À une semaine du sommet de la Ligue arabe - Une série d'attaques endeuille l'Irak

Des policiers irakiens de Hilla se sont rendus sur les lieux de l’explosion d’une voiture, hier.<br />
Photo: Agence Reuters Des policiers irakiens de Hilla se sont rendus sur les lieux de l’explosion d’une voiture, hier.

La tragédie en Syrie a fait sinon oublier l'Irak, du moins passer au second plan la dramatique situation que connaît ce pays, en particulier depuis le départ fin décembre des dernières troupes américaines. Hier, jour du 9e anniversaire de l'invasion américaine, c'est plus d'une douzaine de villes qui ont été affectées par des attentats ou fusillades. Le bilan est accablant pour un pays qui est supposé avoir retrouvé la paix: une cinquantaine de morts et plus de 200 blessés. Les attaques les plus meurtrières se sont produites dans la ville sainte chiite de Kerbala (110 km au sud de Bagdad) et à Kirkouk (nord), avec 13 morts chacune. Deux voitures piégées ont également explosé à Bagdad, dont l'une dans un stationnement proche du ministère des Affaires étrangères, qui a fait au moins trois morts. L'autre voiture piégée, conduite par un kamikaze, a explosé dans le centre-ville, faisant quatre morts. Trois policiers ont par ailleurs été tués par des inconnus munis d'armes à silencieux devant l'église orthodoxe Saint-Thomas dans l'ouest de Bagdad.

D'autres attentats ayant frappé Hilla, Ramadi et la province de Salaheddine, c'est quasiment tout l'Irak qui a été frappé par cette série d'attaques. Celles-ci ont été minutieusement coordonnées et visent aussi bien des régions chiites que sunnites et, une fois encore, la minorité chrétienne de Bagdad. En fait, le bilan aurait dû être encore plus accablant: selon la télévision al-Jazira, six voitures piégées prêtes à exploser ont été découvertes par la police de la capitale. Pour le gouvernement de Nouri al-Maleki, ces attentats surviennent au plus mauvais moment: l'Irak va accueillir dans une semaine le sommet de la Ligue arabe et en prendre la tête.

Un grand fiasco

Cette vague de violences ne peut plus être justifiée par la présence militaire américaine. En tout cas, c'est un grand fiasco pour les services de sécurité, surtout au regard de leurs effectifs considérables. Par ailleurs, ces attentats rappellent ceux de l'été 2009. À cette époque, des explosions avaient secoué les mêmes villes, faisant fin juin une centaine de morts en trois jours. En août, même scénario, en particulier le «mercredi noir» (le 19 août) où deux camions piégés avaient explosé en plein centre de la capitale, faisant cette fois une centaine de morts. La double explosion s'était produite non loin des bureaux du premier ministre. L'attentat était survenu au lendemain d'une visite du premier ministre à Damas où il avait demandé au régime syrien de lui remettre baasistes et jihadistes réfugiés sur le sol syrien. Ce qui rendait alors la piste syrienne crédible, c'est que les violences survenaient peu après des déclarations de Nouri al-Maliki demandant au Tribunal spécial sur le Liban d'inculper les dirigeants syriens dans l'attentat qui avait coûté en février 2005 la vie à l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri.

Peut-on à nouveau soupçonner la Syrie dans les attaques terroristes d'hier? À première vue, non. Car, sous la pression notamment de Téhéran, Al-Maliki s'est rapproché de Bachar al-Assad. D'ailleurs, le ministère syrien des Affaires étrangères a dénoncé les attentats coordonnés dans plusieurs villes d'Irak, y voyant la même «main meurtrière» que derrière les récents attentats à Damas et à Alep. «Mais, souligne le politologue Khattar Abou Diab, professeur à Paris-3, il est peu probable qu'une vague de violence à ce point orchestrée et préparée soit le seul fait des ennemis de l'actuel pouvoir chiite irakien, en particulier al-Qaïda en Mésopotamie ou les réseaux d'anciens officiers baasistes. Sans doute existe-t-il une, puissance étrangère qui oeuvre dans la coulisse». Il pourrait s'agir de l'Arabie Saoudite dans le cadre de la guerre sunnite-chiite qui fait rage actuellement dans tout le Moyen-Orient. «Logiquement, Riyad n'a pas intérêt à ce qu'il y ait d'autres déflagrations qui contamineraient toute la région. Si elle exporte des djihadistes, une façon de s'en débarrasser, sa priorité semble clairement être aujourd'hui le théâtre syrien», ajoute le même chercheur.

Retour dès lors à la piste syrienne et à l'hypothèse que c'est le sommet arabe qui est visé par ces attentats. D'une part, parce que Damas a tout intérêt à ce que ce sommet ne tienne pas: non seulement le régime baasiste n'y est pas invité — il a été suspendu — mais il y sera à nouveau condamné. De plus, si la crise se développe en Irak, le régime syrien aura beau jeu de plaider que c'est toute la région qui est victime d'une déstabilisation des groupes radicaux islamistes.
2 commentaires
  • Daniaile F - Inscrite 21 mars 2012 09 h 39

    Des milliard$

    L invasion, l Occupation américaine a laquelle nous n avons pas (heureusement pour nous )participée...parce que Chrétien et Bush n étaient pas en accord sur ce point est terminée mais la buscherie continue. En Afghanistan, un pays dont on ignorait a peu pres tout avant 2002( jusqu a ce que 4 soldats canadiens soient victimes d un tir ami) nous avons payé et payeront pendant des décennies des milliard$ pour que l Empire Britannique continue sa domination mondiale. Londres aura bientot ses Olympic Hunger Games (la ou un enfant sur 2 ne mange pas a sa faim!)!! Panem et Circenses.

  • Yvon Bureau - Abonné 21 mars 2012 13 h 20

    Pendant ce temps, aux USA

    GW Bush se la coule douce.

    Honte. Tristesse. Colère.

    Que la vie est injuste ! Malheureusement, il y a des mythes religieux qui le consolent.