50 morts à Homs - La fuite en avant de Bachar al-Assad

Des Syriens du Qatar ont manifesté leur soutien à leurs compatriotes hier.<br />
Photo: Agence Reuters Fadi Al-Assaad Des Syriens du Qatar ont manifesté leur soutien à leurs compatriotes hier.

Beyrouth — Plus Bachar al-Assad promet la paix, plus Homs brûle, plus le carnage s'intensifie en Syrie. Hier, selon divers témoignages, les bombardements contre cette grande ville proche de la frontière libanaise étaient les pires de ces cinq derniers jours et ils auraient tué plusieurs dizaines de personnes.

C'est avec des chars, de l'artillerie, mais avec aussi des hélicoptères et des tireurs d'élite, qui tirent sur les femmes, les enfants, les vieillards lorsqu'ils se hasardent dans les rues pour chercher un peu de nourriture, que le régime s'efforce de reconquérir la ville qui résiste à présent depuis dix mois. Des incursions des forces loyalistes et des chabbihas (milices de voyous aux ordres du pouvoir) seraient également en cours dans les quartiers tenus par l'insurrection, dont celui de Baba Amr, le coeur de l'insurrection.

À présent, le dictateur syrien ne cherche même plus à cacher ses intentions, comme il le faisait lorsque les observateurs de la Ligue arabe étaient présents en Syrie. Ce qui se dessine dans le siège de Homs, c'est sa stratégie de mettre fin à la rébellion par les armes et dans les plus brefs délais. Dès lors, c'est le fantôme de Hama, bien présent dans la mémoire collective du pays, qui resurgit. Du temps de Hafez al-Assad, le père de Bachar, cette ville du centre de la Syrie s'était soulevée en 1982, à l'instigation des Frères musulmans. Une insurrection violente, mais dont la répression prit la forme d'un châtiment collectif contre la population, essentiellement sunnite, tout entière. Selon l'enquête de Libération en 2000, entre 15 000 et 25 000 personnes furent alors massacrées par les troupes d'élite de Rifaat al-Assad, l'oncle de Bachar, la plupart ensevelies ensuite dans des fosses communes sur lesquelles furent bâties des édifices gouvernementaux, notamment le luxueux hôtel Cham. Des quartiers entiers furent également détruits, des mosquées historiques rasées, des minarets tronçonnés.

Aujourd'hui, tout indique que le pouvoir syrien se prépare à renouveler, précisément 30 ans plus tard, l'exemple de Hama. Mais cette fois contre une ville autrement plus importante — avec plus d'un million et demi d'habitants, Homs est la troisième ville syrienne. «Mais la situation n'est pas identique à celle d'hier, remarque depuis Paris le politologue Zyad Majid. La société syrienne n'est plus la même, Aujourd'hui, se manifeste une solidarité de tout le pays envers la population de Homs, ce qui n'était pas le cas en 1982. À cette époque, Hama avait été abandonnée à son misérable destin; elle l'avait été d'autant plus que cette révolte avait une coloration islamiste.» Le contexte international était aussi complètement différent avec un Liban à feu et à sang, la guerre entre l'Iran et l'Irak, la confrontation Est-Ouest.

Le président syrien semble aussi avoir pris en compte que le temps joue contre lui, que son isolement sur la scène internationale va grandissant, que l'Iran, son principal allié, est lui-même accablé de soucis et que l'économie du pays sombre. «Visiblement, Bachar al-Assad a décidé d'accélérer son offensive pour mettre fin à l'insurrection. Je crois que les Russes lui ont dit à qu'il fallait en finir au plus vite, avant les élections russes et qu'ils ne pouvait prendre indéfiniment sa défense devant le Conseil de sécurité», souligne le même chercheur.

Il y a affectivement une certaine urgence pour le régime syrien. Mardi, le premier ministre turc, Tayyip Erdogan, a fait savoir qu'il préparait une initiative visant à unir les efforts de ceux qui, en Occident comme dans le monde arabe et au-delà, voulait la démission de Bachar al-Assad et qu'il s'adresserait au président russe.
6 commentaires
  • racso - Inscrit 9 février 2012 07 h 19

    Qui sont les assassins?

    On nous montre des cadavres, on nous parle d'attaques barbares, mais qui sont ces assassins, Depuis des semaines on nous rabat, dans nos médias occidentaux que ces assassins ce sont les soldats de Al Assad, le Président de la Syrie. Mais quelles preuves nous donne-t-on que ce sont vraiment eux? Il y a eu 166 observateurs en provenance de plusieurs pays arabes qui ont sillonné le pays pendant plus de trois semaines, en janvier dernier. Ils ont produit un Rapport accablant pour cette soi-disant opposition pacifique qui s'est avérée être des groupes fortement armés, semant la terreur au sein de la population. Dans ce rapport ils font plutôt valoir le fait que l'armée réagissait surtout pour contrer ces groupes et cherchait plutôt à sécuriser les populations civiles. Qu'attendent nos médias pour nous parler de ce fameux rapport que l'on passe sous silence, on ne sait trop pour quels motifs d'information. Voici un extrait de ce Rapport "pt 26 - La Mission a observé dans les deux secteurs de Homs et Hama des actes de violence du fait des groupes armés contre les forces gouvernementales, qui ont fait des tués et des blessés parmi les troupes gouvernementales. Dans certaines situations, les forces gouvernementales ont recours à la violence comme réaction aux attaques perpétrées contre ses membres. Les observateurs de la mission ont noté que les groupes armés ont recours aux bombes thermiques et aux missiles anti-blindage."

