cet embargo qui interdit à ses membres toute livraison d’armes.


Jusqu’à présent, nombre de membres de l’UE, comme l’Allemagne, s’opposaient à de telles livraisons, jugeant qu’elles ne feraient qu’aggraver le conflit. À l’évidence, l’argument ne tient pas puisque le manque criant d’armements des insurgés n’a pas empêché le régime d’utiliser des moyens sans cesse plus terribles contre l’insurrection et les populations civiles, comme, dernièrement, le tir des missiles Scud contre les villes.


À ce jour, Paris et Londres ne livraient que des matériels non létaux comme des gilets pare-balles ou des émetteurs radio. Désormais, ils pourraient livrer des missiles sol-air pour contrer les attaques des avions et hélicoptères de l’aviation syrienne ou des missiles antichars. Mais cela risque de ne pas être suffisant pour vaincre les forces loyalistes à court terme.

 

L’équilibre des forces


Dans son rapport annuel, publié hier, l’Institut international d’études stratégiques (IISS) de Londres estime « probable » que, « peu à peu, l’équilibre des forces penche en faveur des rebelles, étant donné l’accroissement de leurs capacités et de leurs soutiens extérieurs ».


La fourniture d’armes devrait donc accélérer cette tendance. Mais, relève aussi l’IISS, l’absence chez les rebelles d’une direction politique et militaire forte entraîne des risques accrus de combats entre factions au sein de l’insurrection. Donc, les fournitures en armes ne seront sans doute pas suffisantes pour que l’opposition armée parvienne à se constituer en une véritable armée. D’où la formation de cadres par des officiers américains, qui, selon la presse américaine, se ferait actuellement en Jordanie.


Officiellement, c’est parce que « l’horreur est à son comble » en Syrie que Paris est déterminé à aller de l’avant en livrant des armes. Mais, dans la décision française et britannique, il y a sans doute aussi l’arrière pensée de favoriser les forces de l’Armée syrienne libre en perte de vitesse face à l’émergence de formations armées djihadistes, comme le Front al-Nusra. D’où la crainte, chez nombre d’observateurs, que des missiles sol-air tombent entre les mains de ces groupes qui, dans leur agenda, pensent déjà à l’après-Assad et à la lutte pour la conquête du pouvoir.


La surenchère?


De cette décision, qui devrait rendre la guerre entre forces loyalistes et rebelles moins asymétrique, Paris et Londres espèrent qu’elle va inquiéter Bachar al-Assad et le pousser à choisir une solution politique qui inclut son départ. Les livraisons d’armes sont donc moins destinées à le renverser qu’à l’amener à la raison, Mais c’est ignorer la véritable nature du régime qui, depuis le début de la révolution, pratique systématiquement la surenchère. On peut donc s’attendre à ce qu’il soit fidèle à cette stratégie. Mais sa marge de manoeuvre est devenue limitée : il lui reste essentiellement deux divisions d’élite mécanisées, la 3e et la 4e, son aviation et les armes chimiques - le chef du renseignement militaire, le général Avi Kohavi, se dit convaincu qu’Assad « se prépare à les utiliser ».


Et il dispose de la carte iranienne et de celle du Hezbollah, dont les forces devraient intervenir de plus en plus à ses côtés. Avec le risque de transformer l’actuelle guerre civile en conflit régional. Ce qu’il est déjà pour partie.

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