L'Occident demande le départ d'Al-Assad

Bachar al-Assad refuse de reconnaître le mouvement qui s’élève contre lui dans le pays, qualifiant les contestataires de «groupes terroristes» qui souhaitent faire de la Syrie un chaos.
Photo: Agence Reuters Bachar al-Assad refuse de reconnaître le mouvement qui s’élève contre lui dans le pays, qualifiant les contestataires de «groupes terroristes» qui souhaitent faire de la Syrie un chaos.

L'Occident demande le départ du président de la Syrie, Bachar al-Assad, après cinq mois de répression du mouvement antirégime au cours desquels 2000 civils ont été tués. Pour augmenter la pression sur la Syrie, le président américain Barack Obama et ses alliés, dont le Canada, renforcent et examinent les sanctions possibles contre le pays.

Le président Obama a décrété hier un embargo d'importation sur le pétrole syrien, en plus du gel des avoirs que l'État syrien possède aux États-Unis. «Nous avons à maintes reprises expliqué que le président Assad devait mener une transition démocratique ou démissionner. Il n'a pas mené [cette transition]. Dans l'intérêt du peuple syrien, le temps est venu pour le président Assad de se retirer», a indiqué Barack Obama dans un communiqué.

La France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont tenu les mêmes propos, invitant Bachar al-Assad à «quitter le pouvoir». Le trio, ainsi que le Portugal, cherchera désormais à obtenir une résolution du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) pour l'application de nouvelles sanctions fermes, ont dit les ambassadeurs de ces pays à l'ONU. Ces mesures pourraient inclure un embargo sur les armes, un gel des avoirs syriens ou des interdictions de voyages pour des membres du régime.

Les devoirs d'Ottawa

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, demande également le départ du président qui a succédé en 2000 à son père, Hafez al-Assad, arrivé au pouvoir en 1970 à la suite d'un coup d'État. «Le régime Assad a perdu toute sa légitimité en tuant sa propre population pour rester au pouvoir», a affirmé le premier ministre par voie de communiqué.

Son ministre des Affaires étrangères, John Baird, a ajouté en après-midi que le Canada allait faire ses «devoirs» pour analyser la possibilité d'appliquer de nouvelles sanctions qui cibleront directement le régime. «On ne veut pas affaiblir le peuple syrien», a indiqué le ministre Baird. La dernière intervention diplomatique envers la Syrie remonte à samedi dernier, quand le Canada a gelé les actifs au pays de personnes et de sociétés liées au pouvoir syrien.

Les déclarations des chefs d'État de pays occidentaux semblent avoir nourri le discours nationaliste de Damas. «Il est très important de se rappeler que le choix du président de la République est une décision du peuple syrien et du peuple syrien seulement, a dit la directrice des relations extérieures du ministère de l'Information, Rim Haddad. C'est tout de même étrange qu'au lieu d'offrir son aide [à Damas] pour appliquer son programme de réformes, Obama et le monde occidental cherchent à attiser la violence en Syrie.»

Le Comité national pour le changement démocratique, qui représente les Syriens de l'opposition à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, a demandé hier l'arrêt des violences pour éviter une intervention étrangère. «La poursuite de la violence par le régime a conduit à une ingérence régionale et internationale pour stopper l'agression contre le peuple», dénonce l'avocat et coordonnateur du comité, Hassan Abdel Azim.

Selon des analystes, l'embargo décrété par Washington sur le pétrole syrien aura peu d'impact dans ce pays soumis à différentes sanctions internationales depuis plusieurs années en raison d'accusations de soutien au terrorisme. Il faut préciser que les exportations de l'or noir vers les États-Unis ne représentent que 3 à 4 % du commerce extérieur de la Syrie. «Ce qui est annoncé est plus spectaculaire que significatif, car les avoirs de l'État syrien aux États-Unis sont quasiment inexistants, et 95 % du pétrole est destiné à l'Europe», a expliqué le rédacteur en chef du Syria Report, Jihad Yazigi.

Crimes contre l'humanité

Mercredi soir, l'Organisation des Nations unies (ONU) avait annoncé que Bachar al-Assad s'était engagé à mettre fin aux attaques. Mais hier encore, les arrestations et les coups de feu se sont multipliés, selon l'opposition: de Damas à Lattaquié, l'armée syrienne s'est déployée en force. Le régime refuse de reconnaître le mouvement qui s'élève contre lui depuis le mois de mars dans le pays, qualifiant les contestataires de «groupes terroristes» qui souhaitent faire de la Syrie un chaos.

L'opposition au régime ne faiblit toutefois pas. Des manifestations ont eu lieu cette nuit et d'autres sont prévues aujourd'hui, après les prières. «La Syrie veut la liberté», scandent les militants prodémocratie.

Selon un rapport de l'ONU déposé à Genève au Conseil des droits de l'homme et publié hier, plusieurs cas de brutalité et de violence perpétrées par les autorités syriennes pourraient être considérés comme des crimes contre l'humanité. Dans ce document, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme évoque «un ensemble de violations des droits de l'homme constituant une attaque généralisée ou systématique contre la population civile».

La commissaire Navy Pillay a d'ailleurs demandé hier au Conseil de sécurité de l'ONU de remettre le dossier de la Syrie à la Cour pénale internationale. Mme Pillay a toutefois précisé qu'elle ne croit pas que le Conseil acquiescera à sa demande, après des discussions avec ses membres.

Le Conseil des droits de l'homme tiendra lundi une rencontre à Genève au sujet de la Syrie.

Après plusieurs semaines de tentatives avortées, une mission humanitaire de l'ONU sera menée en Syrie ce week-end. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires a obtenu la garantie que les travailleurs pourront circuler librement dans le pays pour évaluer la situation.

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D'après l'Agence France-Presse et Reuters

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