Une intervention est-elle justifiée, ou pertinente?

Plusieurs voix s'élèvent en faveur d'une intervention étrangère, de préférence militaire, en Syrie. Bassam Haddad, qui enseigne à la George Mason University, à Washington, refuse de joindre la sienne à ce concert.

« Je m'oppose à toute intervention internationale, surtout si elle devait être dirigée par l'OTAN, qui a toujours eu, au cours des quatre ou cinq dernières décennies, des politiques horribles ne correspondant pas aux intérêts des populations de la région», affirme en entrevue M. Haddad, qui dirige le programme d'études sur le Moyen-Orient de son université.

La Ligue arabe ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. «Elle est elle-même composée de dictatures ou de régimes autoritaires et elle a approuvé l'écrasement dans le sang de la révolution au Bahreïn», fait-il remarquer.

Combien de temps le régime al-Assad se maintiendra-t-il? «Je n'en ai aucune idée, mais il est clair qu'il est en train de s'affaiblir, alors que l'opposition se renforce en nombre, en coordination et en efficacité, répond l'Américain d'origine libanaise. Le temps ne joue pas en faveur du régime, surtout s'il veut restaurer un semblant de normalité.»

Le soulèvement en Syrie «résulte de plusieurs décennies de répression et de la polarisation croissante de la société syrienne depuis que l'État a lentement abandonné le filet de sécurité sociale, et non d'une quelconque conspiration venant de l'extérieur», croit Bassam Haddad.

Selon lui, la communauté internationale devrait commencer par «mettre fin à son appui aux autres dictatures de la région avant de s'occuper de la Syrie, si elle veut jouir d'un minimum de crédibilité».

M. Haddad dit se méfier de notions telles que les «corridors humanitaires» et les «zones d'exclusion aérienne», dans lesquelles il voit «des messages codés pour préparer l'opinion à une intervention militaire comme en Libye». Il se dit toutefois favorable à des livraisons de vivres et de médicaments par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge.

«Le régime peut survivre assez longtemps, avec ses réserves, mais des fissures ont commencé à apparaître: inflation, salaires de fonctionnaires impayés, marché noir. Les problèmes économiques commencent à devenir des problèmes sociaux et des problèmes de sécurité qui affectent la vie des gens et fragilisent le régime. Cela peut mener à des divisions au sein de ce dernier, si le soulèvement se poursuit», croit Bassan Haddad, qui a récemment publié un essai intitulé Business Networks in Syria: The Political Economy of Authoritarian Resilience.

Intervention extérieure ou pas, M. Haddad ne croit cependant pas que le régime va s'effondrer rapidement ou jeter la serviette, car il n'a rien à perdre. «ll a beaucoup plus de cohésion interne que les régimes tunisien, égyptien et libyen. Il y a peu de chances que les fractures atteignent les plus hauts échelons du pouvoir. Et même si Assad partait, rien ne changerait parce que c'est tout le régime qui a été impliqué dans les atrocités.»
4 commentaires
  • racso - Inscrit 17 mars 2012 03 h 39

    L'intervention est déjà à l'oeuvre

    'Ces groupes terroristes s'employaient avant toute séance du Conseil de Sécurité ou du Conseil des droits de l'Homme qui se tenait pour discuter de la situation au Moyen-Orient, notamment en Syrie, à commettre tels carnages et d'en accuser le gouvernement syrien afin de s'en servir comme matière médiatique pour nuire à la Syrie'', indique le ministère des affaires étrangères dans deux messages identiques adressés au président du Conseil de sécurité, au secrétaire général des Nations Unies et aux deux présidents du Conseil des droits de l'Homme et de la haute commission des droits de l'Homme sur les crimes commis récemment à Homs et dans d'autre gouvernorats syriens.

    ''Les terroristes ont abattu et tué ces citoyens innocents pour les filmer et envoyer les films aux chaînes satellitaires impliquées dans la tromperie et l'attisement de la tension, la déformation des faits et le soutien du terrorisme, contrairement aux valeurs de l'information objective'', souligne le ministère dans ces deux messages, faisant savoir que les autorités concernés ont arrêté nombre de ces terroristes qui avaient perpétré le crime, "ils l'avait avoué", ajoutant que les renseignements fournis par les familles et des proches des victimes, affirment que ceux-ci, des jeunes, des enfants et des femmes enlevés et tués par les groupes terroristes, étaient de ceux qui s'étaient opposés aux actes des groupes terroristes et qui avaient refusé de se soumettre à leurs plans, et plus précisément, ceux dont les terroristes classaient comme soutenant l'Eta

  • josephflavius - Inscrit 17 mars 2012 08 h 59

    Enfin une bonne parole!

    Un Etatsunien qui parle avec sa tête,je ne sais pas où ils ont été le pêcher, mais ça fait du bien à lire. Il devrait également mentionner que OTAN = USA ce qui éclairerait mieux le citoyen sur ce qui ce passe au Moyen-Orient.

    Pour aussi désagréable qu'il soit le gouvernement Hassad est légitime et surtout ce n'est pas celui de son père.

    Quand à la supposée opposition elle est extérieure et armée par l'extérieure. Le programme actuel de ces gens consiste à assasiner des gens de groupes de confessions différentes de la leur ou des partisans de m.Hassad. On ne leur connait aucun autre programme.

  • racso - Inscrit 17 mars 2012 09 h 01

    Faire le choix du droit et de la diplomatie

    L’auteur a tout à fait raison de rappeler que les Etats-Unis devraient prendre ses distances par rapport à toutes les dictatures et dictateurs du M.O. s’il veut que sont discours soit crédible. Quant à la pertinence de l’intervention militaire en Syrie, force est de reconnaître qu’elle est en opération depuis déjà plusieurs mois, sinon plus. Hier, encore, le centre de Damas a été victimes de deux attentats à la voiture piégée, faisant de nombreux morts parmi les civils et détruisant des immeubles. De nombreuses photos en donnent une idée. (http://sana.sy/fra/338/2012/03/17/406593.htm).

    Je pense que dans des régimes de droit, la communauté internationale se doit d’agir dans le respect du droit international. Al Assad est un président élu par le peuple et il appartient au peuple d’en disposer dans le cadre des mécanismes démocratiques mis en place. Le dernier référendum a été voté avec une majorité de plus de 50% de tous les syriens et syriennes ayant le droit de vote. Des élections son prévues pour mai prochain. Le délégué officiel du Secrétaire général des Nations Unies travaille actuellement en étroite collaboration avec toutes les parties concernées pour trouver, par les voies politiques, une solution à la crise Syrienne.

    Entre temps on ne peut tout de même pas exiger d’un gouvernement responsable de laisser les terroristes faire la pluie et le beau temps dans les grands centres du pays, tuant et blessant de nombreuses personnes et détruisant des quartiers et des résidences.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 mars 2012 11 h 06

    Interventions

    La plupart des interventions occidentales prétendant à "rétablir la démocratie" ont échoué (Vietnam, Somalie, Afghanistan, etc.) ou ont implanté la chaos (Irak, Lybie, etc.). Un pays devient démocratique quand cela vient de lui-même, pas de l'étranger. Même chose pour les interventions de l'Union Soviétique pour "sauver le socialisme" (les vieux communistes restent au pouvoir en Chine et à Cuba parce que c'étaient des mouvements indigènes). Que chacun se mèle de ses affaires, s'efforce d'améliorer d'abord son propre pays. avant de faire la leçon aux autres.