L'armée américaine éclaboussée par des photos-chocs de soldats en Afghanistan

Los Angeles — Le Los Angeles Times a publié hier des photos de soldats américains posant au côté de cadavres d'insurgés afghans, dont certains démembrés, le Pentagone assurant qu'une enquête était en cours pour faire la lumière sur ces actes «inhumains».

Une photo montrant deux soldats américains en uniforme, dont un souriant au premier plan, près d'un corps, était hier en une du site Internet du Los Angeles Times, un des principaux titres de la presse américaine. Cette photo «est l'une des 18 fournies au Times montrant des soldats américains posant avec des cadavres», explique le journal, qui affirme avoir reçu les photos d'un «soldat américain» qui souhaitait «attirer l'attention sur les problèmes de «discipline» et de «commandement». Sollicité par l'AFP, le Los Angeles Times a dit ne pas être en mesure d'autoriser la diffusion de ces photos.

«Ces images ne représentent en rien les valeurs ou le professionnalisme de la vaste majorité des troupes américaines qui servent aujourd'hui en Afghanistan», a déploré dans un communiqué le secrétaire à la Défense américain, Leon Panetta. «Une enquête qui pourrait déboucher sur des poursuites disciplinaires est en cours», a-t-il ajouté depuis Bruxelles où il participait à une réunion de l'OTAN. Les soldats impliqués dans «cette conduite inhumaine» devront en répondre devant la justice militaire, a-t-il ajouté.

Selon le Los Angeles Times, des soldats de la 82e division aéroportée américaine se sont photographiés avec des restes de kamikazes afghans dans la province de Zaboul en 2010. En février 2010, des soldats dépêchés pour tenter de prendre l'empreinte rétinienne d'un insurgé qui s'était fait exploser se sont pris en photo alors que certains soulevaient les jambes déchiquetées. Cette photo, également publiée sur le site Internet du journal, montre des soldats arborer les restes humains comme un trophée.

Cet incident «constitue une grave erreur de jugement de la part de plusieurs soldats», a réagi la force internationale de l'OTAN (ISAF). «L'ISAF dispose de règles strictes quant à la gestion des corps des ennemis et exige qu'ils soient traités le plus humainement possible.»

Cette affaire intervient à un moment délicat pour les forces de la coalition après l'épisode des exemplaires du coran incinérés sur la base de Bagram qui avait conduit à plusieurs jours de manifestations violentes dans le pays, et l'équipée meurtrière du sergent américain Robert Bales, accusé d'avoir assassiné 17 villageois.

Dans sa réaction, le chef du Pentagone s'est dit «déçu» par la publication des photographies malgré les demandes du Pentagone. «Le danger est que ces images soient utilisées par l'ennemi pour provoquer des violences», a-t-il expliqué, précisant que mesures avaient été prises pour se protéger en cas d'incidents.

Le Los Angeles Times a de son côté mis en avant le devoir d'informer et de rendre compte «avec impartialité de tous les aspects de la mission américaine en Afghanistan», a expliqué Davan Maharaj, le directeur de publication du journal.