Israël - La pression des rabbins ultras

Le rabbin Dov Lior hier, à Jérusalem.<br />
Photo: Agence Reuters Ronen Zvulun Le rabbin Dov Lior hier, à Jérusalem.

Jérusalem — La foule exaltée a attaqué des policiers israéliens à coups de pierres, bloqué les principales artères de Jérusalem, tenté de prendre d'assaut la Cour suprême et d'investir le domicile du procureur général adjoint de l'État.

Depuis une dizaine de jours Israël est secouée par la révolte violente de manifestants nationalistes religieux, des colons de Cisjordanie pour la plupart, contre les autorités judiciaires et les forces de l'ordre et plus généralement contre l'autorité de l'État. À l'origine des troubles: l'arrestation de deux rabbins influents du camp national religieux pour «incitation à la violence et au racisme». Il leur est reproché d'avoir avalisé la «Torah du Roi», un traité de théologie justifiant de tuer des innocents non-juifs, y compris des enfants, en temps de guerre. Les autorités craignent notamment que le livre contribue à attiser les violences d'une partie des colons contre les Palestiniens de Cisjordanie. L'ampleur et la violence des incidents provoqués par l'arrestation des deux rabbins a fait resurgir la menace de la théocratie dans un pays où, en l'absence de Constitution, la religion et l'État ne sont pas clairement séparés.

Arrestations

Les supporters des rabbins Dov Lior et Yaakov Yossef estiment ainsi que leurs chefs spirituels n'ont pas à s'expliquer devant les autorités sur un avis à caractère religieux. Ils accusent la Justice israélienne de vouloir s'immiscer dans les affaires rabbiniques et de vouloir «étouffer la Voix de la Torah». Pendant plusieurs semaines les deux rabbins avaient d'ailleurs refusé de répondre à plusieurs convocations de la police qui a dû monter de véritables opérations pour les arrêter sans provoquer d'émeutes de leurs fidèles.

En début de semaine dernière, des policiers ont ainsi stoppé la voiture de Dov Lior sur une des bretelles d'entrée de Jérusalem, pris le contrôle du véhicule et conduit directement le rabbin au quartier général de la police où il a été interrogé. Ce n'est pas la première fois que Lior, leader spirituel de la colonie extrémiste de Kiryat Arba, est accusé d'incitation à la violence: il est soupçonné d'avoir influencé Yigal Amir, l'assassin d'Yitzhak Rabin, en lançant de terribles anathèmes contre l'ancien premier ministre dans les mois qui ont précédé son meurtre en novembre 1995. Dimanche, c'était au tour de Yaakov Yossef, un des fils d'Ovadia Yossef, le chef du parti séfarade ultra-orthodoxe Shass, d'être surpris par des détectives alors qu'il retournait chez lui après les prières du matin à la synagogue.

La loi


«Israël est devenu le seul pays du monde où des figures religieuses sont au-dessus des lois», s'indignait hier le quotidien populaire Maariv, se faisant l'écho de l'inquiétude des Israéliens laïcs face à la place croissante du pouvoir religieux. Les dirigeants de l'État hébreu, défini lors de sa création comme un «État juif et démocratique» n'ont jamais complètement défini les relations entre le pouvoir politique et religieux, qui bénéficie d'une large autonomie, laissant la porte ouverte à ce qui a souvent été qualifié de «tentation théocratique».

«Une révolution est en cours qui tente d'affaiblir systématiquement l'israélité, de détruire tous nos efforts en vue de vivre normalement [lire: l'intérêt national, l'État de droit et le processus diplomatique]. Cette révolution cherche — intentionnellement ou non — à nous ramener à la théocratie tout en renforçant la mentalité du ghetto assiégé», mettait en garde récemment un des éditorialistes d'Haaretz. Des inquiétudes renforcées par le manque de fermeté du gouvernement à l'égard des deux rabbins incitateurs de haine. Le premier ministre, Benjamin Nétanyahou, s'est ainsi contenté de dénoncer mollement dimanche en conseil des ministres l'attitude de Dov Lior et Yaakov Yossef en déclarant que «nul en Israël n'est au-dessus des lois», sans faire référence de façon plus détaillée à la polémique en cours.

Le Grand Israël

Cette complaisance s'explique largement par la proximité idéologique de Nétanyahou avec le courant national religieux, favorable au Grand Israël, et qui constitue la base électorale traditionnelle du Likoud. Une partie de l'opinion opposée à toute concession avec les Palestiniens, qui occupe aujourd'hui une place essentielle dans les institutions israéliennes — armée, Knesset, éducation — bien supérieure à son poids démographique.

Même si les supporters des rabbins Dov Lior et Yaakov Yossef font partie des colons les plus extrémistes, la religion est souvent instrumentalisée par les nationalistes religieux pour justifier l'occupation israélienne et la poursuite de la colonisation. Dans un rapport publié en 2009, intitulé «La droite religieuse en Israël et la question des colonies», l'International Crisis Group, dirigé par Robert Malley, ex-conseiller spécial de Bill Clinton pour le Proche-Orient, mettait déjà en garde contre la tentation de la «désobéissance civile et de la violence» d'une partie de cette population.
3 commentaires
  • M. Julien - Abonné 5 juillet 2011 09 h 03

    Le terreau de l’intolérance


    Comme en fait état notamment l’Allumeur de réverbère, il n’existe aucun vaccin ou antidote connu contre l’intégrisme religieux et la folie de ses adeptes, toutes dénominations confondues.

    Chose certaine, les religions constituent à l’évidence l’un des terreaux les plus fertiles qui soient, sinon le plus fertile, pour la semence des germes de l’intolérance.

    Nous ne serons jamais assez vigilants à l’endroit de ces arrogants détenteurs de la vérité absolue.

  • Jean de Cuir - Abonné 5 juillet 2011 13 h 37

    Le pouvoir !

    Les rabbins ultra? Comment un rabbin peut-il être ultra? Qui donc régit le rabbinicat. La Voix de la Torah est pourtant très enracinée dans l'histoire de ceux et celles qui l'ont porté. Or, personne ne peut ignorer à tout le moins les études historiques et textuelles qui ont pris un essor considérable depuis un siècle et demi... À moins d'avoir l'esprit prisonnier d'un miroir figé ( tel Thorah ) qui lui renvoie l'image au préalable concoctée, celle d'une violence interne qui se jette dans l'absolutisme; et c' est ici qu'il importe de s'interroger sur le pourquoi et le comment. En somme, ces rabbins et leur suite projettent une image d'un certain type d'animal humain. Savoir si c'est cette typologie qui recèle une éthique appropriée? S'ériger légitime et seul interprète de la lecture de la Thorah, c'est se placer au-dessus comme propriétaire unique. En soi, c'est une méprise : instrumentaliser la Thorah ainsi n'est-ce pas la désacraliser au profit de son propre pouvoir : l'absolu de l'interprétation fige la lettre, fige l'esprit; et cela devient le miroir de ces personnes!

  • M. Julien - Abonné 9 juillet 2011 16 h 46

    Les terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on pense

    Les terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on pense et là où on pense.

    Israël est depuis longtemps passé maitre dans l’art de piétiner la démocratie et les droits de la personne et dans celui de terroriser ceux qui n’adhèrent pas à son orthodoxie politico-religieuse, que partagent bêtement le gouvernement Harper et la plupart des pays occidentaux.