Vers une sortie de crise au Yémen?

Mohamed Basindawa<br />
Photo: Agence Reuters Mohamed Basindawa

Sanaa — Le chef de l'opposition, Mohamed Basindawa, a été chargé hier par décret de former un gouvernement d'entente nationale pour la période intérimaire précédant le départ du président, Ali Abdallah Saleh, prévu en février selon les termes d'un accord signé à Riyad.

Par ailleurs, le président Saleh a annoncé une amnistie générale pour «tous ceux qui ont commis des erreurs durant la crise» qui secoue le pays depuis janvier et qui a fait des centaines de morts.

D'ici son départ, Basindawa a été désigné par décret pour diriger un gouvernement «d'entente nationale».

«Mohamed Salem Basindawa a été chargé de former un gouvernement d'entente nationale», selon le texte du décret promulgué par le vice-président, Abd Rabbo Mansour Hadi, en charge de la période intérimaire, et publié par l'agence officielle Saba.

L'opposition avait présenté vendredi la candidature de Basindawa au poste de premier ministre, conformément à l'accord sur une transition du pouvoir signé mercredi. Cet accord accorde l'immunité au président Saleh et à ses proches. Basindawa doit former, dans un délai de deux semaines, un gouvernement où l'opposition et le parti de Saleh, le Congrès populaire général (CPG), se partageront les portefeuilles à parité, selon l'accord de Riyad. Le chef du gouvernement désigné avait fait partie de l'administration de Saleh. Natif d'Aden, dans le sud du Yémen, il avait été notamment ministre des Affaires étrangères avant de rompre, il y a dix ans, avec le CPG.

Parallèlement, Saleh, 69 ans dont 33 au pouvoir, décrié par la rue pour la répression de la contestation populaire, a annoncé une amnistie générale.

«Le président de la république a décrété une amnistie générale pour tous ceux ayant commis des erreurs durant la crise», a rapporté la télévision d'État.

En sont exclus «ceux qui sont impliqués dans des crimes et dans l'attaque contre la mosquée du Palais présidentiel» le 3 juin dans laquelle Saleh et de hauts responsables ont été grièvement blessés, a ajouté la télévision.

Mais pour Houria Machhoud, une porte-parole de l'opposition, cette amnistie «est contraire à l'initiative du Golfe, aux termes de laquelle le président a délégué ses prérogatives au vice-président» Abd Rabbo Mansour Hadi.

«Il n'a plus ni le droit ni les prérogatives ou la capacité de prendre une telle décision», a-t-elle ajouté à propos de Saleh accusé par la rue de corruption et de népotisme. Mme Machhoud est la porte-parole du Conseil national de forces de la révolution, une coalition de l'opposition parlementaire, des militaires dissidents, des jeunes protestataires et des indépendants opposés à Saleh. Les jeunes protestataires, qui campent dans la rue depuis février, appellent à des poursuites contre le chef de l'État pour la répression violente de la contestation.

L'agence officielle Saba a indiqué que le président Saleh avait annoncé l'amnistie générale lors d'une réunion de son parti et de l'actuelle coalition gouvernementale, consacrée à l'accord de Riyad et son mécanisme d'application, signé par le CPG et l'opposition. Saleh a émis l'espoir que ces documents, dont la signature «marque une victoire pour le peuple», «seront mis en oeuvre sans tergiversations ou entraves», ajoutant que «tout atermoiement» doit être dénoncé auprès du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de l'ONU, garants de l'accord.