Demande historique des Palestiniens

Mahmoud Abbas a solennellement exposé hier la demande d’adhésion de la Palestine à l’Organisation des Nations unies, demande jugée prématurée par le premier ministre d’Israël, Benjamin Nétanyahou.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Mahmoud Abbas a solennellement exposé hier la demande d’adhésion de la Palestine à l’Organisation des Nations unies, demande jugée prématurée par le premier ministre d’Israël, Benjamin Nétanyahou.

Faisant fi des avertissements, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a solennellement exposé hier la demande d'adhésion de la Palestine à l'Organisation des Nations unies (ONU), faisant bondir le Quartette pour le Proche-Orient, qui a mis moins de quatre heures pour soumettre une offre détaillée de reprise du dialogue entre les Israéliens et les Palestiniens.

Malgré les pressions exercées par Tel-Aviv et Washington pour tenter de l'en dissuader, Mahmoud Abbas a remis, à 11h46, une lettre au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, le priant de transmettre la demande de reconnaissance de l'État palestinien au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale.

Puis, après avoir gagné l'estrade de la salle de l'Assemblée générale sous des applaudissements nourris, il a déclaré: «En tant que président de l'État palestinien et président du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine, j'ai présenté à Son Excellence Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, une candidature d'adhésion de la Palestine sur la base des frontières du 4 juin 1967 et avec Jésuralem-Est pour capitale en tant que membre à part entière de l'ONU.»

«Le soutien des nations du monde à notre action signifie une victoire du bien, de la justice, de la liberté et du droit international», a-t-il ajouté, alors que des milliers de personnes en liesse s'étaient rassemblées notamment sur la place principale de la ville cisjordanienne de Naplouse pour regarder son allocution sur un écran géant.

D'autre part, M. Abbas n'a pas manqué de dénoncer la poursuite de la colonisation israélienne sur les terres revendiquées par les Palestiniens. Le feu vert à la colonisation, qui «est responsable de l'échec persistant des tentatives successives pour sauver le processus de paix [...], menace la structure de l'Autorité palestinienne et risque même de mettre un terme à son existence», a-t-il mis en garde.

De son côté, le premier ministre d'Israël, Benjamin Nétanyahou, qui a pris la parole après Mahmoud Abbas, a donné l'assurance que son pays «avait la volonté de faire des compromis douloureux».

«Je tends la main au peuple palestinien», a lancé le chef du gouvernement israélien. «La vérité est qu'Israël veut la paix, la vérité est que je veux la paix. Mais nous ne pouvons pas parvenir à la paix par des résolutions de l'ONU.»

Le premier ministre a averti que les Palestiniens devaient reconnaître Israël en tant qu'État juif, ce qu'ils refusent de faire, considérant que cela compromettrait les droits des réfugiés palestiniens. «Reconnaissez l'État juif et faites la paix avec nous», a déclaré M. Nétanyahou, rejetant la position palestinienne selon laquelle le fond du conflit, c'est la question de la colonisation.

Les Palestiniens, a-t-il poursuivi, «devraient vivre dans un État libre à eux, mais ils devraient être prêts à des compromis [et] commencer à prendre au sérieux les inquiétudes d'Israël en matière de sécurité».

M. Nétanyahou a aussi réitéré son invitation de rencontrer sur-le-champ M. Abbas, alors que les négociations directes sont interrompues depuis un an entre les deux parties.

Le Quartette saute dans la mêlée

Les dirigeants palestinien et israélien étaient à peine descendus de la tribune que le Quartette (États-Unis, ONU, Russie, Union européenne) s'est empressé de fournir un calendrier de négociation, et de fixer l'objectif d'un accord final au plus tard à la fin de 2012.

«Le président Abbas a présenté sa lettre, il est impératif d'en prendre note et d'offrir des idées en réponse. Nous devons retourner à l'essentiel, qui est de trouver le moyen de relancer les négociations», a expliqué un haut responsable américain.

D'ici un mois, les deux parties se rencontreraient une première fois afin d'adopter «un calendrier» et «une méthode de négociations». Ils prendraient notamment l'engagement de conclure un accord définitif «au plus tard» à la fin de l'année prochaine, 2012. Les négociateurs des deux camps soumettraient ensuite «des propositions complètes d'ici trois mois» sur la sécurité, dont la question des frontières, et s'engageraient à «des progrès substantiels en six mois».

