Le Yémen est sans gouvernement

Sanaa — Le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, a limogé le gouvernement tout entier hier, alors que les manifestations réclamant son départ ont été réprimées dans le sang ces derniers jours.

Un communiqué du bureau du président a fait savoir hier qu'il limogeait son gouvernement. Une annonce qui intervient alors que des membres de la propre tribu du chef de l'État, la tribu Hached, avaient réclamé son départ la veille, lui retirant un soutien crucial.

Le chef de l'État, au pouvoir depuis 32 ans, avait aussi été affaibli par des défections. La ministre des droits de l'Homme, Huda al-Ban, avait annoncé qu'elle démissionnait pour protester contre le «crime horrible, lâche et perfide» commis par le gouvernement. L'ambassadeur du Yémen auprès des Nations-unies, Abdallah Alsaidi, a également envoyé sa lettre de démission, a appris l'Associated Press auprès d'un responsable du ministère des Affaires étrangères.

Ces derniers jours, les troupes de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants à Sanaa, la capitale et dans le sud du pays. Depuis le début du soulèvement il y a un mois, une centaine de personnes ont été tuées.

La journée de vendredi a été la plus sanglante. Les tireurs embusqués du gouvernement ont abattu plus de 40 manifestants, des violences condamnées par les Nations-unies mais aussi par les États-Unis, alliés du président yéménite.

Le ministre de la Santé, Abdul-Karim Rafi, a précisé que 44 manifestants avaient été tués et 192 blessés, dont 21 très grièvement. Selon le procureur général Abdullah al-Ulty, 693 manifestants ont été blessés et certains corps n'ont pas encore été identifiés.

Hier, des dizaines de milliers de personnes ont suivi à Sanaa le cortège des funérailles des protestataires abattus par des tireurs embusqués lors de la répression gouvernementale des manifestations au Yémen.

Le pouvoir a semblé changer de stratégie dans la capitale, retirant les policiers et membres des forces spéciales autour de l'université de Sanaa, au centre de la répression meurtrière de la contestation, pour les remplacer par une force majoritairement non-armée. «À partir de maintenant, nous contrôlerons les entrées et sorties de la place sur ordres du commandement militaire suprême», a expliqué le lieutenant-colonel Mohammed Hussein.

Fleurs et cortège funèbre

Les habitants des immeubles autour de la place de l'université de Sanaa ont lancé hier des fleurs depuis les fenêtres sur le cortège funèbre. La foule s'est massée sur la place et des manifestations de solidarité ont été organisées dans plusieurs régions du pays.

Dans plusieurs grandes villes, l'électricité a été coupée pendant trois heures environ, les militants accusant le gouvernement d'essayer d'empêcher la population de suivre la retransmission de la procession à la télévision. Le réseau de téléphonie mobile a été aussi interrompu.

Certains des responsables religieux les plus importants du pays se sont joints aux appels à la démission du chef de l'État. Le cheikh Sadiq al-Ahmar, chef de la tribu Hached, la propre tribu du président yéménite, a salué la position des manifestants sur de la place de l'université de Sanaa, dans un communiqué conjoint diffusé samedi soir après une réunion avec des responsables religieux.

Des partis d'opposition participant à la procession ont fait savoir qu'ils ne demandaient plus seulement des réformes politiques mais le départ d'Ali Abdallah Saleh. «Notre seul choix maintenant c'est le retrait rapide de ce régime. Nous soutenons la revendication du peuple», expliquait Yassine Said Numan, un responsable de l'opposition interrogé par l'Associated Press.

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