Moucharraf met un terme à son exil et annonce son retour au Pakistan

Un militant tient un portrait de Pervez Moucharraf durant une réunion publique qui s’est déroulée hier à Karachi. Moucharraf a déclaré hier qu’il reviendrait à domicile après plus de trois ans d’exil.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Rizwan Tabassum Un militant tient un portrait de Pervez Moucharraf durant une réunion publique qui s’est déroulée hier à Karachi. Moucharraf a déclaré hier qu’il reviendrait à domicile après plus de trois ans d’exil.

Karachi/Dubaï - L'ancien président pakistanais Pervez Moucharraf a annoncé hier qu'il mettrait un terme à son exil et rentrerait avant la fin du mois au Pakistan pour préparer les élections législatives de 2013.

«Des initiatives sont en cours pour me faire peur, mais leurs auteurs ignorent que je ne suis pas de ceux qu'on effraie», a-t-il dit dans une intervention par visioconférence à quelque 8000 partisans de son nouveau parti, la Ligue musulmane pour l'ensemble du Pakistan (APML), réunis à Karachi.

«J'ai livré des guerres, je n'ai pas peur du danger», a-t-il ajouté.

L'ex-général, qui a démissionné et quitté son pays en 2008, fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré contre lui par une cour spéciale dans le cadre de l'enquête sur la mort de Benazir Bhutto, tuée en décembre 2007 dans un attentat à Rawalpindi. Il lui est reproché de ne pas avoir mis à la disposition de l'ex-première ministre un dispositif de sécurité à la hauteur des dangers qu'elle courait.

À ses partisans, Moucharraf a précisé qu'il regagnerait le Pakistan entre le 27 et le 30 janvier.

De sources saoudiennes et pakistanaises, on indique hier qu'il prévoit de se rendre d'abord en Arabie saoudite pour obtenir le soutien de Ryad.

«Moucharraf se rendra prochainement en Arabie saoudite pour obtenir le soutien (des autorités) avant de revenir au Pakistan», a indiqué une source saoudienne proche du dossier. Une source pakistanaise a confirmé que Moucharraf, qui se trouve actuellement à Dubaï, se rendrait prochainement à Ryad.

Aucune garantie


La source saoudienne n'a pas souhaité précisé la nature du soutien recherché par l'ancien chef d'État, qui avait pris le pouvoir à la faveur d'un putsch en 1999, mais certaines informations laissent penser qu'il pourrait chercher des garanties le protégeant de toute arrestation à son retour au Pakistan.

«Je ne cherche aucune garantie de qui que ce soit», a rétorqué Pervez Moucharraf dans une interview accordée hier soir à Reuters à Dubaï. «J'ai dit à de nombreuses reprises que mon intention était d'obtenir le soutien du peuple.»

L'Arabie saoudite, qui jouit d'une grande influence au Pakistan en raison de son aide financière, a exprimé son inquiétude concernant les relations tendues entre l'armée et le gouvernement ces derniers mois. «La stabilité du Pakistan est très importante pour la région et doit se maintenir», a dit une autre source proche du dossier.

Un retour de Pervez Moucharraf dans le jeu politique pakistanais pourrait accentuer ces tensions, estiment des analystes.

Moucharraf juge pour sa part nécessaire de sauver les relations entre le Pakistan et les États-Unis, mises à mal par la mort d'Oussama ben Laden, tué en mai dernier en territoire pakistanais par un commando des forces spéciales américaines sans que les autorités du Pakistan en aient été informées au préalable.

La mort de 28 soldats pakistanais tués par erreur en novembre dans un raid de l'aviation américaine à la frontière avec l'Afghanistan n'a fait qu'aggraver la crise entre les deux pays.

«Aujourd'hui, les relations pakistano-américaines sont à leur plus bas, du fait d'un déficit de confiance», a dit Moucharraf à Reuters.

«Je crois que le Pakistan doit justifier et clarifier la question Oussama ben Laden [ndlr, qui vivait depuis plusieurs années dans une ville proche d'Islamabad]. Dans le même temps, les États-Unis doivent préciser quel paysage ils laisseront [en Afghanistan] à leur départ, en 2014, parce que cela affectera directement le Pakistan», a-t-il ajouté.