Syrie - Assiégée, Hama ne se rend pas

Un mois de liberté, pas plus. C'est le répit dont aura joui la ville de Hama, au centre de la Syrie, à 210 km au nord de Damas, avant de subir, à son tour, un assaut des forces de sécurité. À l'instar de Tell Kalakh, à la frontière libanaise, où le régime syrien a commis en mai des «crimes contre l'humanité», selon un rapport d'Amnesty International publié la nuit dernière.

Depuis lundi, Hama, qui compte 700 000 habitants, est assiégée par l'armée. Des tanks ont pris possession des principaux axes aux sorties de la ville, sauf dans la direction du Nord. Des unités font des incursions en ville, où d'intenses fusillades ont été entendues. Ces deux derniers jours, 11 personnes auraient déjà été tuées et 35 blessées, selon Rami Abdel Rahmane, chef de l'Observatoire syrien des droits de la personne, cité par l'AFP. Les attaques d'hier se sont concentrées dans les quartiers nord de la ville, séparée en deux par la rivière Oronte. Mais il semble que l'assaut décisif n'ait pas vraiment commencé.

Barricades

Reprendre le contrôle de Hama ne sera pas aisé. Une telle opération pourrait prendre plusieurs semaines et coûter la vie à plusieurs milliers d'habitants de cette ville rebelle au régime baassiste. En prévision du pire, les habitants de Hama ont dressé des barricades avec des sacs de sable, des pneus et des poubelles.

Contrairement à Deraa, dans le sud du pays, à Jisr al-Choughour, dans l'extrême nord, qui ont subi des offensives similaires, Hama a eu le temps de se préparer. Pendant un mois, en effet, Hama a quasiment été une «ville libérée» au sein de la Syrie de Bachar al-Assad. Début juin, au lendemain d'une manifestation hebdomadaire du vendredi, durement réprimée (58 morts), les forces de sécurité avaient préféré sortir de la ville à la faveur des enterrements de «martyrs». D'ailleurs, un homme des moukhabarat, les redoutés services de renseignements, identifié par la foule, avait été pendu sans autre forme de procès.

Depuis, Hama était donc «libre». Trop au goût du régime. La manifestation géante de vendredi dernier a été la goutte qui a fait déborder le vase. Combien de personnes y ont participé: 150 000, 400 000, un demi-million? Les chiffres divergent et ils sont difficiles à vérifier puisque la Syrie reste fermée à la presse étrangère. Mais c'était une manifestation sans précédent, à laquelle tout le monde a participé: femmes, enfants, vieillards, habitants venus de la capitale, Damas, ou d'Alep, deux villes trop surveillées pour être encore pleinement entrées dans la contestation...

Kermesse

Les services de sécurité se sont évanouis, aucun tir ne s'est fait entendre. L'ambiance était à une joyeuse kermesse. Comme si le régime était déjà tombé. Hama était devenue un lieu de ralliement et un foyer d'activisme pour le reste du pays. Intolérable pour les dirigeants syriens au moment où Alep, la deuxième ville du pays, commence à frémir à son tour. Le lendemain donc, le gouverneur de Hama a été limogé sur décret présidentiel de Bachar al-Assad. La répression peut commencer.

Elle sera terrible car il y a, entre Hama et ce régime, un contentieux vieux de presque 30 ans. En 1982, les Frères musulmans, en guerre ouverte contre Hafez al-Assad, le père de l'actuel président, se soulèvent, entraînés dans une spirale violente par une branche dissidente extrémiste. Rifaat al-Assad, le frère de Hafez et alors chef des forces spéciales, assiège puis écrase Hama. Certains quartiers sont rasés jusqu'aux fondations. La mosquée porte encore des traces de balles, pour que personne n'oublie. Entre 15 000 et 25 000 personnes perdent la vie et sont enterrées à la pelleteuse, dans des fosses communes. Le pire va-t-il se répéter? Un appel à la grève générale en Syrie a été lancé pour demain.