  • Gilbert Talbot - Abonné 9 février 2012 13 h 16

    En temps de guerre, toute information est propagande pour un côté ou pour l'autre.

    Il est difficile de démêler le vrai du faux dans ce conflit qui tourne de plus en plus en guerre civile. Cependant, une chose est sure et ce sont des correspondants indépendants qui l'ont montré dans les médias : des civils, des blessés, des femmes, des enfants sont tués, massacrés, affamés. C'est ça qu'il faut faire cesser le plus rapidement possible. Je ne dis pas par n'importe quel moyens, mais par des moyens qui ramènent la paix, plutôt qu'attiser la violence davantage. Et si on doit passer par la médiation russe pour y arriver, bien qu'il en soit ainsi.

  • armand guindon - Inscrit 9 février 2012 13 h 27

    Mauvais Karma

    C'est comme si cette dynastie al Assad payait pour le joug qu'elle à imposer
    au Liban durant toutes ces années.Elle connaît maintenant les affres de la guerre civile en son propre pays.

  • racso - Inscrit 9 février 2012 16 h 18

    dictatures et gouvernements répressifs

    armand, il est certain que les dictatures et les gouvernements répressifs génèrent des foyers de luttes armées. L'Amérique latine est une bonne référence pour comprendre les révoltes générées par ces régimes oppressifs. Si il y a 40 ans les révolutionnaires prenaient le maquis, aujourd'hui ils ont appris, pour la plupart, que la conscientisation d'un peuple et l'action démocratique donnent de meilleurs résultats. Il y a toujours les FARC en Colombie qui poursuivent ce combat avec les armes. Santos, le Président vient de leur dire qu'il n'y a pas de négociation sous les armes et qu'il allait les poursuivre jusque dans leurs derniers retranchements. Ne pensez-vous pas que ce que Santos peut valoir pour Al Assad qui dit aux groupes armés qui sèment la terreur dans tout le pays de cesser la violence? Il se dit, par contre, prêt à négocier avec toutes les forces d'opposition qui ont choisi la voie du droit plutôt que celui des armes. Ce qui est bon et vrai pour le président Santos, pourquoi ne le serait-il pas pour Al Assad? Je pense que la communauté internationale veut que cesse la violence générée par des groupes armées clandestins et que les opposants s'assoient avec le gouvernement pour résoudre démocratiquement les problèmes existants. Un article intéressant à lire http://www.agoravox.tv/actualites/international/ar

  • Jean Rousseau - Inscrit 9 février 2012 18 h 22

    Juste une question de sélection fine.


    Il y a, je crois, une trentaine d'années, un médecin visionnaire suggérait d'examiner les chefs de pays afin de s'assurer de leur santé. Un petit pas de plus nous ferait tester les candidats à ces postes afin d'éliminer ceux qui n'auraient pas atteint une conscience suffisante. Le véritable homme d'État est voué à son peuple, tel Mustafa Kemal, l'ancien chef de Turquie qui a fait avancer considérablement sa culture.

    Cela demanderait une participation des citoyens pour imposer telle qualité au sommet, mais ces derniers ont été habitués à se fier aux autorités de façon béate. C'est ce qui rend compréhensible au Québec cette aberration de laisser enquêter par leurs pairs les policiers impliqués dans des meurtres. En Ontario, c’est un groupe indépendant qui fait cela, ce qui confère à ce gouvernement-là une crédibilité.

    Mais le choix de choisir un intellectuel-enfant à ces hautes instances ne sera pas plus avantageux, car ce dernier va s’en remettre exclusivement aux valeurs dominantes.

    Milgram a prouvé que la majorité accepterait de donner des décharges électriques à un compère même ceux qui s'avéraient mortels. Pareillement, les indépendantistes suivent le troupeau même si des faits évidents viennent contredire la faisabilité de leur projet. Comme l'opposition se trouve primordiale aussi, il a lieu de s'inquiéter sérieusement pour la suite des choses.

    Le fait que des psychologues ou psychiatres n’alarment pas la population sur ce dernier fait démontre qu'ils sont sous l’emprise de cette illusion eux aussi. Lors de la montée en puissance d'Hitler, les historiens ont pu remarquer cette adhésion quasi monopolistique des citoyens. L’avis d'intellectuels de calibre étrangers serait absolument impératif.