De retour de l’ONU - Abbas: «Maintenant, nous avons un État»

« Le monde l’a dit haut et fort : oui à l’État de Palestine, oui à la liberté de la Palestine, oui à l’indépendance de la Palestine », a lancé Mahmoud Abbas devant une foule de partisans réunis dimanche à la Mouqataa le complexe de la présidence palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie.
Photo: Nasser Shiyoukhi - Associated Press « Le monde l’a dit haut et fort : oui à l’État de Palestine, oui à la liberté de la Palestine, oui à l’indépendance de la Palestine », a lancé Mahmoud Abbas devant une foule de partisans réunis dimanche à la Mouqataa le complexe de la présidence palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie.

Ramallah — Le président palestinien Mahmoud Abbas, auréolé de sa victoire diplomatique à New York, a affirmé dimanche à Ramallah que les Palestiniens, « maintenant, ont un État » à son retour de l’ONU où le statut d’État observateur a été octroyé à la Palestine.

« La Palestine a obtenu un succès historique aux Nations unies », s’est félicité M. Abbas à Ramallah, en s’engageant à relancer la réconciliation interpalestinienne dans les jours à venir.


« Le monde l’a dit haut et fort : oui à l’État de Palestine, oui à la liberté de la Palestine, oui à l’indépendance de la Palestine. Non à l’agression [israélienne] non aux colonies, non à l’occupation », a lancé M. Abbas devant une foule de partisans réunis à la Mouqataa, le complexe de la présidence palestinienne à Ramallah.


De fait, le nouveau statut d’État observateur non-membre de la Palestine ne lui confère pas le statut d’État à part entière, mais donne accès aux Palestiniens à des agences de l’ONU et à des traités internationaux.


M. Abbas a dédié le rehaussement du statut de la Palestine - voté par plus des deux tiers des pays représentés à l’ONU - au défunt chef historique Yasser Arafat, inhumé à la Mouqataa.


Plusieurs milliers de Palestiniens avaient fait le déplacement dimanche à Ramallah, le siège de l’Autorité palestinienne, qui porteur d’un drapeau national, qui d’un portrait de M. Abbas, trois jours après le vote historique à New York.


« Je suis venu saluer le président Abbas. Il a fait de nous un État reconnu [par les Nations unies], même si nous ne sommes pas encore membre à part entière », s’est réjoui Ossama Abou Hiyja, 27 ans, venu de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie.


Réconciliation interpalestinienne


M. Abbas a promis à la foule que sa « tâche prioritaire » dans les prochains jours serait d’« examiner les mesures nécessaires pour parvenir à la réconciliation » interpalestinienne.


Les responsables palestiniens estiment que le nouveau statut de la Palestine à l’ONU est un encouragement à une réconciliation entre le parti nationaliste Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas islamiste au pouvoir à Gaza, sans laquelle ce succès n’a aucune chance de déboucher sur un État à part entière.


À Gaza, le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, a affirmé que le mouvement islamiste « était intéressé à parvenir à la réconciliation palestinienne ». Un autre responsable du Hamas a appelé à « des réunions urgentes » pour aboutir à la réconciliation.


Le président palestinien a par ailleurs réaffirmé que « Jérusalem est, à jamais, la capitale de l’État de Palestine », en écho aux déclarations répétées du premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, selon lesquelles « Jérusalem est la capitale indivisible et éternelle d’Israël ».


M. Abbas n’a pas directement abordé les mesures de rétorsion annoncées par Israël à la suite de sa démarche à l’ONU.

 

Transfert bloqué


Dimanche, le ministre israélien des Finances Youval Steinitz a annoncé qu’il bloquait temporairement le transfert de 460 millions de shekels (environ 118 millions de dollars) de taxes collectées par Israël qui devaient être transférés au début de ce mois à l’Autorité palestinienne.


« Nous avons dit dès le début que le rehaussement du statut de la Palestine à l’ONU ne se produirait pas sans réaction de la part d’Israël », a rappelé M. Steinitz, dans des propos rapportés par la radio publique.

 

« Je n’ai pas l’intention de transférer les taxes dues à l’Autorité palestinienne ce mois-ci. Elles seront utilisées pour rembourser les dettes de l’Autorité palestinienne à la compagnie nationale d’électricité israélienne », a-t-il ajouté.


Interrogée par l’AFP, la porte-parole du gouvernement palestinien, Nour Odeh, a qualifié la décision israélienne d’« illégale », en soulignant qu’il s’agissait d’« argent palestinien dont personne n’[avait] le droit de disposer sinon l’Autorité palestinienne ».


En ouvrant le conseil des ministres, le chef du gouvernement Benjamin Nétanyahou a confirmé le projet de construire 3000 logements supplémentaires en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est annexée, en représailles à la démarche palestinienne à l’ONU.


« La réponse à l’attaque contre le sionisme et contre l’État d’Israël doit nous conduire à augmenter et à accélérer la mise en oeuvre des plans de construction dans toutes les zones où le gouvernement a décidé de bâtir », a affirmé M. Nétanyahou.


Les constructions prévues concernent notamment la zone E1, particulièrement controversée, entre Jérusalem et la colonie de Maalé Adoumim, où Israël s’était engagé auprès des Etats-Unis à ne pas bâtir. Le projet de rattachement de Maalé Adoumim aux quartiers de colonisation de Jérusalem-Est coupe la Cisjordanie en deux et compromet en effet la viabilité d’un futur Etat palestinien.


L’annonce des constructions, en particulier dans la zone E1, a suscité une vague de critiques dans la presse israélienne dimanche.


Même le quotidien Maariv, marqué à droite, a pris ses distances avec la décision gouvernementale.


L’annonce de ces nouvelles constructions a aussi été vivement condamnée par la communauté internationale, y compris par les États-Unis, alliés stratégiques d’Israël. Les médias israéliens y voyaient dimanche une « gifle » à l’égard de Washington.

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