Nouvelle colonie de peuplement en Cisjordanie - Bataille diplomatique contre Israël

Photo d'archive montrant des travailleurs de la construction israéliens dans la zone dite «E1», située entre la partie orientale de Jérusalem, annexée en 1967, et l’importante colonie de peuplement de Ma’ale Adoumin, à sept kilomètres de là.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sebastian Scheiner Photo d'archive montrant des travailleurs de la construction israéliens dans la zone dite «E1», située entre la partie orientale de Jérusalem, annexée en 1967, et l’importante colonie de peuplement de Ma’ale Adoumin, à sept kilomètres de là.

Cinq pays européens ont convoqué hier les ambassadeurs israéliens sur leur territoire pour protester contre le feu vert donné par l’État hébreu à la construction de 3000 nouveaux logements entre la partie orientale de Jérusalem et une colonie de peuplement existante en Cisjordanie.

S’il est mené à bien, ce projet immobilier compromettra sérieusement la continuité territoriale d’un futur État palestinien en Cisjordanie, croient ses détracteurs, qui y voient par conséquent un obstacle à la reprise de pourparlers de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne sur la base de la solution « à deux États ».


Washington a également tenté de dissuader Israël de construire cette nouvelle colonie de peuplement. Les États-Unis ont sommé le gouvernement israélien de Benjamin Nétanyahou « de réexaminer ces décisions unilatérales et de faire preuve de retenue, car ces actes sont contre-productifs et rendent plus difficile la reprise de négociations entre Israël et les Palestiniens », a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney.


« Les États-Unis s’opposent à tous les gestes unilatéraux, y compris à l’activité de colonisation en Cisjordanie et à la construction domiciliaire à Jérusalem-Est, parce qu’elles nuisent aux efforts visant à relancer les négociations bilatérales directes », a fait savoir un porte-parole du département d’État américain.


Jeudi dernier, l’Assemblée générale des Nations unies a voté pour donner à la Palestine un statut d’« État observateur non membre ». Dès le lendemain, le gouvernement israélien a répliqué en annonçant des plans visant à bâtir 3000 logements, principalement dans la zone dite « E1 » située entre la partie orientale de Jérusalem, annexée en 1967, et l’importante colonie de peuplement de Ma’ale Adoumin, à sept kilomètres de là. Un porte-parole du ministère israélien de l’Intérieur a également évoqué hier la possible relance d’un autre projet immobilier, de 1600 logements à Jérusalem-Est, qui avait été gelé en mars 2010 après avoir provoqué une grave crise diplomatique entre Israël et les États-Unis. Israël a par ailleurs décidé dimanche de retenir le versement aux Palestiniens de taxes d’une valeur de 100 millions perçues en leur nom.


Le geste des cinq pays européens (France, Grande-Bretagne, Suède, Danemark et Espagne) de même que les critiques formulées notamment par les États-Unis, la Russie et l’Allemagne ne semblent pas avoir ébranlé le gouvernement conservateur de Benjamin Nétanyahou, qui doit affronter l’électorat le 22 janvier prochain. En effet, le bureau du premier ministre israélien a diffusé hier un communiqué annonçant qu’« Israël continuera de défendre ses intérêts essentiels même devant les pressions internationales, et [que] la décision qui a été prise ne sera pas changée. » « Nous allons construire à Jérusalem et à tout endroit figurant sur la carte des intérêts stratégiques d’Israël », a également déclaré M. Nétanyahou.


Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a averti que le nouveau projet israélien de colonie de peuplement « risque d’être fatal à la solution à deux États ». « Les colonies de peuplement sont illégales en vertu du droit international. Si la colonie de peuplement E1 venait à être construite, cela représenterait un coup presque fatal aux dernières chances d’aboutir à une solution à deux États », affirme dans son communiqué le patron de l’ONU. Ban Ki-moon a réitéré « son appel à toutes les parties concernées, les engageant à reprendre les négociations ».


Le Foreign Office britannique a menacé Israël d’une « réaction forte » si son projet immobilier en Cisjordanie allait de l’avant.


« Nous voulons qu’il puisse y avoir une reprise des négociations, et le plus tôt sera le mieux », a déclaré de son côté le président français, François Hollande, ajoutant que les mesures qui ont été annoncées sont « contraires au dialogue » entre Israéliens et Palestiniens. Au sujet de la convocation de l’ambassadeur israélien, il a cependant assuré ne pas vouloir entrer dans une « logique […] qui serait celle de sanctions. » Ni Londres ni Paris n’envisagent pour l’heure de rappeler leurs ambassadeurs à Tel-Aviv.


Pour le gouvernement israélien, le geste unilatéral fait par l’Autorité palestinienne à l’Assemblée générale des Nations unies contrevient à ses engagements à négocier avec l’État juif les paramètres du nouvel État à naître. Pour l’Autorité palestinienne, c’est la poursuite de la colonisation juive en territoire occupé qui rend impossibles les négociations entre Israël et les Palestiniens. Celles-ci sont rompues depuis 2010.


« Le gouvernement [israélien] continue d’avancer ses pions autant qu’il peut. Il fait tout son possible pour éviter une solution à deux États », a commenté hier Hagit Ofran, spécialiste des colonies au sein du mouvement israélien La Paix maintenant. La section américaine de cette ONG a pour sa part appelé le président Barack Obama à « intervenir personnellement » auprès du premier ministre Nétanyahou pour qu’il revienne sur sa décision concernant les constructions en Cisjordanie.

 

Avec l’Agence France-Presse et l'Associated Press

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