La déclaration du Quartette s'inspire largement du discours de mai du président des États-Unis, Barack Obama, dans lequel il propose de reprendre les négociations sur la base des frontières d'avant la guerre israélo-palestinienne de 1967, avec des échanges de territoire acceptés par les deux camps. Mais, le Quartette n'aborde pas, par exemple, la question épineuse des colonies juives, ni la demande d'Israël d'être considéré comme l'État-nation du peuple juif.

Le plan prévoit en revanche de tenir «au moment qui conviendra» une conférence internationale à Moscou pour faire un état des lieux.

Les Palestiniens ont rapidement appelé Israël à «saisir l'occasion offerte par le Quartette», présentant toutefois des conditions. «Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités [...], mais Israël doit prendre les siennes et arrêter la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est», a déclaré à l'AFP le négociateur Saëb Erakat.

«Nous sommes en train d'étudier la déclaration [du Quartette]», a fait savoir de son côté à l'AFP un haut responsable israélien.

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a appelé les deux ennemis à saisir la main tendue par le Quartette et à «tirer profit de cette occasion de retourner au dialogue».

194e membre de l'ONU

La demande de reconnaissance palestinienne s'appuie sur deux résolutions onusiennes portant sur la partition de la Palestine et les frontières d'avant la guerre des Six Jours en 1967, a précisé un diplomate palestinien sous le couvert de l'anonymat.

M. Abbas exhorte l'ONU à reconnaître un État palestinien dans les frontières de 1967 — y compris la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza —, qui deviendrait le 194e État membre de l'organisation internationale si la requête était acceptée.

Pour être adoptée, la requête doit recevoir l'aval de neuf des quinze membres du Conseil de sécurité et ne faire l'objet d'aucun veto parmi les cinq membres permanents; la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie.

Mais il semble exclu que le Conseil de sécurité — dont l'accord est indispensable — donne son feu vert, car les États-Unis ont promis d'opposer leur veto à la requête palestinienne, répétant que la création d'un État palestinien fera suite à des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens.

Si la demande est rejetée comme prévu, les Palestiniens demanderont probablement à l'Assemblée générale de l'ONU de rehausser leur statut actuel d'«observateur non membre» en leur accordant celui d'«État observateur non membre», ce qui leur permettrait d'adhérer à des agences onusiennes et à des traités internationaux, y compris celui qui fonde la Cour pénale internationale (CPI).

Le Conseil de sécurité se penchera sur la requête de la Palestine à compter de lundi, mais ne devrait toutefois pas se prononcer par un vote sur celle-ci avant des semaines, laissant libre cours à un époustouflant ballet diplomatique.

Le discours avive les tensions


Les tensions autour de l'initiative palestinienne faisaient craindre une nouvelle flambée de violence au Proche-Orient. L'armée israélienne s'est placée en état d'alerte élevée en prévision d'une «attaque imminente» du Hamas le long de la frontière entre Israël et l'Égypte.

Près du village de Qusra, en Cisjordanie, des soldats israéliens ont abattu un Palestinien durant des affrontements entre villageois palestiniens et des colons israéliens, selon Tsahal.

La soirée a été marquée par des incidents pour la plupart sans gravité, alors que des milliers de Palestiniens en liesse s'étaient rassemblés dans les rues afin de suivre sur des écrans géants le discours historique de Mahmoud Abbas à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU.

***

D'après l'AP, l'AFP et Reuters
22 commentaires
  • adel bensaid - Inscrit 24 septembre 2011 01 h 39

    la justice aveugle

    pour quoi l'otan -nato- n'a pas bougé pour libéré le peuple palestinien alors que son rôle a bien joué au Libye.
    adel19180@yahoo.fr

  • Pierre Gouverneur - Inscrit 24 septembre 2011 04 h 29

    Les frontières entre Israélites et Palestiniens sont-elles durables ?

    Droit à la survie et droit à la dignité s’opposent.

    La seule solution est le dépassement de chacun permettant, non seulement, de se libérer, effectivement, des peurs et des rancœurs, mais, aussi, des volontés hégémoniques des islamistes, qui menacent, à notre époque, la paix mondiale, et, des colons juifs qui rendent, actuellement impossible, la paix, au niveau local.

