Israël veut intensifier la colonisation

Des ouvriers palestiniens travaillant sur un complexe d’habitation dans une colonie israélienne à Jérusalem-Est
Photo: Agence France-Presse (photo) Ahmad Gharabli Des ouvriers palestiniens travaillant sur un complexe d’habitation dans une colonie israélienne à Jérusalem-Est

Le gouvernement israélien a autorisé la construction de 3000 nouveaux logements dans ses colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, a confirmé vendredi un responsable israélien.


Cette annonce survient au lendemain du vote à l’Assemblée générale des Nations unies, qui accorde à la Palestine le statut d’État observateur non-membre, un vote salué par des scènes de liesse dans les Territoires palestiniens, mais critiqué par Israël et les États-Unis.


C’est un haut responsable israélien qui, sous le couvert de l’anonymat, a confirmé l’information à l’AFP. « C’est exact. À Jérusalem et en Cisjordanie », a-t-il déclaré, interrogé sur la véracité d’un twitt du correspondant diplomatique du quotidien israélien Haaretz.


« Selon un responsable politique, (le premier ministre Benjamin) Nétanyahou a décidé de construire 3000 nouveaux logements à Jérusalem-Est et dans des colonies de Cisjordanie en réponse à la démarche palestinienne à l’ONU », avait écrit Barak Ravid en hébreu sur son compte twitter @BarakRavid.


M. Ravid affirme que certains des nouveaux logements devraient être construits dans la zone très controversée dite « E1 » qui relie Jérusalem-Est à la colonie Maalé Adoumim, en Cisjordanie.


« Malgré les gages qu’il a donnés au président (américain Barack) Obama, le premier ministre Nétanyahou a donné l’ordre de continuer les constructions dans la zone E1 entre Maalé Adoumim et Jérusalem, ce qui va isoler la partie nord de la Cisjordanie de sa région méridionale », souligne M. Ravid.


Israël entend par ce projet créer une continuité territoriale entre Maalé Adoumim (35 000 habitants) et des quartiers de colonisation de Jérusalem-Est, occupée et annexée depuis 1967, dont cette implantation urbaine est distante d’une dizaine de kilomètres.


Il a été vivement dénoncé par les Palestiniens, dans la mesure où il coupe pratiquement en deux la Cisjordanie, compromettant la viabilité d’un État palestinien.


En amont de la démarche palestinienne à l’ONU jeudi soir, Israël avait d’ailleurs brandi la menace de représailles contre les Palestiniens.


Abbas veut la reprise des négociations


Alors qu’Israël confirmait son intention de poursuivre la colonisation, le président palestinien Mahmoud Abbas, de passage à New York, en appelait à une reprise des négociations. « J’ai dit mille fois que nous voulons reprendre les négociations et nous sommes prêts à le faire », a-t-il déclaré vendredi à des journalistes à New York, où il s’était rendu pour la réunion de l’ONU. « Nous ne posons pas de condition mais il n’existe pas moins de 15 résolutions de l’ONU qui considèrent la colonisation comme illégale et comme un obstacle à la paix qu’il faut éliminer. Pourquoi ils [les Israéliens] n’arrêtent pas la colonisation ? », a-t-il ajouté. « Nous voulons résoudre tous les dossiers : les frontières […], les réfugiés, Jérusalem, la colonisation, l’eau, la sécurité ».


« Nous sommes prêts à tout cela mais se pose la question suivante : est-ce que les voisins israéliens sont prêts ? La balle est dans leur camp et dans celui des Américains, mais ils vont prétexter les élections » israéliennes du 22 janvier pour éviter la discussion, a estimé M. Abbas.


S’adressant au peuple israélien et à ses dirigeants, le président de l’Autorité palestinienne les a exhortés à s’asseoir à la table des négociations, gelées depuis près de deux ans.


« Notre avenir est un. Négocions afin que vous fassiez enfin partie [intégrante] de la région, et que vous ne soyez plus isolés. Vous avez une chance pour que 57 pays musulmans vous reconnaissent et que vous puissiez entretenir avec eux des relations normales », a-t-il indiqué.


Une annonce mal reçue


La Maison-Blanche a condamné l’annonce, estimant que cela était « contre-productif » et risquait de rendre la reprise des négociations de paix plus difficile.


« Nous pensons que ces actions sont contre-productives et rendent plus difficile la reprise des négociations directes ou la possibilité de parvenir à une solution à deux États », a indiqué le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, Tommy Vietor.


« Les négociations directes restent notre objectif et nous encourageons toutes les parties à prendre les mesures pour y parvenir », a ajouté M. Vietor.


Un membre du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hanane Achraoui, a dénoncé cette annonce, jugeant qu’elle n’était « qu’une partie d’un plan de colonisation global ».

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