Liban: les pro-Hariri crient au «coup d'État» du Hezbollah

Beyrouth — La probable nomination du Najib Mikati, candidat du Hezbollah au poste de premier ministre du Liban, a provoqué hier la colère des partisans sunnites du chef du gouvernement en exercice Saad Hariri, qui ont accusé le parti chiite de mener un «coup d'État».

Selon le système confessionnel de partage de pouvoir au Liban, le poste de premier ministre est réservé à la communauté musulmane sunnite, dont M. Hariri est le leader le plus populaire. Dès que le nom de M. Mikati, milliardaire et ancien premier ministre, a émergé comme favori aux dépens de M. Hariri, des centaines de partisans de ce dernier ont manifesté à travers le pays contre le Hezbollah et appelé à «une journée de colère».

«Après le coup d'État qui vise à permettre au Hezbollah d'exercer sa tutelle sur la République libanaise, nous appelons les habitants de tout le Liban à exprimer leur colère et leur refus de la tutelle perse à travers des manifestations populaires pacifiques», a annoncé Moustapha Allouche, membre du conseil politique de la formation de M. Hariri.

«Le coup d'État du Hezbollah est une tentative de placer la présidence du conseil [des ministres] sous la tutelle du "wilayat al fakiq"», a-t-il ajouté, en référence au système politique en Iran, principal parrain du Hezbollah.

À Tripoli , fief sunnite, mais également à Saïda, berceau de la famille Hariri, à Beyrouth, et dans plusieurs régions à majorité sunnite de la Békaa, des sympathisants ont brûlé des pneus et bloqué des routes du pays, poussant l'armée et la police à renforcer leurs effectifs.

M. Mikati, 55 ans, a reçu hier l'aval des députés du «Parti de Dieu» et de la plupart de ses alliés, lors du premier jour de consultations entre le président libanais. Il devrait être officiellement désigné aujourd'hui.

«Najib, dehors», «Hezbollah, Parti du diable», ont scandé près de 500 manifestants rassemblés à Tripoli, certains insultant le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Plusieurs dignitaires sunnites ont accusé le parti chiite de vouloir imposer sa volonté sur leur communauté.

La formation de M. Hariri a annoncé qu'elle boycotterait «tout gouvernement dirigé par un candidat» du Hezbollah.
1 commentaire
  • Geoffroi - Inscrit 25 janvier 2011 14 h 30

    Liban : de la menace

    « C'est ce climat général de violence à multiples facettes que le Hezbollah a mis en place et entretenu au fil des jours, des semaines, et des ans, afin d'orchestrer et de préparer son coup d'État blanc. Sous le poids du spectre d'un recours aux armes, et grâce à un véritable travail de professionnels de très longue haleine, une semaine était donc entièrement suffisante pour permettre au parti pro-iranien de parachever son coup d'État blanc en amenant à cette fin, sans trop de difficultés, un Walid Joumblatt à rentrer définitivement dans les rangs, après l'avoir bien conditionné, des mois durant, en le maintenant dans un climat de terreur et de menaces permanentes. Et dans ce cadre, la seule menace d'un possible usage des armes est souvent plus efficace que l'utilisation directe de ces armes. À condition d'avoir distillé dans l'esprit des gens, et des responsables, cette violence symbolique dont l'effet se manifeste à long terme, sans discontinuité. »

    Source ;
    http://www.lorientlejour.com/editoriaux/editorial.