Analyse - Damas ou la stratégie de la diversion

Le régime syrien fait face à un important mouvement de contestation depuis trois mois.<br />
Photo: Agence Reuters Khaled Al-Hariri Le régime syrien fait face à un important mouvement de contestation depuis trois mois.

Ne pas regagner le Liban. C'est l'avertissement qu'a reçu Saad Hariri, l'ex-premier ministre libanais, par Washington et Riyad. Hariri, qui vit désormais réfugié entre Paris et la capitale saoudienne. Raison de cette consigne: les services secrets américains et saoudiens craignent que sa vie soit menacée. La politique habituelle de Damas étant en général d'exporter ses conflits internes à l'extérieur du pays, à commencer par le Liban, son ancien protectorat. Ces mêmes services estiment que le régime syrien pourrait organiser son assassinat dans le dessein de créer un conflit interconfessionnel (chiite-sunnite) au pays du Cèdre.

L'attention de la communauté internationale serait alors détournée et Bachar al-Assad pourrait mater comme il l'entend la révolte dans son propre pays, au prétexte qu'il s'agirait là aussi d'une guerre civile. Contre Hariri, on indique, de sources libanaises, qu'il y a eu une première alerte sérieuse sur le chemin de l'aéroport de Beyrouth il y a peu.

Damas a déjà obtenu une victoire, politique cette fois, chez son fragile voisin avec la formation récente d'un nouveau gouvernement qui lui est largement favorable et qui a été mis en place sous la forte pression du Hezbollah, son principal allié sur la scène libanaise.

Ce que veut le pouvoir syrien, c'est faire déborder dans toute la région la crise intérieure sans précédent qu'il traverse. Hassan Nasrallah, le tout puissant chef du Hezbollah, a d'ailleurs clairement fait savoir que la chute du régime de Bachar al-Assad risquait de provoquer une guerre civile généralisée en Syrie, avec des répercussions jusqu'en Arabie Saoudite. Dans la gestion de la révolte, on voit aussi que le régime s'emploie à montrer que son armée intervient contre les villes révoltées situées non loin de l'une des quatre frontières du pays, cherchant ainsi à faire croire que les soulèvements sont provoqués de l'extérieur.

Jusqu'à présent, le régime n'a pas eu la main heureuse avec les diversions extérieures.

Il a ainsi perdu la carte palestinienne en poussant de jeunes réfugiés à aller mourir en se précipitant sur les postes frontières israéliens du plateau du Golan, ce qui a provoqué, le 6 juin, un violent accès de colère dans le camp de Yarmouk, près de Damas. Il a perdu aussi celle du Hamas qui, mouvement sunnite proche des Frères musulmans, ne s'est pas solidarisé avec lui.

On peut s'attendre aussi à ce qu'il cherche à déstabiliser l'Irak par des attentats, là encore pour montrer que la sécurité dans la région ne peut se faire sans lui.

Reste que, trois mois après son lancement, le mouvement de révolte ne faiblit pas. Aujourd'hui, les militants pro-démocratie ont appelé à une nouvelle journée de manifestations qui sera dédiée à Saleh al-Ali, un héros de la révolte contre le mandat français et une grande figure alaouite. Une façon pour l'opposition de tendre la main à cette minorité à laquelle appartient le clan Al-Assad.