Moyen-Orient: Liban - L'or bleu du Proche-Orient

Émilie Sueur, L'Orient-Le Jour Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial 7 milliards

À la fin de l'été dernier, j'ai failli euthanasier les bougainvilliers qui règnent sur ma terrasse. Mes arbustes flamboyants étaient en passe de devenir un luxe que je ne pouvais plus me permettre d'arroser. À partir de septembre, mon immeuble, mon quartier, en plein cœur de Beyrouth, ne recevaient plus que quelques milliers de litres d'eau tous les deux jours. Pas suffisant pour remplir les cuves attribuées à chaque appartement, plantées sur le toit de l'immeuble. Il fallait compléter, et pour cela faire appel aux services onéreux d'un pourvoyeur d'eau de qualité inconnue. Cette situation se prolongea deux mois.

Cette fin d'été là, les bougainvilliers me parurent comme un produit de dernière nécessité, la chasse d'eau, comme les chutes du Niagara, laver la vaisselle, comme un exercice périlleux, et un concierge que j'aperçus rinçant à grande eau son bout de trottoir (son immeuble devait disposer d'un puits artésien), comme l'ennemi à abattre.

L'eau, elle, m'apparut comme la plus précieuse des richesses.

Le Proche-Orient souffre de multiples maux. Le «stress hydrique», terme savant pour signifier un déséquilibre structurel entre capital en eau et consommation d'eau, est l'un d'eux. Ce stress a des causes naturelles, certes, mais il est aggravé par le gaspillage, la pollution, le manque de politiques efficaces de gestion de l'eau. Et la situation devrait encore empirer avec le développement économique, la croissance démographique, le réchauffement climatique.

Le Liban, avec ses rivières et sommets enneigés en hiver, est plutôt béni des dieux en matière de ressources hydrauliques. Mais la moitié des eaux de pluie sont perdues par ruissellement, évaporation ou infiltration, les canalisations et systèmes d'irrigation sont mal entretenus, la pollution fait des ravages.

Dans la région, le stress hydrique vire également au stress géopolitique. Israéliens et Palestiniens s'écharpent sur le statut de Jérusalem, sur les colonies et... sur l'eau. En mai dernier, l'ONG israélienne B'Tselem dénonçait encore l'exploitation systématique des ressources en eau de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée, au profit des colons et au détriment des Palestiniens. En 2008, la même ONG avait établi que la consommation quotidienne d'eau des Palestiniens en Cisjordanie variait entre 37 et 73 litres, contre 211 litres à 242 litres pour les Israéliens. Des exemples parmi tant d'autres.

Certains évoquent, après les guerres pour l'or noir, celles pour l'or bleu. À voir. Une chose est sûre toutefois, l'eau est le défi des années à venir au Proche-Orient.

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L'Orient-Le Jour

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