    Un tel dépassement redonnerait vie et sens à la « Terre sainte » : elle redeviendrait le phare de l’idéal humain - qui se concrétise par le développement du respect mutuel.

    Mais, beaucoup n’ont toujours pas réussi à se libérer des fascinations de l’enfer ; ils continuent à vénérer les comportements aussi futiles que primitifs - sans prendre la mesure du temps, qui montre que le dominant sera dominé, tout comme le premier deviendra le dernier dans un monde miné par l’irrespect.

    Les Juifs veulent-ils revivre ce qu’ont connu les pieds noirs d’Algérie ?
    Les palestiniens n’ont-ils comme seule réponse à leur tourment que la vengeance ?

    De cette terre qui est leur, ces deux peuples ne peuvent-ils pas la partager, en veillant à ce que chacun soit libre et justement considéré ?

    Les conflits passés n’ont de sens que si on parvient à les dépasser.
    La terre sainte peut-elle être divisée par des murs levés entre deux cultures, notamment religieuses ?
    La constitution de frontières, même si elle apparaît la plus équitable, est-elle vraiment la solution durable, dans ce petit territoire au lourd passé ?

    Le sang de Jésus, que tout être peut considérer comme le plus humaniste des prophètes, s’est répandu sur cette terre pour faire germer la lucidité que l’idéal humain est d’apprendre à se respecter.
    A-t-il coulé en vain, comme l’attestent ces deux derniers millénaires ?

    Le moment est venu de démontrer que non, avec le concours du monde entier, qui risque de devenir, terre de désolation, sans cela.
    Les Palestiniens et les Juifs

  • Jungle Jim - Inscrit 24 septembre 2011 04 h 31

    envoi spécial à l'ONU

    Pourquoi ne pas envoyer Pierre Curzi à l'ONU pour un resplendissant discours? Ne sommes-nous pas de "pauvres" Palestiens d'Amérique? Des gens maltraîtés, bombardés, assiégés, refoulés etc? On fait tellement pitié à voir avec nos voitures de luxe, nos maisons qui prennent de la valeur, notre rythme de vie à la nord Américaine. Presque tous les Québécois qui vivent à l'intérieur de ce pays merdique nommé Canada, n'ont rien à se mettre sous la dent. La seule solution, un siège à l'ONU, tous nos problèmes se règleraient grâce à Sir Pierre Curzi, ami d'un Anglais nommé McCartney.

  • Jacques Morissette - Abonné 24 septembre 2011 04 h 46

    À la table des négociations, je souhaite qu'ils sont tous les deux de bonne foi, Israël et Palestiniens.

    Plutôt que d'être dans un arène à s'expliquer, Israël et Palestiniens y gagneraient tous le deux en négociant de bonne foi. Le printemps arabe aura permis d'isoler Israël à l'ONU. Ce qui, s'ils sont tous les deux de bonne foi, donne un peu plus de latitude aux Palestiniens pour négocier quelque chose de plus équitable. Ils y gagneraient tous les deux aux changes, question qualité de vie à cet endroit.

  • Roger Lapointe - Abonné 24 septembre 2011 06 h 52

    Pourquou refuser aux Palestiniens ce que l'ONU accorde à d'autres?

    Les Etats-Unis font tout en leur pouvoir pour refuser un statut de pays officiellement reconnu à la Palestine alors qu'ils accordent à d'autres peuples le dit statut. Les Palestiniens reconnaissent sans problème l'État d'Israel mais refusent semble t-il de reconnaitre l'État juif et ça me semble tout a fait correct. Que feraient les pays membres de l'ONU si les Palestiniens demandaient une reconnaissance sur la base d'un État islamique? Tous crieraient haro sur le baudet et avec raison.Les extrémistes religieux qui gouvernent Israel donne à l'histoire une interprétation biblique dans le sens qu'Israel est ou serait la Terre promise par Moïse et que de ce fait toute la région du Proche Orient fait partie du Grand Israel:conclusion les Sionistes y compris ceux qui habitent les USA ne seront satisfaits que le jour ou l'annexion de tous les territoires adjacents à Israel en feront partie. Affrontements et guerres en perspective.Il faut absolument que les USA cessent de fournir Israel en armes et en argent pour qu'une paix durable s'installe dans ce coin de l'univers que nous aimons.