Le différend russo-américain resurgit sur fond de violences en Syrie

Russes et Américains ont étalé de nouveau au grand jour dimanche leurs divergences sur la guerre en Syrie, le jour même où le médiateur international Lakhdar Brahimi était attendu au Caire pour sa première mission depuis son entrée en fonction.

Sur le terrain, les forces du régime de Bachar al-Assad, appuyées par des chars, bombardaient sur plusieurs fronts les localités où sont retranchés les rebelles qui continuent d’opposer une forte résistance malgré des revers, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).


La dispute entre la Russie, allié de poids de Damas, et les États-Unis, qui réclament le départ de M. Assad, survient alors que M. Brahimi a jugé « indispensable » le soutien de la communauté internationale pour trouver une solution à la crise qui entre le 15 septembre dans son 19e mois.


Le médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe, qui a pris officiellement ses fonctions le 1er septembre, était attendu dimanche soir au Caire mais n’entamera ses entretiens que lundi matin avec le chef de la Ligue arabe Nabil al-Arabi, selon une source à l’organisation.


Il prévoit de se rendre aussi à Damas après que « les derniers détails de cette visite auront été finalisés », selon son porte-parole. M. Brahimi a remplacé Kofi Annan qui a démissionné le 2 août en admettant l’échec de ses efforts et en l’attribuant à un manque de soutien des grandes puissances.


Il s’est également entretenu au téléphone avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, et envisage de se rendre à Téhéran, allié clé de Damas dans la région, après son déplacement en Syrie, selon l’adjoint du ministre iranien.


Les divergences russo-américaines bloquent les efforts internationaux pour un règlement du conflit, déclenché en mars 2011 par un mouvement de contestation pacifique qui s’est militarisé face à la répression menée par le régime décidé à en finir avec une rébellion qu’il assimile à du « terrorisme ».


La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a jugé insuffisante une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU préconisée par Moscou qui veut pousser cette instance à adopter un accord conclu en juin à Genève sur une transition politique en Syrie mais qui n’appelle pas au départ de M. Assad.


Mme Clinton a ajouté que si les différends persistent avec Moscou, les États-Unis « oeuvreront avec des États partageant le même point de vue pour soutenir l’opposition syrienne afin de hâter le jour où Assad tombera […] ».


Les alliés européens des États-Unis ont de leur côté évoqué samedi de nouvelles sanctions contre Damas.


Pendant ce temps, les combats entre soldats et rebelles et les bombardements des troupes faisaient rage à Alep (nord), Deraa (sud), Idleb (nord-ouest), Deir Ezzor (est) et dans la province de Damas, selon des militants.


À Alep, des tirs sporadiques, à l’arme légère et à l’artillerie, étaient entendus par des journalistes de l’AFP dans plusieurs quartiers et les survols persistants de jets de combats vident les rues.


Deux immeubles civils d’habitation ont été entièrement détruits par un bombardement aérien samedi après-midi dans le quartier de l’hôpital Al Shifa, en zone rebelle et selon les registres de l’hôpital, occupé en partie par des combattants de l’ASL, ces frappes ont fait 22 morts, tous civils.


Samedi, l’armée appuyée par des chars et des hélicoptères, avait repoussé après 20 heures de combats une attaque des rebelles contre une caserne - et son importante armurerie - dans le secteur de Hanano à Alep, où ils cherchaient à mettre la main sur des armes.


Mais selon des témoins sur place, la caserne n’est pas entièrement contrôlée par l’armée.


Les violences ont fait 54 morts à travers le pays, en majorité des civils, selon un bilan provisoire de l’OSDH.


 
3 commentaires
  • André Lemay - Inscrit 10 septembre 2012 08 h 10

    Une question, non, une requête

    Pourquoi, ne nous expliquez-vous pas qui est cette agence (OSDH) que vous citez souvent.
    Qui la compose, où est-elle basée, qui la finance.
    Enfin tous ces renseignements qui sont utile pour nous, afin de mieux savoir qui parle et au nom de qui ou quoi.

    • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 10 septembre 2012 18 h 08

      Au cas où on ne te répondrait pas (et si Le Devoir a bien la gentillesse de permettre à mon commentaire d'être lu):

      L'OSDH jouit d'une réputation assez enviable auprès de la presse occidentale. M. Rami Abdel Rahmane, basé à Londres, affirme avoir fondé l'organisme en 2006 "...parce que je voulais faire quelque chose pour mon pays." Il fournit, par le biais des agences de presse Reuters, Associated Press (AP) et l'AFP, les bilans des affrontements et les récits de l'opposition armée.

      Comment, aidé d'un simple secrétaire, peut-il obtenir et vérifier quasiment en temps réel les chiffres (morts et blessés) des affrontements militaires aux quatre coins du pays? "Mais j'ai deux cents correspondants bénévoles en Syrie, en Egypte, en Turquie et au Liban."

  • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 10 septembre 2012 19 h 22

    OSDH, Source Infaillible?

    Syrie, champ de bataille médiatique (Le Monde diplomatique)

    Le rédacteur en chef de l'antenne de Nicosie, à Chypre, où sont centralisées les dépêches sur le Proche-Orient, reconnaît néanmoins que "nos journalistes n'ont pratiquement aucun contact avec les correspondants de cette organisation sur le terrain". À l'AFP, certains ne cachent pas leur malaise: "Nous savons parfaitement que l'OSDH n'est pas fiable", déplore un grand reporter du service international. "Mais nous continuons quand même à diffuser ses chiffres." Quand on interroge la direction, sa réponse est toujours la même: "Vous avez probablement raison, mais les autres agences font la même chose. Et notre secteur est très concurrentiel."

    Fin Juillet, Amnesty International dénombrait douze mille tués, contre dix-neuf mille pour l'OSDH. La rigueur dont prétend faire preuve l'organisation non gouvernementale contraste avec les chiffres avancés par M. Abdel Rahmane. Surtout, elle n'est pas compatible avec la dictature de l'instantané qui conditionne l'économie médiatique, et en particulier ses réseaux numériques.