Cuisant échec du HCR en Afghanistan

Un réfugié afghan hier à Kaboul attendant sa ration de nourriture <br />
Photo: Agence Reuters Ahmad Masod Un réfugié afghan hier à Kaboul attendant sa ration de nourriture

Kaboul — Le chef du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) à Kaboul a admis hier auprès de l'AFP le cuisant échec de la stratégie menée depuis dix ans par son organisation en Afghanistan, «la plus grande erreur jamais faite par le HCR» selon lui.

Près d'un quart de la population afghane est constituée de réfugiés autrefois exilés au Pakistan ou en Iran et revenus au pays après l'intervention militaire occidentale de la fin 2001, selon le HCR.

Or aujourd'hui, nombre d'entre eux sont sans abri ou vivent sous des bâches dans des camps de fortune. La preuve, selon Peter Nicolaus, chef du HCR en Afghanistan, que la communauté internationale n'a pas réussi à les aider à retrouver un travail stable et à se réinsérer dans la société.

«Nous avons fait une erreur, la plus grande erreur jamais faite par le HCR», estime-t-il à propos de la stratégie appliquée à partir de 2002. «Nous pensions que si nous donnions de l'assistance humanitaire, le développement économique suivrait. Mais ce qui compte, c'est le revenu, le gagne-pain. Il faut trouver du boulot à ceux qui reviennent», selon lui.

«Vous pouvez construire cinq routes allant à un village, et les paysans en bénéficieront car ils pourront aller vendre leurs légumes au village d'à côté. Mais le réfugié de retour, lui, n'en tire aucun bénéfice, car il n'a rien à vendre», explique-t-il.

Retour au pays

Depuis 2002, 5,7 millions d'Afghans sont rentrés dans leur pays, qui compte aujourd'hui une trentaine de millions d'habitants. Mais le HCR ne commence que maintenant, dix ans après, à se concentrer sur les moyens de les réintégrer de manière pérenne.

En avril prochain, pour la première fois, une conférence internationale réunissant notamment l'Afghanistan, le Pakistan, l'Iran et le HCR doit se pencher sur ce nouvel objectif stratégique.

Nicolaus s'exprimait lors d'une distribution de couvertures, vêtements, bâches, blé et charbon organisée dans un centre d'aide aux réfugiés les plus vulnérables dans les faubourgs de la capitale Kaboul, où des centaines de personnes faisaient la queue munies de leurs cartes de réfugiés.

«Mon mari est âgé et je n'ai pas d'argent pour l'emmener chez le médecin», déplore d'une d'elles, Parveen Shah, 56 ans, vêtue d'une burqa bleue d'où ne dépassent que ses mains sales. «Nous vivons dans une maison de terre, et il y fait très froid. Mon fils lave des voitures, mais cela ne nous suffit pas pour nous nourrir», ajoute-t-elle tristement.

Mohammad Tahar, 30 ans, est l'un des 3,7 millions d'Afghans rentrés du Pakistan recensés par le HCR.

«Je suis content d'être revenu dans mon pays, mais nous sommes 20 dans ma famille, et nous vivons dans deux pièces sans électricité ni eau potable», explique ce commerçant. «Cette aide n'est rien pour nous», dit-il.

Le HCR devrait au total aider 34 500 familles, soit environ 200 000 personnes, à passer ce rude hiver kabouli.

Il donne à chaque réfugié l'équivalent de 150 dollars pour couvrir le coût du voyage retour et survivre au cours des premiers mois suivants.

Près de trois millions de réfugiés afghans non recensés vivent toujours en exil, peu incités à rentrer en raison du conflit qui fait rage dans une grande partie du pays, mais aussi du manque d'emplois, de nourriture et de logements.

Bien que le rythme des retours ait baissé considérablement au fil des ans, 66 500 sont revenus en 2011.

Au total, le HCR estime que 40 % des millions d'Afghans qu'il a aidé depuis 2002 «ne sont pas réintégrés du tout».

«Ça, les bailleurs de fonds internationaux l'oublient tout le temps. On n'y a pas fait assez attention, et on n'y fait toujours pas assez attention. On ne prend pas le problème au sérieux, et c'est une tragédie», souligne Nicolaus.

«Mais nous allons pour la première fois en parler lors de la conférence au printemps», rappelle-t-il, à proximité d'un groupe de garçons qui s'affairent à remplir leurs brouettes de charbon dans un nuage de poussière, avant d'y poser des couvertures et autres vivres, et de retourner chez eux.