Washington est outré - L'Occident dénonce le veto sino-russe sur la Syrie à l'ONU

Les pays occidentaux ont dénoncé hier le double veto de la Chine et de la Russie à un projet de résolution condamnant la répression en Syrie, présenté mardi au Conseil de sécurité des Nations unies.

Ce revers diplomatique, accentué par l'abstention des puissances émergentes siégeant au Conseil de sécurité, augure d'une situation de blocage prolongé à l'ONU non seulement sur la question syrienne, mais aussi sur d'autres mouvements liés au printemps arabe.

«C'est un triste jour» pour le peuple syrien et le Conseil de sécurité, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. «Le Conseil de sécurité ne pouvait rester silencieux face à la tragédie syrienne. Il devait s'élever contre un dictateur qui massacre son peuple et cherche à étouffer l'aspiration légitime des Syriens à la démocratie.»

Un porte-parole du gouvernement allemand a également déploré le rejet du texte, dont l'adoption aurait été «un signe fort de soutien aux nombreux Syriens qui descendent depuis des mois dans la rue pour réclamer la liberté politique».

«Le seul fait qu'Assad puisse ainsi éviter des sanctions internationales, du moins pour le moment, renforce sa position à court terme, a commenté Ayham Kamel, du groupe de réflexion Eurasia. À court terme, Assad va conserver le pouvoir et je ne vois pas de signe d'effondrement imminent.»

Ce veto va encourager les violences en Syrie qui risque de basculer dans la guerre civile, a pour sa part déploré Burhan Ghalioun, le président du Conseil national syrien, instance de représentation de l'opposition syrienne.

Damas se réjouit

Damas s'en est félicité. «Cela relance l'espoir d'un monde équilibré [...] après une longue domination américaine et européenne qui a fait des résolutions du Conseil de sécurité un outil pour punir les défenseurs de l'indépendance et de la libération», a écrit l'agence de presse officielle Sana.

Le projet laissait la porte ouverte à des sanctions contre le régime de Bachar al-Assad. Neuf des quinze États membres du Conseil de sécurité ont voté en sa faveur, quatre autres se sont abstenus (Afrique du Sud, Brésil, Inde et Liban).

Susan Rice, ambassadrice des États-Unis à l'ONU, a souligné que Washington était outré par le double veto sino-russe. Le Britannique Mark Lyall Grant a fait part de sa profonde déception. Dans une réaction commune, les Européens soulignent que «ceux qui ont bloqué cette résolution le porteront sur leur conscience».

L'ambassadeur russe, Vitali Tchourkine, a expliqué que son pays était opposé à la menace de sanctions contre Damas. Pour lui, «l'approche d'affrontement» que prônent les Européens va «à l'encontre d'un règlement pacifique de la crise».

L'ambassadeur chinois, Li Baodong, a souligné pour sa part que Pékin rejetait toute idée d'«ingérence dans les affaires intérieures» d'un pays.

En visite en Afrique du Sud, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déploré le rejet du texte à l'ONU, mais a souligné que cet échec n'empêcherait pas Ankara de prendre des mesures contre le régime de Damas. Il a précisé qu'il annoncerait la nature de ces sanctions dans les prochains jours.

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Avec Reuters
14 commentaires
  • Jean Francois - Inscrit 6 octobre 2011 00 h 40

    Pas si surprenant que ça.

    Avec le Chaos qui règne présentement en Irak, Afghanistan et en Libye je comprends que certain doutent des capacités de l'Occident a résoudre les problèmes.

    Irak = en guerre depuis 1991 avec plus de 1 000 000 de morts et c'est pas encore fini.

    Afghanistan 10 ans après la seule économie qui reste est celle de l’Héroïne

    Libye tout le monde tire sur tout le monde et les infrastructures sont a terre.


    Quand le pouvoir de l'Amour vaincra l'Amour du pouvoir, le Monde connaîtra enfin la paix. ( Jimi Hendrix )

  • Fabien Nadeau - Abonné 6 octobre 2011 06 h 59

    Hypocrisie

    Washington déchire sa chemise... Pourtant, quand la Palestine a demandé son admission à l'ONU, Washington a décidé d'utiliser son droit de veto. Chacun sa politique selon chacun ses intérêts et ses alliances. Normal.

  • Pierre Girard - Inscrit 6 octobre 2011 07 h 21

    Nous ne voyons que la partie propagange de l'ONU. La vérité demeure cachée.

    Ce qui se joue, c'est une "game" géopolitique entre les grandes puissances. C'est très dangereux ce qui se passe et heureusement que la Chine et la Russie sont là pour veiller au grain et faire une balance à ce qui se passe en cachette.

    Je viens de terminer une vidéo-art intitulée Mensonges Hiroshima

  • oscar Fortin - Inscrit 6 octobre 2011 08 h 09

    L'Occident dénonce...?

    Je comprends que Washington et ses principaux alliés de l'OTAN ne soient pas heureux d'un veto qui les empêche de partir de nouveau en guerre pour tuer et détruire la Syrie. Je ne pense pas que tous les pays de l'Occident qui sont plus nombreux que ceux mentionnés plus haut soient si malheureux de cette décision. Je pense aux nombreux pays de l'Amérique Latine qui appartiennent également à l'Occident qui en sont plutôt heureux.

    Faudrait-il écrire que l'Occident s'oppose à la reconnaissance de l'État palestinien aux Nations Unies, parce que Washington et quelques autres pays s'y objectent? Il faut, me semble-il respecter tous les pays de l'Occident qui ne partagent pas les visées de Washington.

    Moi comme occidental, je suis très heureux de cette décision. L'erreur de l'intervention en Libye, véritable fiasco humanitaire, devrait servir d'exemple.

  • Christian PHILIPPE - Inscrit 6 octobre 2011 08 h 47

    USA Deux siècles sans balayer devant sa porte

    La question des vetos n'est en fait que petite guéguerre. Quand les pays occidentaux USA en tête et Europe servile en queue et menu fretin, se décideront à comprendre que nous avons besoin d'une révolution de haut en bas pour revenir aux fondements de nos paramètres démocratiques peut-être qu'occidentaux nous opposerons ensemble alors enfin une vérité à suivre et à défendre quand nous sommes encore les plus forts. Nous avons manié la force et l'hypocrisie durant plusieurs siècles, finalisés par deux siècles fatals made in USA et nous voudrions continuer. D'autres sont devenus plus forts que nous à ce jeu là et les droits de l'Homme foutent le camp avec toutes nos formes de pseudo Démocraties. Commençons donc par balayer devant nos portes et vite ....USA en tête, pas les politicards mais le bon peuple américain si son abêtissement par l'argent le lui permet encore!