La vie secrète de la famille Assad

Un camp de réfugiés à Reyhanli, en Turquie<br />
Photo: Agence Reuters Jonathon Burch Un camp de réfugiés à Reyhanli, en Turquie

Londres — Bachar al-Assad a suivi les conseils de l'Iran en réprimant la contestation et s'amuse de ses propres promesses de réformes pendant que sa femme continue ses achats de bijoux et autres produits de luxe, selon des courriels piratés sur leurs comptes privés auxquels le journal The Guardian a eu accès.

L'un des quelque 3000 courriels transmis au journal britannique par un opposant syrien anonyme montre qu'une fille de l'émir du Qatar, un des dirigeants arabes les plus critiques envers le régime de Damas, a incité Bachar al-Assad et sa famille à quitter la Syrie le 30 janvier, en lui offrant notamment l'exil à Doha.

Le Guardian, qui présente un condensé de ces courriels dressant le portrait d'un dirigeant totalement coupé des réalités, se dit convaincu de leur authenticité. Les messages électroniques ont été piratés entre juin 2011 et début février, période où la répression du mouvement contestataire a dégénéré .

Pendant ce temps, Bachar al-Assad téléchargeait de la musique sur Internet et Asma, sa femme née en Grande-Bretagne, passait commande d'une lampe Armani au magasin Harrods de Londres, de bijoux et de colliers à Paris et de meubles à Damas.

Dans un courriel daté de décembre conclu par un tendre «je t'aime», Asma al Assad écrit en allusion au soulèvement: «Si nous sommes forts ensemble, nous triompherons de cela ensemble.»

Les courriels montrent que Bachar al-Assad a apparemment reçu à plusieurs reprises des conseils de l'Iran. Peu avant un discours qu'il a prononcé en décembre, son conseiller en communication lui dresse ainsi une liste de thèmes à aborder à partir, écrit-il, de «consultations avec un certain nombre de personnes en plus du conseiller politique et médiatique de l'ambassadeur iranien». «Je pense que le discours doit être fort et violent parce que les gens veulent voir un président puissant qui défend le pays» et parce qu'il faut montrer aux «États amis» qu'on les a écoutés, dit le conseiller.

Le texte suggère également de «laisser filtrer davantage d'informations sur nos capacités militaires» pour convaincre l'opinion publique que le régime est prêt à tenir tête à une opération militaire.

Bachar al-Assad semble tourner en dérision ses promesses d'ouverture politique. En juillet, répondant à sa femme qui lui disait qu'elle serait libre à 17h, il ironise ainsi: «C'est la meilleure réforme dont pourrait rêver un pays. On va l'adopter au lieu de ces lois de pacotille sur les partis, les élections, la presse...»

Les courriels montrent aussi que le président syrien a été informé de manière très détaillée de la présence «illégale» de journalistes étrangers dans le quartier de Bab Amor, à Homs, ville autour de laquelle il appelé en novembre à «renforcer l'emprise sécuritaire».

Le Guardian dit avoir fait le maximum pour s'assurer de l'authenticité des courriels en vérifiant leur contenu et en contactant une dizaine de personnes dont la correspondance apparaissait dans le document. «Ces vérifications nous laissent penser que ces messages sont authentiques, mais il n'a pas été possible de vérifier chacun d'entre eux», précise le journal britannique.
4 commentaires
  • celljack - Inscrit 16 mars 2012 08 h 07

    Information?

    Tiens... Reuters fait du petit journalisme à la "dictator académie".

    • Jacques Thibault - Inscrit 16 mars 2012 08 h 47

      Ben oui, on est dans la communication commérage. Tout pour discréditer Assad en vue justifier la prochaine guerre de l'Occident.

  • Gilbert Talbot - Abonné 16 mars 2012 11 h 26

    Asma me fait penser à Marie-Antoinette

    Pas les anciens resto de Québec, Marie-Antoinette la vraie, l'Autrichienne épouse de Louis XVI. Pendant que le peuple crevait de faim, elle se faisait construire des chateaux et se payait le plus grand luxe. La Révolution française a fini par la passer à la guillotine. C'est le même sort qui attend les Assad- tout comme il en a été de Khadafi- s'ils continuent ainsi à massacrer leur propre peuple.

  • Christian Méthot - Inscrit 16 mars 2012 13 h 00

    discréditer Assad

    Assad était déjà largement discrédité.

    Les courriels révélés par le Guardian n'ont rien d'un commérage, mais démontre à quel point le dictateur est déconnecté/indifférent face à la guerre civile qui fait rage dans son pays depuis maintenant plus d'un an.

    Assad est l'archétype du dictateur et je ne comprend tout simplement pas qu'il se trouve des gens en Occident pour le défendre.