L'acte d'accusation du TSL est une «étape» vers la fin de l'impunité au Liban

Leidschendam — Le procureur du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) Daniel Bellemare a mis en garde mardi contre «toute spéculation» sur le contenu confidentiel de l'acte d'accusation dans l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri, «première étape» vers «la fin de l'impunité au Liban».

«Cet acte d'accusation n'est qu'une première étape sur la route qui mène à la fin de l'impunité au Liban, c'est aussi la première étape du processus judiciaire», a indiqué M. Bellemare dans une déclaration enregistrée au TSL, à Leidschendam, près de La Haye. «Toute spéculation sur le contenu de l'acte d'accusation serait contre-productive», a assuré le procureur alors que le parti chiite Hezbollah s'attend à être mis en cause.

Le procureur avait remis lundi après-midi son acte d'accusation, attendu depuis des mois au Liban et dans toute la région, au juge de la mise en état, le Belge Daniel Fransen. Celui-ci est chargé de l'examiner et de le confirmer avant le lancement de mandats d'arrêt ou de citations à comparaître.

Le procès de l'attentat qui avait coûté la vie à l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri et à 22 autres personnes le 14 février 2005 à Beyrouth pourrait commencer en septembre-octobre «avec ou sans accusé», a estimé de son côté le greffier du TSL Herman von Hebel. «Le juge de la mise en état a très envie de faire avancer les choses aussi vite que possible», a-t-il souligné, dans un entretien à des agences de presse.

Le greffier a souligné la difficulté pour les tribunaux internationaux, qui n'ont pas de forces de police, d'obtenir des arrestations. «Nous sommes tributaires de la coopération des États», a-t-il dit, rappelant que le TSL peut juger des accusés in abstentia, c'est-à-dire par défaut.

Le Hezbollah, qui s'attend à être mis en cause par le TSL, a fait pression depuis des mois sur le premier ministre Saad Hariri, le fils de Rafic, pour qu'il désavoue le tribunal, ce que ce dernier a refusé de faire.

Le différend sur le TSL avait mené le 12 janvier à la démission des ministres du Hezbollah et de ses alliés, provoquant l'effondrement du gouvernement d'union de Saad Hariri.

«Pour la première fois, une procédure judiciaire a été lancée par un tribunal international contre les responsables d'un assassinat politique au Liban», a mis en avant le procureur du TSL, créé en 2007 par une résolution des Nations unies et qui a ouvert ses portes le 1er mars 2009.

Pour certains, «cela a pris beaucoup de temps», pour d'autres, «le dépôt d'un acte d'accusation est venu trop tôt», a reconnu le magistrat. «Le cours de la justice ne peut être bousculé. Les preuves doivent être crédibles et incontestables».