Syrie - Kofi Annan démissionne

Nations unies – Après des mois d'efforts infructueux pour tenter de faire cesser les violences en Syrie, Kofi Annan renonce. Il a annoncé jeudi sa démission du poste d'émissaire spécial des Nations unies et de la Ligue arabe en Syrie, qu'il occupait depuis le mois de février. La décision sera effective à partir du 31 août.

Lors d'une conférence de presse à Genève, Kofi Annan a expliqué qu'au moment où il avait accepté la mission, la communauté internationale, menée par le Conseil de sécurité de l'ONU, semblait pouvoir contribuer à mettre fin aux violences en Syrie.
Mais l'ancien secrétaire général de l'ONU a expliqué aux journalistes qu'il ne pouvait poursuivre sa mission sans l'appui du Conseil de sécurité, toujours divisé sur le dossier syrien.
 
«Alors que le peuple syrien a désespérément besoin d'actes, les disputes continuent au Conseil de sécurité», a déploré M. Annan devant les journalistes. «Il est impossible pour moi ou pour n'importe qui de contraindre le gouvernement syrien et l'opposition à faire les pas nécessaires à la mise en place d'un processus politique.»
 
«En tant qu'émissaire, je ne peux vouloir la paix plus que les protagonistes, plus que le Conseil de sécurité ou plus que la communauté internationale», a ajouté Kofi Annan.
 
Partagés

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU sont partagés entre les États-Unis, le Royaume-Uni et la France d'un côté, qui réclament le départ du président syrien Bachar el-Assad, et de l'autre la Chine et la Russie, qui ont opposé leur veto à tout projet de résolution imposant des sanctions au régime syrien.
 
L'émissaire spécial des Nations unies et de la Ligue arabe avait élaboré un plan de paix incluant un cessez-le-feu qui était censé entrer en vigueur à la mi-avril. Mais les violences ont repris de plus belle, malgré l'envoi d'une mission d'observateurs de l'ONU, et le plan n'a jamais été mis en oeuvre.
À la recherche d'un successeur
 
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a fait savoir qu'il discutait avec la Ligue arabe pour trouver un potentiel successeur à M. Annan.
«Le monde est plein de personnes dingues comme moi, donc ne soyez pas surpris si quelqu'un décide d'endosser le rôle», a commenté M. Annan.
 
Sur le terrain, les insurgés ont bombardé jeudi une base aérienne de l'armée à Alep grâce à un char pris aux forces gouvernementales. Près de la capitale, les troupes de Bachar el-Assad ont lancé de nouveaux assauts contre les combattants de l'opposition, faisant plusieurs dizaines de morts, selon des militants syriens.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a rapporté qu'un char des rebelles avait bombardé la base militaire de Menagh, près d'Alep, première indication concrète que les rebelles possèdent des armes lourdes.
 
En début d'après-midi, des coups de feu et des bombardements ont été signalés autour du quartier rebelle de Salaheddine, selon un résidant d'Alep, Abu Adel.
Des résidants d'Alep ont par ailleurs indiqué que les téléphones portables et Internet fonctionnaient à peine dans la nuit de mercredi à jeudi, ce qui laisse craindre l'imminence d'une offensive des forces gouvernementales.
 
Bombardements

Des explosions intenses ont par ailleurs retenti jeudi près d'Azaz, ville rebelle située près de la frontière turque, à une cinquantaine de kilomètres d'Alep.
Sept personnes, principalement des femmes et des enfants, ont en outre été tuées jeudi matin dans le bombardement du village d'Abiyeen, près d'Alep, selon l'OSDH.
Dans la capitale, l'agence officielle SANA rapporte que l'armée syrienne a mené mercredi soir des opérations "contre les terroristes" dans les fiefs rebelles de Yalda et Jdaidat Artouz, tous deux situés au sud de Damas, où l'armée affirme avoir tué plusieurs insurgés.
 
Depuis le début du conflit en Syrie il y a 17 mois, au moins 19 000 personnes ont été tuées, selon le bilan des militants.