Le Pakistan menace de revoir sa coopération avec l'OTAN

Islamabad — Le raid de l'OTAN, qui a tué 24 soldats pakistanais samedi, pourrait avoir des conséquences sur la lutte contre les talibans en Afghanistan, a annoncé hier l'armée pakistanaise.

«Cela pourrait avoir de graves conséquences sur le niveau et la portée de notre coopération» avec l'Alliance atlantique, a dit le général Athar Abbas, porte-parole de l'armée. «L'attaque de l'OTAN a duré deux heures malgré nos appels répétés à cesser le feu», a-t-il ajouté.

Le Pakistan est un allié essentiel de l'Alliance et des États-Unis dans la lutte contre les insurgés islamistes qui se cachent dans des zones tribales à la frontière pakistano-afghane.

Des hélicoptères et chasseurs de l'OTAN basés en Afghanistan ont tué 24 soldats en frappant deux avant-postes militaires pakistanais, opération qu'Islamabad a qualifiée d'agression injustifiée, mais qui reste entourée de mystère.

Le gouvernement chinois, allié du Pakistan, s'est dit choqué par cette attaque. «La Chine pense que l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité territoriale du Pakistan doivent être respectées et qu'une enquête sérieuse et approfondie doit être menée sur cette affaire», a dit le ministère chinois des Affaires étrangères.

Le président pakistanais, Yusuf Raza Gilani, interrogé hier par CNN au sujet des relations Islamabad-Washington, a exclu que «la vie continue» sans changement après les événements de samedi.

Les relations bilatérales ne continueront que si elles se fondent sur «un respect mutuel et des intérêts communs». Comme on lui demandait si c'était le cas pour le Pakistan, Gilani a répondu: «À l'heure actuelle, non.»

Dimanche, des milliers de manifestants s'étaient massés devant le consulat des États-Unis à Karachi pour protester contre le raid.

Provocation

La principale association pakistanaise qui fournit du carburant aux forces de l'OTAN en Afghanistan a suspendu ses livraisons. Le secrétaire général de l'All Pakistan Oil Tanker Owners Association, Nawab Sher Afridi, a précisé que les opérations ne reprendraient que lorsque le gouvernement d'Islamabad et l'armée pakistanaise auront reçu et accepté des excuses de l'OTAN à la mesure du drame.

L'attaque lancée samedi dans le nord-ouest du Pakistan est considérée dans le pays comme la dernière en date d'une série de «provocations» des États-Unis, qui avaient exaspéré l'armée pakistanaise en organisant le raid secret dans lequel Oussama ben Laden a trouvé la mort en mai dans la ville d'Abbottabad.

Un représentant de l'OTAN et un responsable de la sécurité afghane ont déclaré de leur côté, en requérant l'anonymat, que les soldats de l'OTAN avaient riposté à des tirs venant du côté pakistanais de la frontière. L'armée pakistanaise a démenti avoir tiré sur les forces de l'OTAN.

«C'est un incident tragique et non intentionnel. Nous déterminerons ce qui s'est produit et en tirerons les leçons qu'il faut», a dit le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, dans un communiqué où il exprime son soutien total à une enquête ouverte par l'Alliance atlantique.

Cela risque toutefois de ne pas suffire à calmer les esprits. De nombreux Pakistanais estiment que leur armée mène contre les extrémistes un combat qui ne répond qu'aux intérêts occidentaux et porte préjudice à leur pays.

Le ministre des Affaires étrangères, Hina Rabbani Khar, s'est entretenu avec son homologue américaine, Hillary Clinton, et lui a exprimé «le profond sentiment de rage ressenti dans tout le Pakistan».