L'ONU dénonce la torture des prisonniers

Une prison de Kandahar<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Mamoon Durrani Une prison de Kandahar
La mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) dit avoir des «preuves» que des responsables de ces services «torturent systématiquement des prisonniers pour obtenir des confessions et des informations» dans cinq de leurs centres de détention. Les détenus y sont notamment pendus par les poignets aux murs ou aux plafonds, frappés avec des tuyaux en plastique, des câbles électriques ou des bâtons, le plus souvent sur les plantes des pieds, précise-t-elle. Ils y sont également soumis à des décharges électriques, maintenus de force dans des positions de stress debout ou menacés de violences sexuelles, et on leur arrache parfois les ongles des orteils.

Les prisonniers sont également souvent cagoulés, les yeux bandés et privés de soins, fait savoir l'ONU, qui a recensé au moins un prisonnier afghan tué par la torture à Kandahar en avril 2011.

Le rapport se fonde sur des entretiens avec 379 détenus en attente de procès dans 47 centres de détention au pays, menés entre octobre 2010 et août 2011. Celui-ci conclut que 46 % des 273 prisonniers interviewés qui avaient été détenus par le NDS «avaient subi des techniques d'interrogatoire» semblables à la torture, alors que «la torture est systématiquement utilisée dans un certain nombre de prisons du NDS».

Dégradants et inhumains

D'autre part, plus d'un tiers des 117 prisonniers interrogés après avoir été détenus par l'ANP «ont subi des traitements équivalents à de la torture ou cruels, dégradants ou inhumains», ajoute-t-il.

La Manua a interrogé 89 détenus qui ont été capturés par des forces militaires internationales avant d'être transférés aux NDS ou à l'ANP. Dix-neuf d'entre eux ont été torturés dans les geôles des NDS et trois dans celles de l'ANP, indique-t-elle.

À l'instar du Royaume-Uni, le Canada a mis fin aux transferts de détenus vers les centres de détention des NDS à Kandahar et à Kaboul à divers moments au cours des des dernières années, note la Manua. «Ces États ont mis en oeuvre des programmes de surveillance post-transfert leur permettant de suivre le traitement des détenus de leurs forces armées qui ont été remis aux autorités afghanes.»

Le gouvernement afghan a rejeté la plupart de ces accusations, mais a reconnu du bout des lèvres l'existence de certaines atteintes aux droits des détenus. Il a ajouté que des mesures seraient prises pour éviter d'éventuels problèmes à l'avenir. «Les méthodes de torture telles que l'électrocution, la menace de viols, le fait de s'en prendre aux parties génitales, etc., sont des méthodes qui n'ont absolument pas cours à la DNS», soutient le gouvernement.

Dans leur communiqué, les autorités soulignent que certains rebelles islamistes en détention pourraient proférer de fausses accusations pour discréditer le gouvernement. Le ministère de l'Intérieur juge en revanche «évident [...] que les conclusions du rapport ne peuvent pas être totalement rejetées/démenties».

Le représentant de l'ONU en Afghanistan, Staffan de Mistura, a déclaré que la torture n'était pas une pratique institutionnalisée ni soutenue par le gouvernement. La Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF), placée sous le commandement de l'OTAN, dit avoir été informée en septembre des conclusions de la Manua. Elle a en conséquence aidé le gouvernement afghan à mettre au point un plan de lutte contre la torture.

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D'après l'AFP et Reuters
7 commentaires
  • basque - Inscrit 11 octobre 2011 06 h 29

    Torture

    Qui peut penser que la torture n'existe pas dans un pays en guerre?
    Reprendre tous les récits de toutes les guerres depuis l'Antiquité et nous seront servis ...

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 11 octobre 2011 08 h 23

    Les hypocrites.

    Et les autorités canadiennes ne le savaient pas , mon oeil! La vérité maintenant, en dignes "suiveux" des Américains non seulement ils le savaient , mais ils approuvaient et ça ils ne veulent pas l'avouer de peur d'être accusé de complicité avec les bourreaux. Ça s'appelle torturer sans se salir les mains, le sommet de l'hypocrisie harperienne

  • Gilbert Troutet - Abonné 11 octobre 2011 08 h 59

    Un parallèle

    Quand l'armée allemande occupait la France pendant la deuxième guerre mondiale, la «milice» se chargeait de ces basses besognes. La guerre finie, les «terroristes» sont devenus les «résistants». Ainsi, en Afghanistan, ceux qui s'opposent à l'occupation de leur pays par des forces étrangères sont des «insurgés» ou des «terroristes». On se rappelle, par contre, qu'à l'époque de l'occupation soviétique en Afghanistan, les Talibans étaient pour l'Occident des «combattants de la liberté».

  • Jean-Michel Picard - Inscrit 11 octobre 2011 09 h 27

    L'Armée canadienne n'est pas l'armée du Salut.

    L'Armée canadienne n'est pas l'armée du Salut. L'Armée viole et fait la guerre. L'armée, c'est le monopole de la violence.

    VOus me dites qu'un soldat est parti aider son prochain ? je vous répond qu'il s'est trompé de métier. Pour aider, il faut être médecin sans frontière. L'Armée canadienne n'est pas l'armée du Salut.

    Assassins ? Violeurs ? Tortionnaires ? Vous pensiez quoi ?

  • Gaston Bourdages - Abonné 11 octobre 2011 09 h 27

    Torture et bestialité...deux compagnes aux...

    ...inqualifiables conséquences. Utiliser le mot «bestialité» se veut même injure à «nos» amis les bêtes. Pourquoi l'Homme est-il capable de gestes aussi et tant inqualifiables? Il arrive certainement de ces jours où la bête regrette d'être devenue humaine, selon la théorie de Darwin. Que s'est-il passé dans l'évolution de la bête pour que l'Homme en arrive à poser de tels abjects gestes? Certainement un «Bing Bang» À lire votre percutant, dérangeant article, un mal de «mon» humanité m'habite. Devant ces innommables tableaux de «pire que la bête», un rendez-vous avec une certaine impuissance nous rend aussi visite.
    Que faire face aux gens «en pouvoir», ces pouvoirs de changer ces humanités aux comportements de si basses classes?
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain publié «en devenir»
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com